PROTESTANTS

Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal & La Maison Fraternelle


PREDICATION DU 25 JANVIER 2015 COMMENT SORTIR D'UN PIEGE SANS ENTRER DANS UN AUTRE ?

Particularité : ce texte n'a pas été complètement dit à l'oral, suite à une confusion dans les recto verso. Priant de s'en excuser, le pasteur livre ici le texte complet

LECTURES

 1 Corinthiens 7.29-31
29Voici ce que je dis, mes frères : le temps se fait court ; désormais, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas, 30ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient pas, 31et ceux qui usent du monde comme s’ils n’en usaient pas réellement, car ce monde, tel qu’il est formé, passe.

Marc 1.14-20
14Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée ; il proclamait la bonne nouvelle de Dieu 15et disait : Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle. 16En passant au bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient leurs filets dans la mer – car ils étaient pêcheurs. 17Jésus leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d’humains. 18Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent. 19En allant un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient aussi dans leur bateau, à réparer les filets. 20Aussitôt il les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans le bateau avec les employés, et ils s’en allèrent à sa suite.


PREDICATION

Ecoutez le mouvement.. Certains des pêcheurs sont en pleine action de pêche : ils laissent leur filets, c'est à dire leur travail.
Les autres sont dans la phase de réparation de filets, en compagnie de leur père et des employés. Eux, ils laissent non seulement leurs filets, et la nécessité de les réparer, mais aussi leur père et les employés. C'est à dire non seulement leur travail, le soin de leurs outils de travail mais aussi leur famille et leur entourage.
Marc crée un parallèle entre ces filets qui sont laissés, et la famille et l'entourage - en particulier le père - qui sont aussi laissés derrière. Brutalement. Tel père tel fils, c'est fini.
Que dire de ça ? Je vous présente donc les trois parties de cette prédication.
 
1- Qu'est ce qu'un filet ? C'est un piège. Dans cet évangile radical exprimé par Marc, ce parallélisme littéraire entre le filet et le l'entourage pourrait suggérer que cet entourage, familial et personnel est aussi un filet finalement, un piège, qui entraverait le nécessaire dégagement qu'il y à faire à l'appel de l' évangile. En quelque sorte, l'appel de Jésus transformerait des poissons piégés en futurs pêcheurs libres de toute entrave. 
Comment comprendre et assumer cette radicalité évangélique sans la confondre avec d'autres formes de radicalité qui s'épanouissent aujourd'hui , et qui font passer d'un piège à un autre, comme certaines nasses sophistiquées de pêcheurs ?
2- Ensuite, il ne faut pas généraliser. Jésus en appelle certains mais ne les appelle pas tous. Est ce la nécessité d'une élite ? Un déjà début de prêtrise ?  Ou plus simplement la possibilité de dire que que ceux qui ne sont pas appelés à être les militants frontaux signifient aussi quelque chose ?  Ne sont-ils pas , d'une autre manière aussi appelés à assurer derrière, par exemple en veillant à ce que les filets puissent encore être réparés ? Nous nous pencherons sur cette question.
3- Enfin, tout cela peut sembler assez fou à entendre aujourd'hui. Ou peut être pas vraiment aujourd'hui. Aujourd'hui, précisément, cela pourrait sembler un peu moins fou qu'hier. Nous reviendrons dans une troisième partie sur cette tonalité temporelle, propre à de nombreux textes bibliques. Comme chez Marc, ou comme dans la lettre de Paul où il écrit " le temps se fait court". Qu'est ce que ça signifie, et qu'est ce que cela pourrait signifier pour nous aujourd'hui ? 

 
1- Commençons par la catégorie du "filet". Nombreuses sont les paroles radicales de Jésus dans les évangiles pour s'en libérer.
Un exemple parmi d'autres, très explicite au verset 29 du chapitre 19 de Matthieu :
Et quiconque aura quitté, à cause de mon nom, ses frères, ou ses soeurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, ou ses maisons, recevra le centuple, et héritera la vie éternelle.
On pourrait aussi évoquer la pression exercée sur le jeune homme riche, appelé à renoncer à tout...
Et bien d'autres exemples qui font saillir la radicalité évangélique. La question est qu'en faire ?
D'abord, déjà, ne pas culpabiliser comme si nous étions encore au stade où il s'agirait de se croire coupable de n'avoir pas fait quelque chose , comme si on était encore au stade de demander aux texte bibliques de nous gronder, comme si nous étions censés être pris les doigts dans le pot de confiture à chaque fois. Moi, à chaque fois qu'un prédicateur me raconte que je suis nul, je n'écoute plus. Ce sont des textes, et comme tels ils nous invitent à penser plutôt qu'à nous faire du mal. Une façon de bien considérer la Bible c'est d'abord de la considérer comme une invitation à penser. On verra ensuite ce qu'on peut faire (tout en continuant à penser, d'ailleurs)
Ce qu'il serait possible de dénicher, dans ce parallélisme entre les filets et les personnes proches, c'est l'idée que l'appel évangélique ne peut pas se concrétiser sans que la personne qui entend cet appel,  avant de croire qu'elle va faire un saut qualitatif dans sa vie,  ne considère d'abord ce qui l'entrave. Sans quoi, ce saut n'est qu'une illusion, un fantasme. Et le retour au point de départ peut s'avérer désastreux. Comme une tentative d'évasion ratée. Alors oui, il faudrait, d'après ce récit démêler consciemment les liens qui nous attachent pour arriver à sortir d'un gangue , qui effectivement peut être un travail vain, une famille qui vous impose une conduite particulière, un entourage dont vous croyez qu'il ne vous aimerait plus si vous osiez changer d'un pouce. Il ne s'agit pas de leur claquer la porte au nez, il s'agit simplement de d'effectuer un vrai travail de reconsidération de sa propre personne, Cette propre personne qui n'est pas que ce que sa famille, son travail, ou son entourage fait d'elle.
La libération individuelle souvent prônée par ceux qui ont décidé que l'évangile ne dit plus rien pour le collectif n'est pas un passage fantasmé d'un monde à l'autre, mais un vrai chemin pour s'apercevoir que si on ne décide pas de devenir l'acteur de sa propre vie, il ne servira à rien d'envisager de vouloir suivre le chemin évangélique ou n'importe quel chemin proposé par des maîtres pervers.En gros tu ne peux être à la fois un esclave et un affranchi. La vraie radicalité, elle est là.
2 -Ensuite, je crois que l'interprète de ce texte doit bien voir dans ce court passage tous ceux qui restent derrière. Seraient-ils inférieurs en qualité à ceux qui se sont levés d'un bond ? Non. Ils sont dans le texte, ils sont nous-mêmes. Ils sont la ligne des générations, qui guerre après guerre, catastrophe après catastrophe, changement après changement, restent là. Ils sont les acteurs très importants de l'histoire, ceux qui réparent, reconstruisent, ré éduquent. Ils sont l'éternel recommencement. Ils sont nous-mêmes, aussi.
Ils sont ceux qui s'inquiètent pour ces militants partis au combat. Sans eux, aucune plaie n'aurait pu être pansée. Mais ils sont aussi ceux qui font que rien ne change jamais vraiment. Ils sont le temps qui passe et qui repasse. Ils sont l'histoire. Ils sont insensibles à toute forme d'évangile, car pour eux il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Et que l'important c'est de réparer les filets car il nous faut avoir quelque chose à manger et à vendre.
Pour bien comprendre et penser ce texte, il faut que notre esprit vagabonde entre les deux comportements, ceux qui sont appelés et qui bougent, et ceux qui,ne bougent pas, probablement parce qu'ils sont l'histoire, parce qu'ils sont le temps long .
Pour interpréter, il faut quitter la pensée linéaire, et se mettre à la place de chacune de ces catégories et voir, où, nous, nous sommes, et dans quelle temporalité nous sommes, quels choix nous aurions aimé faire.
3- Le temps dans lequel vivaient les premiers croyants au Christ, contrairement à ce que l'on peut historiquement dire, n'étaient pas le même que le nôtre et sans cette compréhension là, en fait, on peut difficilement saisir le nerf des textes évangéliques. Ils ne vivaient pas dans l'Histoire. Ils vivaient - ou croyaient vivre - dans un temps qui s'écrasait. La durée précédente s'était résumée dans la victoire de leur Christ, et c'est comme si tout ce passé glorieux ou moins glorieux s'était dissipé comme un nuage de fumée, et le temps qui reste était devenu , pour eux, comme dit Paul, un temps "court". Un temps où la loi Juive axée sur le temps long devait se trouver remplacée par une éthique du temps court  : il faut être solidaire avec son prochain quel qu'il soit, d'où qu'il provienne ;  il faut partir sur les routes annoncer au plus de monde possible pendant le temps qui reste que Dieu pardonne radicalement pour que le moins de monde possible ne reste au bord du chemin;  il n'est plus nécessaire d'affecter les codes habituels et sociaux : être marié ou non, pleurer ou non, se réjouir ou pas, cela n'est plus nécessaire, car dans ce temps dans lequel les premiers croyants au Christ vivaient, tout ces codes ne veulent plus rien dire, ils n'annoncent plus rien, - par exemple je pleure pour que tu me consoles mais peut-être tu n'auras même plus le temps de le faire. car ce monde, tel qu’il est formé, passe. dit Paul. Ce n'est plus le temps de l'expression, c'est le temps de l'action de Dieu dans le monde. C'est le temps court. Paul y croyait vertigineusement à cette apothéose, à cette disparition du chronos. Et Marc aussi, quand il nous choque en décrivant des disciples abandonnant leur passé et leur avenir en même temps d'un même geste fou.
Donc la question est : quel rapport avec nous ? Nous, est ce que nous ne sommes pas installés dans l'histoire , pas forcément tranquillement installés mais sachant que les crises se succèdent et en même temps, elles passent, et que tout, continuellement se répare. Nous avons commémoré l'année dernière le centenaire de la grande guerre, et je suis encore sidéré, malgré la faille grandiose et souterraine qu'elle a engendrée, comment tout a repris, avec 19 millions de personnes en moins. Nous pouvons tous être sidérés de voir comment la vie reprend, comment les filets se réparent, et comment les pièges aussi, se refont.
Et si nous sommes dans l'Histoire, comment comprendre le sel de l'évangile ? Dont le gisement est dans le temps court, quand le passé a été résumé, et que le temps qui reste n'est qu'une préparation au retour imminent de Dieu.
Je ne crois pas que nous puissions réellement comprendre l'évangile sans que nous soyons pris dans quelque chose qui a à avoir avec le temps court, soit au niveau personnel, soit au niveau collectif.
Pour beaucoup, et peut-être à tort, il semble que ce qui s'est passé il y a deux semaines, a été le réveil brutal d'un coma profond. Et que nous sommes désormais dans une temporalité différente et à l'aube d'énormes changements.
Alors peut-être que le sel de l'évangile peut désormais être mieux gouté, lui qui avait perdu toute sa saveur... C'est l'évangile du temps court. Qui appelle à de nouveau considérer ses priorités, c'est l'évangile de la solidarité sans condition avec qui que ce soit car  notre meilleure protection : c'est un corps uni, c'est l'évangile de la non inquiétude du lendemain , et l'appel à la réjouissance et à la révélation du bonheur qu'il y a de dire enfin aux gens qu'on aime qu'on les aime, c'est l'évangile de la vie, de l'espérance déjà réalisée dans nos coeurs, c'est l'évangile de la dissipation radicale du doute, c'est l'évangile de la proximité de Dieu. C'est l'évangile du temps court, quand on ne sait plus très bien de quoi demain sera fait. C'est tout simplement l'évangile du Réel, car en fait, personne n'a jamais su de quoi demain sera fait , sinon les historiens du futur.
 


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SUR LA TERRE COMME AU CIEL / EVENEMENT MENSUEL A PARTIR DU 17 JANVIER A LA MAISON FRATERNELLE




Aux Archives nationales, la Collaboration

Pour la première fois, les Archives nationales donnent à voir la Collaboration avec 300 documents datant de l'épuration.

Aux Archives nationales, la Collaboration
Une politique portée dès le début par Vichy et poursuivie sans retournement jusqu'en 1944, une idéologie radicale qui revendique avec force le fascisme : cette exposition donne une idée de l'ampleur du phénomène . 
Source : les archives de l'épuration, issues des trois juridictions instaurées entre juin et novembre 44 : les cours de justice, les chambres civiques et la Haute Cour de Justice (réservée aux membres du gouvernement de Vichy). Ces instances ont reçu le produit de saisies et perquisitions. L'ouverture de ces archives consultables jusqu'à présent seulement par dérogation a été autorisée pour cette exposition par le Ministère de la Justice.
Esquisse d'inventaire désordonné :
Un bas-relief d'un anonyme, commémorant et magnifiant l'entrevue de Montoire. Des myriades de petits bustes du Maréchal. Un cahier d'école titré "cahier de propagande".
Un document du Mémorial de la Shoah qui montre l'implication immédiate du Maréchal dans la politique antisémite : les corrections faites de sa main pour aggraver le projet de statut des juifs en octobre 40. Il élargit le domaine des interdictions professionnelles et abolit toute distinction entre juifs français et étrangers.
L'édition originale des Beaux draps de Céline, oeuvre non rééditée et pour cause : son antisémitisme s'y révèle avec violence à chaque page. Dans la partie réservée à la vie "culturelle" sous l'Occupation, on trouve aussi des lettres écrites avec enthousiasme à Lucien Rebatet pour le féliciter de ses Décombres : lettre de Céline saluant la "perfection infectieuse" de ce texte, lettre d'un officier prisonnier en Allemagne qui écrit pour soutenir cet ouvrage et revendiquer avec force ses convictions fascistes.
Les chefs de partis : Doriot, exclu du PCF en 1936 et fondateur du PPF (Parti populaire français) ; Marcel Déat, normalien agrégé de philosophie, fondateur du RPN (Rassemblement national populaire). Le journal de Marcel Déat : dix volumes dactylographiés et pour l'instant inédits.
La francisque : une liste des décorés, avec leurs fiches. Charles Maurras par exemple ou Charles Vanel, l'acteur ; mais aussi cet autre qui est radié de la liste pour cause de "gaullisme". Sur la carte de chaque décoré, on peut lire (de mémoire) : "Je me donne au Maréchal comme le Maréchal s'est donné à la France."
Une salle consacrée aux trois ennemis de Vichy : les bolchéviques, les juifs et les francs-maçons. Tous ont eu droit à leur fichier, à des expositions de propagande destinés à tous publics et notamment aux enfants. Une vitrine verticale contient une haute pile de dossiers "d'aryanisation". Dossiers souvent particulièrement minces. Une visiteuse commente : "c'est important de donner à voir ces piles. La propagande propageait des juifs l'image de potentats richissimes. Or le plus souvent, il n'y avait pas grand chose à "aryaniser". Dans un dossier présenté au Musée du Cercil à Orléans, il y a juste une paire de ciseaux..
Salutaire exposition dans un temps de tourmente où les discours d’exclusion sont vivaces, où l’on peut lire « Soral a raison » sur un autocollant posé sur l’abribus, où les achats en librairie de Zemmour, Houellebecq et Renaud Camus sont nombreux et où s’élabore une réflexion (qu’il faut espérer durable) sur la construction d’une culture civique et critique à l’Ecole.
Exposition à voir aux Archives nationales, 60, rue des Francs Bourgeois 75003, jusqu’au 2 mars 2015