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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal (cultes tous les dimanches 10H30) & La Maison Fraternelle (cultes tous les dimanches à 18H30 (hors vacances)

Prédication 13 août 2017 par R.Philipoussi "l'Evangile n'est pas "sage".

L'évangile n'est pas "sage".



Prédication 13 août 2017 par R.Philipoussi "l'Evangile n'est pas "sage".

LECTURES 

1 Rois 19.9-13 9 Là-bas, il entra dans la grotte et y passa la nuit. Soudain la parole du SEIGNEUR lui parvint, qui lui disait : Que fais-tu ici, Elie ? 10 Il répondit : J'ai montré une passion jalouse pour le SEIGNEUR, le Dieu des Armées ; car les Israélites ont abandonné ton alliance, ils ont rasé tes autels, ils ont tué tes prophètes par l'épée ; moi, je suis resté, seul, et ils cherchent à me prendre la vie ! 11 Il reprit : Sors et tiens-toi dans la montagne, devant le SEIGNEUR. Or le SEIGNEUR passait. Un grand vent, violent, arrachait les montagnes et brisait les rochers devant le SEIGNEUR : le SEIGNEUR n'était pas dans le vent. Après le vent, ce fut un tremblement de terre : le SEIGNEUR n'était pas dans le tremblement de terre. 12 Après le tremblement de terre, un feu : le SEIGNEUR n'était pas dans le feu. Enfin, après le feu, un calme, une voix ténue. 13 Quand Elie l'entendit, il s'enveloppa le visage de son manteau, sortit et se tint à l'entrée de la grotte. Soudain une voix lui dit : Que fais-tu ici, Elie ?

Matthieu 14.22-33

22 Ensuite, il obligea les disciples à monter dans le bateau et à le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules. 23 Après avoir renvoyé les foules, il monta sur la montagne pour prier à l'écart ; le soir venu, il était encore là, seul. 24 Le bateau était déjà à plusieurs stades de la terre, malmené par les vagues ; car le vent était contraire. 25 A la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. 26 Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés et dirent : C'est un fantôme ! Et, dans leur crainte, ils poussèrent des cris. 27 Jésus leur dit aussitôt : Courage ! C'est moi, n'ayez pas peur ! 28 Pierre lui répondit : Si c'est toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. 29 — Viens ! dit-il. Pierre descendit du bateau, marcha sur les eaux et vint vers Jésus. 30 Mais en voyant que le vent était fort, il eut peur, et, comme il commençait à couler, il s'écria : Seigneur, sauve-moi ! 31 Aussitôt Jésus tendit la main, le saisit et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? 32 Ils montèrent dans le bateau, et le vent tomba. 33 Ceux qui étaient dans le bateau se prosternèrent devant lui et dirent : Tu es vraiment Fils de Dieu !

PREDICATION

Frères et sœurs, heureux de vous retrouver , en ce cœur de l'été, en même temps aussi dans cet esprit déjà automnal de rentrée, pour notre communauté

Connaissez vous les histoires de l'enfance de Jésus, c'est un petit recueil rangé dans ce qu'on appelle les écrits apocryphes, qui date du 4e ou même du 3e siècle, qui raconte des aventures de Jésus entre 5 et 12 ans et qui se conclut par sa fugue pour aller discuter avec les érudits du Temple. Le Jésus décrit dans ces histoires est un enfant certes génial, mais surtout un enfant terrible. C'est aussi un garnement extrêmement dangereux.

Citations :

Alors qu'il était un enfant âgé de cinq ans Jésus, jouait sur le bord d'une rivière, et il recueillait dans de petites fosses les eaux qui coulaient, et aussitôt elles devenaient claires et elles obéissaient à sa voix. Ayant fait de la boue, il s'en servit pour façonner douze oiseaux, et c'était un jour de sabbat. Et beaucoup d'autres enfants étaient là et jouaient avec lui. Un certain juif ayant vu ce que faisait Jésus, et qu'il jouait le jour du sabbat, alla aussitôt, et dit à son père Joseph : « Voici que ton fils est au bord de la rivière, et il a façonné douze oiseaux avec de la boue, et il a profané le sabbat. » Et Joseph vint à cet endroit, et ayant vu ce que Jésus avait fait, il s'écria : « Pourquoi as-tu fait, le jour du sabbat, ce qu'il est défendu de faire? » Jésus frappa des mains et dit aux oiseaux : « Allez, volez et souvenez vous de moi vous qui êtes vivants. » Et ils s'envolèrent en poussant des cris. Ayant vu cela, le pharisien en fut tout étonné et alla le raconter à ses amis.

Génial donc. Mais ce n'est pas fini.

Le fils d'Anne le scribe était venu arec Joseph, et prenant une branche de saule, il fit écouler les eaux que Jésus avait ramassées. Jésus voyant cela fut irrité et lui dit : « Homme injuste, impie et insensé, quel tort te faisait cette eau? Tu vas être comme un arbre frappé de sécheresse et privé de racines, qui ne produit ni feuilles, ni fruit. » Et aussitôt il se dessécha tout entier. Jésus s'en alla ensuite au logis de Joseph. Les parents de l'enfant qui s'était desséché le prirent dans leurs bras en déplorant le malheur qui le frappait dans un âge aussi tendre et ils le portèrent à Joseph contre lequel ils s'élevaient vivement de ce qu'il avait un fils qui faisait de semblables choses.

Dangereux. Mais ce n'est pas fini.

Jésus traversait une autre fois le village, et un enfant, en courant, lui choqua l'épaule. Et Jésus irrité lui dit : « Tu n'achèveras pas ton chemin. » Et aussitôt l'enfant tomba mort. Des gens voyant ce qui s'était passé dirent : « D'où est né cet enfant? chacune de ses paroles se réalise aussitôt. » Et les parents de l'enfant qui était mort s'approchèrent de Joseph, lui dirent : « Tu as un enfant tel que tu ne peux habiter le même village que nous, ou bien apprends-lui à bénir et non à maudire, car il fait périr nos enfants. »

Ensuite Joseph qui est son père sans les discussions habituelles sur sa belle paternité le réprimande fortement , lui tire l'oreille (imaginez des gens écrivant cela dès le 3e siècle!!) . On tente de lui donner des précepteurs pour l'éduquer correctement. La plupart renoncent effarés. Un d'entre eux un jour en arrive à frapper Jésus et évidemment il meurt (de toutes façons, on ne frappe pas les enfants!).

Mais il n'est pas que génial ou diabolique. A un moment donné, ce Jésus joue avec des enfants sur un toit  (à cette époque, on laissait donc facilement jouer les enfants sur les toits...) . Un des enfants tombe du toit, et il meurt et évidemment les gens accusent Jésus. Mais ce n'était pas sa faute, et pour le prouver, Jésus ressuscite son copain. Bref, un enfant indocile, pas franchement méchant, mais très réactif et dison le assez mal dégrossi.

La plupart des gens considèrent ces récits comme des récits très éloignés de l'image que renvoient de Jésus les évangiles officiels. Et de fait, d'une certaine manière, il est normal d'en arriver à cette perception. Dans les évangiles canoniques en effet, Jésus ne provoque la mort de personne, et bien qu'il lui arrive d'être bousculé au milieu des émeutes que parfois il suscite et bien qu'aussi très souvent des gens viennent le provoquer. Même quand on le frappe  . Mais en les relisant ces récits, je ne suis pas d'accord pour les considérer comme n'ayant absolument aucun lien avec nos récits bien connus. Je dirais qu'on nous a appris à considérer Jésus comme un être quasiment impavide, un espèce de maître zen imperturbable. On a nous a mis cela dans la tête et ce, malgré les faits littéraires. Quand on regarde les faits littéraires, on se rend compte en fait que Jésus a tout d'un rebelle, tout de quelqu'un qui finalement fait exactement ce qu'il sent qu'il doit faire, aux dépens des convenances. Je ne fais pas faire la liste, mais presque chaque parole ou acte de Jésus est une transgression d'une règle que lui juge nulle. Soigner les gens à éviter, parler aux femmes proscrites, guérir l'esclave d'un centurion romain, dire sans cesse aux pharisiens qu'ils trompent le peuple, les insulter, renverser les tables des marchands du temple, etc. Même si le Jésus adulte décrit dans les évangiles respectables n'est pas cet enfant mal dégrossi et génial qui s'énerve pour un rien, il n'a rien de quelqu'un qui a l'esprit de soumission.

Je vous ai raconté cela pour vous donner un possible écrin pour contenir à nouveaux frais notre texte de l'évangile du jour, celui où Jésus et ses disciples affrontent des vagues déchaînées . Récapitulons : Le récit raconte qu' il oblige ses disciples à monter sur le bateau pour aller sur l'autre rive pendant qu'il renverrait la foule qu'il venait de nourrir. Il renvoie la foule, qui était aussi venue pour l'écouter, mais tant pis . Mais ce n'est pas le problème, c'est lui qui décide ce qu'il a à faire, et quand. Mais Jésus ne va pas rejoindre ces disciples tout de suite après comme il leur avait dit. Il va sur la montagne, seul, pour prier. Et le soir vient vraiment. Et la nuit. Pendant ce temps là, les disciples sont pris dans les vagues. Et très tard dans la nuit, finalement Jésus arrive, marchant sur l'eau. Pourquoi ? Parce qu'on ne raconte pas dans les évangiles que Jésus marche sur l'eau déchainée, ou dans ces pseudo évangiles de l'enfance qu'il transforme de la boue en 12 passereaux pour simplement dire que c'est un faiseur de miracle. C'est en fait pour donner une information  capitale sur la nature même de l'évangile : Jésus est quelqu'un qui est au delà des règles, y compris naturelles ou physiques, parce que la bonne nouvelle qu'il représente est une rebelle. L'évangile, cet évangile que Jésus proclame et incarne est fondamentalement rebelle. C'est un fait littéraire. Mais le Jésus adulte n'est plus ce rebelle mal dégrossi, il n'est plus cet enfant diabolique.  
Il est celui qui vient créer un événement spectaculaire dans le monde de l'antiquité, il vient critiquer La sagesse officielle.
L'enfant Jésus, dans cet apocryphe, n'était pas un enfant sage, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais le Jésus adulte n'est pas non plus quelqu'un de sage : il n'est de la sagesse des stoïcien, il n'est pas stoïque, il n'est pas non plus platonique, il n'est pas cynique comme dyogène, il n'est membre d'aucune académie philosophique de cette époque. Y compris, celles des pharisiens, ou d'autres puristes, ou sachants, qui haranguaient les foules de l'époque. Ce n'est pas définitivement pas un « sage ».

Et faisant vivre en lui cet enfant pas sage qu'il est encore,il répond à la provocation de son ami et disciple Pierre qui lui dit cette phrase tentatrice «  si c'est toi, ordonne-moi de venir te rejoindre »... Bien voyons ! Crois tu que je suis de nature à t'obéir comme cela , mon ami Pierre ? Mais viens, viens, et coule, finalement, coule car tu n'as pas encore saisi que cette confiance , cette foi dont je te parle depuis le début de notre aventure commune, n'est pas cette gentillesse, cette petite bonté commune, n'est pas cet esprit de mesure médiane de toutes les choses, cette foi, cette confiance, cette énergie libératrice de ton Dieu c'est celle qui te permettrait, si tu n'en étais pas aussi peu pourvu, de marcher sur ces eaux, de ne plus avoir peur des vagues qui balaient ton existence, mais pour l'instant, je vois bien que tu as besoin de ma main, si bien que je te tends ma main. « Sauve moi » «  Aussitôt Jésus tendit la main, le saisit »

Ce moment où Pierre saisit cette main, c'est la photographie exacte du moment où nous en sommes, avec cet aventure évangélique , nous, qui pour l'instant n'avons pas encore compris la nature exacte de l'évangile, de cette bonne nouvelle. Le moment où nous ressortons in extremis des eaux d'un baptême qui auraient pu nous entrainer vers la mort, le moment où encore, et dans le meilleur des cas, nous pouvons confesser quelque chose

comme s'exclame les disciples  : « Tu es vraiment Fils de Dieu ! » Et pas le fils de Dieu. Comme en concluent trop vite nombre de vos traductions. Tu es vraiment Fils de Dieu ! Tu es vraiment quelqu'un qui a compris quelque chose de plus important encore. Tu es vraiment dans l'esprit de la bonne nouvelle qui a créé le monde, et nous même à partir de la boue ! Un monde et nous même dont nous avons beaucoup de mal à vouloir nous délecter du mystère et beaucoup de mal à savoir le nombre de règles qu'il a fallu transformer pour en arriver à une créativité aussi spectaculaire !

Nous en sommes en ce moment là exact.

Nous avons entendu cette plainte des amis de Joseph dans cet évangile apocryphe : « Tu as un enfant tel que tu ne peux habiter le même village que nous, ou bien apprends-lui à bénir et non à maudire »

Ce moment où nous comprenons que cet enfant devenu grand peut désormais habiter le même village que nous et qu'il a appris à bénir Qu'il en a fait sa vocation. Ce moment où nous pouvons saisir cette main au lieu de s'enfoncer dans nos peurs. L'évangile de Dieu, du Dieu créateur, comment pourrait il être de la même nature que la sagesse raisonnable et moyenne.
Nous sommes exactement à ce moment où nous allons saisir , comme Pierre saisit la main de Jésus, la nature exacte de cet évangile dont on nous parle depuis plus de 2000 ans.

AMEN

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