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CULTE DU 13 SEPTEMBRE 2026 À L'ORATOIRE DU LOUVRE



LE TEXTE DE LA PRÉDICATION, par le pasteur Robert PHILIPOUSSI

 

Quelle surprise, mais quelle surprise de s’apercevoir que, le mot qui est utilisé ici pour dire que « tout était commun entre eux » n’est utilisé ici dans ce sens de « commun » que rarement dans le nouveau testament.

La plupart du temps, ce mot grec; Koinos, désigne ce qui est souillé, impur ou profane. Tiens donc ?

Marc 7 : 2 Ils virent quelques-uns de ses disciples prendre leurs repas avec des mains impures (koinos), c’est-à-dire, non lavées.

Actes 10 : 14 Mais Pierre dit : Non, Seigneur, car je n’ai jamais rien mangé de souillé (koinos) ni d’impur.

Actes 10 : 28 Vous savez, leur dit-il, qu’il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d’entrer chez lui; mais Dieu m’a appris à ne regarder aucun homme comme souillé(koinos) et impur.

Romains 14 : 14 Je sais et je suis persuadé par le Seigneur Jésus que rien n’est impur (koinos) en soi, et qu’une chose n’est impure (koinos) que pour celui qui la croit impure (koinos).

Et en plus, ce mot «koinos» a donné le mot «communion»

Je pense que cela vaudrait le coup d’explorer un peu tout ça.

Une précision concernant cette description de la première église par l’auteur du livre des actes.

Beaucoup ont vu en elle une espèce de communisme originel qui serait selon eux une conséquence de la prédication de l’évangile. C’est une affirmation gratuite. D’autres soutiennent qu’il s’agit, 50 ans après, d’une vision utopique ou fantasmatique de ce qui s’était passé à Jérusalem. Mais l’argument de ces derniers est fragile, qui consiste à dire: puisque c’est incroyable et irréaliste, cela n’a pas existé. Je préfère voir les choses autrement: dès le chapitre suivant on lit un fort dérèglement de cette institution communautaire au point qu’on y raconte l’histoire de certains qui avaient prétendu partager mais qui, ne l’ayant pas fait tombent raides morts devant Pierre, le chef de cette église. Comme description d’une utopie sympa, il y a mieux. Et, aussi, tout au long du livre des Actes, cette figure autoritaire de Pierre va s’effacer, au profit de celle de Paul, et avec lui cette dimension communautariste s’effacera aussi au profit d’un évangile qui ne sera plus clivé entre «nous » et «eux» qui sera moins communautaire et plus expansif et qui sera annoncé sans condition à qui veut bien le recevoir et quelque soit son origine.

Ces précisions faites, regardons ce récit tel qu’il est, et essayons de savoir ce qu’il enseigne au delà même de l’aspect prétendument descriptif.

Ils mettaient tout en commun. On pourrait traduire, et on n’aurait pas tout à fait faux, comme ceci: tous ensemble, ils profanaient.

Ce qui est mis en question ici, c’est la possibilité qu’il y ait un bien « à part », donc appartenant à quelqu’un, un bien que ce quelqu’un utilise pour le faire fructifier, au travers du travail des autres.

Le bien à part était dans le temple, et le profane – qui veut dire : devant le temple – venait périodiquement se débarrasser de la souillure, sous la vigilance des administrateurs du sacré. La proposition du récit d’aujourd’hui est que ce bien , autre fois réservé, s’est répandu partout. Et pour tout le monde. Ce que mettait en commun ces premiers croyants au Christ dont les premiers faits et gestes sont racontés 50 ans plus tard par l’écrivain Luc dans les actes des apôtres, ce n’est pas simplement leurs biens…ce qu’ils mettaient en commun, c’est leur Dieu, leur Christ, leur foi.

Leur souillure, leur profanité, leur impureté : lls les revendiquent, ils les partagent.

Et maintenant, j’imagine une parole adressée à cette église toute fraîchement mise au monde:

Ce communisme-là est la mise en actes de cette stupéfiante découverte que ce Dieu gagé à l’intérieur d’un édifice administré par des gérants parcimonieux, les prêtres, qui nous tenaient en haleine puisqu’en fait la souillure ils disaient qu’elle était infinie, que ce Dieu là s’est libéré ou a été libéré par notre héros que nous avons nommé Christ, ce qui nous a libérés nous aussi.

En mettant en commun leurs biens, ils disent en actes et à tout le monde une parole simple  (Je continue à leur parler) :

Ce qui était souillé impur, en fait globalement votre humanité, votre humanité qui était administrée, louée, rançonnée, et cette administration vous transformait en esclave de quelques uns, alors que vous étiez tout le monde ou presque, votre humanité est désormais sous le régime de la grâce qui dit : cette souillure est commune, et il n’y a plus aucun moyen administré , plus aucun artifice pour s’en débarrasser, alors si désormais cette souillure est universelle, si cette impureté là est commune, alors elle n’existe plus, ou alors, il est urgent de lui trouver un autre nom.

Il n’y a plus aucun point de comparaison. Et comprenez, comprenez bien, vous êtes libérés de ce conditionnement ancien. Et cette libération, c’est cette grâce qui a fait exploser le Temple ancien comme elle a répandu entre vous tous l’esprit et le sang de celui dont vous étiez le disciple mais dont vous êtes maintenant les porteurs du souffle.

Ils se disent entre eux : c’est le sang du Christ qui bat dans nos veines. Ils disent, et croient, même si c’est une folie pour le monde, que c’est le souffle du Christ qui remplit leurs poumons. Ils sont désormais communs. Ils sont un. Il n’y a en plus d’autre. Ils sont fous. C’est la folie des premiers croyants au Christ.

Ce peuple de profanes revendiqués, d’impurs devenus fiers de l’être et du coup de ne l’être plus, puisque personne ne leur intime de prescriptions de pureté, ont inventé dit-on le communisme. Mais c’est faux. Ils n’ont rien inventé du tout ! Ils ont juste tenté de mettre en acte leur nouvelle façon de croire.

Et d’ailleurs , comme je l’ai indiqué au tout début, dès la première baisse de l’enthousiasme, cela a commencé à déraper. Ça ne marche pas. Il y a toujours quelqu’un qui ne veut pas partager. Toujours quelqu’un qui ne veut pas dire en actes la parole. On a beau tous être « comme un » , il y a toujours quelqu’un d’autre.

Parce que ces premiers croyants oubliaient quelque chose, que leur maître dont ils croient respirer le souffle, dont ils se sentent irrigués du sang qui coulent dans leur veines, leur maître, était lui, durant sa vie ce quelqu’un d’autre, qu’eux.

Et il l’a été jusqu’à la croix, quand le « commun » justement, un « commun dangereux » s’est mis contre lui, le désignant comme justement « l’impur » par excellence. Donc ça ne marche pas. Il ne peuvent prétendre mettre leur Christ en commun car celui-ci sera toujours quelqu’un d’autre, qu’eux.

Mais là n’est pas le problème, ce qu’ils disaient en actes, c’était ce bien désormais commun, cette vie de Dieu désormais pour tous, et il fallait, provisoirement, parce que les mots manquaient, le dire parfaitement et en actes, vendre ses biens et n’avoir que ce que tout le monde a.

Mais ce que les premiers croyants au Christ, dans leur utopie de partage intégral, ont aussi proclamé en actes, c’est une chose encore plus fondamentale.

Ils rappelaient tout simplement la réalité de la vie humaine de la terre. Quand on y pense ne serait ce qu’une minute – et les plus grands possédants , les plus grands possessifs le savent, et le cachent – c’est que la propriété avant d’être le vol, comme le disait celui qui s’appelait « chrétien mais chrétien raisonneur », Proudhon, est d’abord une pure illusion basée sur le consentement de ceux qui ne possèdent pas.

Un jour, dit on, dans l’histoire, il y a eu un Monsieur qui est allé dans un endroit, qui l’a entouré, et a dit c’est à moi. Les autres l’ont accepté. Mais c’est toujours le cas. Personne ne voit plus l’ironie de la chose, et une police et le droit veillent au respect de ce fantasme, mais la réalité c’est qu’en « soi » rien ne peut appartenir à personne. Pour posséder, il faudrait au moins que la chose possédée le sache, s’en préoccupe. La terre que le paysan possède ne sait pas qu’elle est censée être possédée. L’arbre fruitier, le poulet aux hormones, ma voiture, mon chien , mon compte en banque, mon argent ne savent qu’ils sont « ma » propriété.

Mais tout le monde le croit.

Les premiers chrétiens mettent le premier humain dans son enclos fictif, dehors, et l’invite à regarder autour et à s’apercevoir que rien n’est vrai. Que le créateur n’a pas explicitement fantasmé un monde empli de propriétaires.

Mais le premier homme propriétaire rechigne. Il est rustre, on peut lui pardonner. Il dit « et ma femme alors, elle, elle sait que je la possède »  » Qu’elle est à moi » . L’utopiste lui répond. Non, elle est esclave. Si tu la possèdes, elle est ton esclave. C’est ton rapport avec elle, mais elle, quand elle se réveillera, elle comprendra que son rapport avec toi, ce n’est pas que tu sois son propriétaire.

Pour l’instant , dans cette nuit des temps, et comme tous tes esclaves, elle est silencieuse car elle croit encore que c’est une fatalité.

C’est ce que les premiers croyants au Christ disent aux esclaves qui vont dans les premières assemblées, on pourrait dire les premières communes.

Ils leur disent – c’est malin – et d’ailleurs ce stratagème a fait l’objet de plusieurs thèses – d’accord vous avez un maître, monsieur Dupont, mais ce que vous devez savoir c’est que lui aussi a un maître c’est Dieu. Et donc, vous avez le même maître. Il y a un maître au dessus de votre maître ! Il ne faudra pas longtemps pour ces esclaves ou ces impurs pour comprendre que leur maître finalement n’était qu’un maître relatif, et que puisque nous avons le même, nous sommes finalement , égaux. Que potentiellement, le communisme gracieux va être le ver dans le fruit de l’institution esclavagiste et au delà de ça va devenir la prétention chrétienne de révéler l’égalité de chacun, au travers d’une destruction théologique de tout ce qui se prétendrait être réservé à quelques uns, usant d’artifices que la grâce fait voler en éclat.

La grâce de Dieu, que les chrétiens proclament en se voulant « comme un » n’est pas d’abord un objet de foi « je crois en la grâce », elle est conçu comme une force qui vient détériorer les croyances artificielles et les illusions administrées.

Certes, évidemment, les chrétiens seront encore propriétaires, et l’Eglise elle même s’est mise à racheter tout ce qu’elle pouvait…mais ils ne seront jamais dupes , si jamais une trace du souffle initial les fait encore respirer, de ce qu’ils seraient censés posséder… Même s’ils pensent que c’est le résultat de leur travail…ils ne seront jamais possédés eux mêmes par ce qu’ils possèdent.

Car ils continueront à voir le monde comme on le voyait en Eden.

Tout est commun. Et si ce bien commun est à entretenir, il est à tout le monde.Ce n’est pas de la morale. C’est juste la réalité profonde. Et c’est ça qui est véritablement révolutionnaire. Revenir à cette réalité profonde de l’instinct créateur de Dieu.

 

Tout à l’heure, nous allons communier. Et nous allons nous aussi, respirer un peu. Vivre de ce bien commun. Sentir ce que ça fait de ne rien posséder en propre tout en partageant ce qui nous est donné à tous également. Qui que nous soyons. Quoi que nous soyons. Il n’y a plus de Temple. Plus de prêtre, plus de purs et d’impurs. Juste, notre bien commun.


VIDEO DU CULTE

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