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"Par lui, je comprends ce que Dieu fait" . Prédication du 7 mai 2017 . Jean 10, 1-11 Robert Philipoussi



Jean 10.1-10

1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.3 Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. 4 Lorsqu'il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. 5 Elles ne suivront point un autre; mais elles fuiront loin de lui, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des autres. 6Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait.

7 Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands; mais les brebis ne les ont point écoutés. 9 Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. 10 Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance.11 Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis.

Prédication par Robert Philipoussi

C 'est une bien belle bergerie. Il y a un portier. Littéralement un « veilleur de porte ». Un concierge.

Etonnant. Et logique aussi, car après avoir entendu ça, le début du passage :

1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.

Après avoir entendu ça, je me suis dit que le voleur aurait pu aussi bien entrer par la porte.

Récemment un de mes voisins du même palier s'est fait cambrioler, et le voleur est entré par la porte. Qu'il a d'ailleurs ouverte avec la clé, clé qu'il a trouvé dans la boite aux lettres du dit voisin.

Mais il n'aurait pas pu le faire si mon voisin avait eu un portier, un vigile, un « veilleur de porte » .

Peut être que le portier dans ce texte a été mis là par un rédacteur in extremis justement pour que des petits malins ne se disent pas « hé, le voleur aurait pu entrer par la porte ».

Attendez maintenant que j'y pense... le voleur en question, puisqu'il ne serait pas entré par la porte, par où serait il passé ? Le texte dit :

celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs,

Par le toit ? Par une fenêtre ? Dans les deux cas, comment aurait il pu faire sortir les brebis en questions ? A moins, je ne sais pas moi, de les tondre, de les traire, ou de les manger sur place ? Peu pratique, surtout avec un vigile devant la porte de cette bergerie de luxe.

Pourquoi je vous dis cela ? Je vous dis cela parce que nous sommes dans une parabole, et que les paraboles, si toutefois nous ne sommes pas trop contaminés par l' « esprit de sérieux », sont faites pour notre plaisir d'interpréter, parce qu'elles sont constituées de multiples facettes, qu'elles offrent de multiples possibilités, et chacune est un chemin que notre spiritualité peut emprunter.

 

Par exemple, on peut se demander, qui est le portier ?

A cela, Augustin, Saint Augustin, répond, dans un passage mais en introduction, il dit :

« Je vais donc dire ce qui me semble sur cette question profonde ; que chacun choisisse ce qui lui plaît »

Si c'est Saint Augustin qui le dit, l'inspirateur de Luther, Calvin, alors , pourquoi moi, pauvre prédicateur anonyme, je m'en priverai ?

 Un jour un pasteur qui n'était plus vraiment pasteur du moins en paroisse, m'avait fait passer le message que le métier de « pasteur », contrairement à ce que ce nom indique, n'était pas comparable à celui de « berger » qui je le rappelle tout de même désigne Dieu « L'éternel est mon berger » , mais qu'il était , lui, le dénommé pasteur, plutôt comparable à un « chien du berger ».

Certes. Mais je n'étais pas pleinement satisfait, non pas à cause de cette proposition de devenir un chien, mais parce que, tout simplement, je ne considère pas a priori les gens comme des moutons– même si parfois ils le deviennent – et je n'imagine assurément pas que les inspirés par l'évangile de Jésus de Nazareth – puissent, doivent, se comporter comme des moutons. Et une part de mon métier serait justement de les inviter à ne pas être des moutons.

En revanche, portier, maintenant que j'y pense, j'aime bien. Portier, vigile. Vigilant à ce que des « voleurs » ne puissent venir récupérer, dérober, cet héritage merveilleux que sont nos textes pour les transformer en je ne sais quoi de massif – en dogmes par exemples, en idéologie, en théorie de formules, en punchlines, ce qui, pourraient, du coup contribuer à transformer des gens en moutons, en moutons qui achètent, en moutons qui votent, en moutons qui ne votent pas, en moutons qui répètent ce que l'autre mouton a déjà répété, en moutons qui s'enferment eux mêmes dans des enclos, et qui pensent que cet enclos est le centre de l'univers.

D'où l'importance du portier, rôle qu'en bon protestants, et au nom du sacerdoce universel inventé par Luther et popularisé par Calvin, chacun de vous pourrait avoir la mission d'être. Empêcher les voleurs d'entrer et faire n'importe quoi de ce précieux héritage, en manipulant les moutons, en imitant la voix du berger.

A condition bien sûr d'apprendre à distinguer « le vrai voleur », du « vrai prophète », susceptible lui peut-être d'ouvrir la porte pour libérer les moutons qu'alors nous serions, enfermés dans un enclos que nous n'aurions pas de prime abord, considérés comme une prison.

 Voilà ma contribution pour le portier.

Mais je vous raconte cela aussi pour vous faire sentir que dans ce passage de Jean, tout est très mouvant. Déjà, il y a cette histoire de portier. Mais aussi quand Jésus parle de celui qui entre par la porte, on s'imagine d'emblée qu'il parle de lui en tant que berger. Mais non car il dit ensuite qu'il est la porte. Ce n'est pas du tout la même chose. Vous en conviendrez. Remarquez qu'il fait cette précision, qu'il est la porte des brebis, après avoir constaté que – verset 6- les disciples ne comprirent pas de quoi il leur parlait quand il leur parlait du berger qui entre par la porte.

Est-ce un clin d'oeil, un appel désespéré au lecteur, perdu dans cette parabole étrange ?

Alors finalement, il n'est pas le berger mais la porte ?

Une matérialisation du passage, possible ou impossible.

Quel passage ? Le passage impossible vers la lumière, pour un crucifié déposé au fond d'un sépulcre ou son passage possible vers cette lumière du jour? Pâque en hébreu signifie passage.

Le passage possible d'un noyé au fond du Jourdain, vers un nouveau souffle, un second souffle lui permettant de rejoindre ses nouveaux frères et sœurs qui l'attendent sur la rive, comme lui baptisés, c'est à dire plongés, immergés, noyés ? Le passage possible ou impossible d'un monde ancien à un nouveau monde ?

Un passage de l'Ecriture particulièrement difficile à interpréter comme ce texte, et dont la clé justement serait la porte, qui permet donc de l'ouvrir et de comprendre que ce Christ est celui ci qui sera le lieu du passage de tous ces moutons vers de nouveaux pâturages, transformant cette prison dans laquelle ils étaient enfermées - peut être une prison de contraintes légalistes, de lois absurdes- en véritable bergerie où elles pourront revenir se reposer, comme les premières églises chrétiennes , où se rassemblaient ces fervents missionnaires, dont la mission était de proposer le salut à tout le monde, mais qui devaient aussi bien sûr se retrouver, accueillir, partager le pain et le vin.

Mais bien sûr qu'il est cette porte, cette porte entrebaillée c'est à dire laissant la liberté de juger si l'on peut passer ou non, une porte jamais refermée.

Mais cette parabole ne s'arrête pas là. Tout de suite après nous avoir convaincu qu'il était la porte par laquelle les moutons passent pour trouver la liberté , il dira que finalement, c'est lui le berger.

Le bon, ou le beau berger – toutes possibilités offertes par la traduction du mot « kalos ». Aucune traduction ne s'aventure à dire « je suis le beau berger ». Tous ceux qui parlaient grec savaient le monde savait qu'en grec « beau, et bon » était signifiés ensemble. Mais pas pour nous. Alors nous avons sélectionné la bonté plutôt que la beauté. On aurait pu ne pas faire ça. Et cela aurait changé beaucoup de choses, dans la perception que nous avons de Jésus.

Mais bien sûr que l'évangile est beau, bien sûr que la bonne nouvelle est belle. Pourquoi nous priver de cette dimension là, puisqu'elle est contenue, littéralement dans l'auto définition de lui-même que Jésus fait dans cet évangile de Jean.

Alors, frères et sœurs, j'ai bien conscience de vous avoir proposé aujourd'hui un bouquet de significations, mais c'est tout simplement que ce récit est fait comme ça quand nous osons le prendre pour ce qu'il est : un bouquet, intentionnellement pas encore tout à fait composé.

Alors oui, finalement, je veux bien que Jésus soit cette porte entrouverte, et je veux bien aussi, comme le dit Augustin, qu'il soit la porte et aussi le berger, mais je veux bien aussi qu'il soit parmi les brebis, Comme une brebis, il a été mené à l'immolation, dit le prophète, et connaissant le sort de ces brebis, il nous offre le moyen d'y échapper,

et finalement je veux bien aussi qu'il soit le portier.

Je veux bien qu'il soit toutes les figures de l'humain et du divin, de l'animal ou d'un objet comme une porte, puisque c'est par lui que ces texte ont été composés, c'est dans son souvenir que des myriades de miches de pain ont été partagées, c'est à cause de lui que nous avons entrevu la signification du salut derrière cette porte, c'est lui que nous confessons, et c'est à cause de lui, que nous sommes là et que je tente d'interpréter ce texte devant vous.

Je ne sais pas ce qu'il est vraiment , mais je peux vous dire comme un fait incontestable qu'il réveille l'inspiration depuis deux millénaires sans discontinuer.

Tout ce que je sais, c'est qu'une porte s'est ouverte dans un matin de Pâques, et que cela produit une ferveur qui ne s'éteint pas. Et ce que je sais, c'est que par celui-ci - dont un évangéliste dit qu'il a dit qu'il était la porte, le beau et bon berger, et pourquoi pas aussi le portier, et pourquoi pas aussi une brebis parmi les brebis -  je comprends ce que Dieu fait.

AMEN

Philips Galle,  naar Pieter Brueghel de Oude  De goede herder, 1565 H. : 20,8 ; L. : 29 cm Museum Boijmans Van Beuningen, Prenten
Philips Galle, naar Pieter Brueghel de Oude De goede herder, 1565 H. : 20,8 ; L. : 29 cm Museum Boijmans Van Beuningen, Prenten
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