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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port Royal & Maison Fraternelle


CULTE DU 14 JUIN 2020 Le défi de l'unité

Avec Nicolas Bonnal, prédicateur. Fanny Cousseau, à l'orgue. Florian Wallez à l'alto (x2)
Merci à ceux et celles qui rendent notre église vivante



SALUTATION

Carreaux de céramique ottomane (16e siècle)
Carreaux de céramique ottomane (16e siècle)

 

Frères et sœurs, soyez les bienvenus. Levons la tête, ouvrons les yeux. Accueillons-le, comme il nous accueille et comme nous nous accueillons les uns les autres Ce jour est un jour tout neuf. Il n’a jamais existé et il n’existera jamais plus. Prenez donc ce jour et faites-en une échelle pour accéder à de hauts sommets. Ne permettez pas que la tombée du jour vous trouve semblable à ce que vous étiez à l’aube. Ce jour est un don de Dieu. Il n’est donc pas quelque chose d’ordinaire, de fortuit, quelque chose qui va de soi. Il vous est spécialement offert. Prenez-le entre vos mains, prenez-en soin, avec ferveur.

CANTIQUE

ps_92_mp3.mp3 PS 92 mp3.mp3  (2.69 Mo)


REPENTANCE

 

Prions Dieu avec Saint Augustin

De toutes mes forces, celles que tu m’as données, Je t’ai cherché, Désirant voir ce que j’ai cru. Et j’ai lutté et j’ai souffert.
Mon Dieu,
Mon Seigneur,
Mon unique espoir,
Accorde – moi de n’être jamais las de te chercher,
Qu’avec passion sans cesse je cherche ton visage.

Toi qui m’as donné de Te trouver, Donne – moi le courage de Te chercher
Et d’espérer Te trouver toujours davantage.
Devant Toi ma solidité : garde – la. Devant Toi ma fragilité : guéris-la. Devant Toi tout ce que je sais, tout ce que j’ignore.
Par là où tu m’as ouvert, j’entre : accueille-moi. De là où tu m’as fermé, j’appelle : ouvre-moi.

Accorde-moi de ne pas t’oublier, Accorde moi de te comprendre. Mon Dieu. Mon Seigneur. Accorde-moi de t’aimer.

Amen.




LECTURES

1 Corinthiens 10.16-17
16 Nous remercions Dieu pour la coupe de bénédiction. Quand nous la buvons, est-ce que nous n'entrons pas en communion avec le sang du Christ ? Quand nous mangeons le pain que nous partageons, est-ce que nous n'entrons pas en communion avec le corps du Christ ? 
17 Il y a un seul pain. Alors, tous ensemble, nous sommes un seul corps, parce que nous mangeons tous un seul pain.



CANTIQUE

chant_43_06.mp3 CHANT 43_06.mp3  (2.79 Mo)


 

PRÉDICATION Par Nicolas Bonnal

Certes, ce 14 juin 2020 restera dans nos mémoires comme le jour où notre paroisse a célébré à nouveau un culte en ce temple, après cette étrange période que nous venons de connaître, au cœur de ce qui restera également dans les mémoires, mais cette fois un peu au-delà de notre communauté, comme « l’année du coronavirus ».

Mais ce 14 juin 2020, c’est aussi, pour l’église catholique, le jour de la Fête-Dieu, comme on l’appelle en France, ou encore de la fête du Saint-sacrement du corps et du sang du Christ, comme on l’appelle officiellement à Rome, ou, plus simplement, de la fête du Saint-sacrement, ou Corpus Christi, fixée normalement le jeudi qui suit la Trinité, et célébrée en France le dimanche qui suit ce jeudi, soit le deuxième dimanche après la Pentecôte.

C’est pourquoi le principal texte du jour, extrait du lectionnaire que nous partageons avec l’église catholique, texte qui n’a pas été lu à l’instant, est le passage de l’évangile selon Jean où Jésus se définit comme le pain vivant qui est descendu du ciel.

Ce n’est cependant pas ce texte que j’ai choisi de tenter de méditer avec vous ce matin, mais celui, qui lui est évidemment étroitement lié, où l’apôtre Paul dit aux Corinthiens : « Il y a un seul pain. Alors, tous ensemble, nous sommes un seul corps, parce que nous mangeons tous un seul pain. »

Un seul.

Avec cette triple répétition oratoire, Paul invite avant tout ses interlocuteurs à l’unité. Bien sûr, c’est qu’il écrit à des Corinthiens prompts à se diviser, dont toute sa lettre dénonce les scissions et les divisions. De ces conflits, l’apôtre donne de multiples exemples : divisions entre riches et pauvres, divisions entre disciples d’untel ou d’untel, procès divers entre frères, controverses sur le choix entre mariage et célibat, disparité entre ceux qui, restant marqués par le culte des idoles, donnent encore du sens au fait de manger la viande qui a été offerte en sacrifice à ces idoles, et ceux qui ont simplement envie de … manger de la viande.

Ce sont ces Corinthiens divisés que Paul appelle à l’unité. C’est à eux qu’il offre l’unité. Et quelle unité ! L’unité parfaite de former un même corps. C’est une image, bien sûr, mais une image très forte. Paul la développe dans des textes bien connus, toujours dans sa première lettre aux Corinthiens, et aussi dans sa lettre aux Romains (ch. 12) : dans un même corps, chaque membre a une fonction précise, qui n’est pas celle de l’autre, et chacune de ces fonctions est complémentaire des autres. L’unité, ainsi vue, n’est pas uniformité, elle laisse la place à une indispensable diversité. Mais, comme l’écrit l’apôtre, encore faut-il que ces membres divers aient un commun souci les uns des autres.

Vivre cette unité est un défi de tous les jours. Cela l’a été pendant les trois mois qui viennent de s’écouler, bien sûr. Vivre l’unité dans la solitude ou l’isolement, vivre l’unité face à la maladie, face au dénuement parfois, vivre l’unité derrière un écran, ou au téléphone, vivre l’unité en allant travailler la peur au ventre, et cela pour permettre à d’autres de rester chez eux en se protégeant, cela n’a pas été facile.

Mais vivre cette unité était déjà, avant cette période, un défi, et cela le sera encore demain. Chez nous, comme chez les Corinthiens, les facteurs de divisions ne manquent pas. La diversité des membres ne prend-elle pas, souvent, le dessus sur l’unité du corps ? Ainsi, il nous appartient de faire vivre ensemble les deux lieux dont notre paroisse a hérité, si différents, ce temple et la Maison fraternelle. Ainsi, il nous appartient de savoir accueillir, ce qui ne veut pas seulement dire saluer en souriant, ce qui veut dire offrir une place, une place de membre du corps, une place adaptée et juste, ceux qui poussent la porte d’un de ces deux lieux. Les exemples pourraient être nombreux et ce n’est pas le moment de développer.

Ne serait-ce que parce que ce serait une impasse de continuer à creuser ce thème de l’unité, sans réfléchir à ce qui la fonde.

Paul nous le dit évidemment le plus clairement du monde : ce corps, nous le formons parce que nous participons tous ensemble à un unique pain, parce que nous rompons un même pain. Et ce pain, c’est le Christ. C’est le Christ qui, en nous nourrissant, nous constitue comme un corps unique.

Je ne voudrais pas, au moment de rappeler cette affirmation centrale de la théologie de Paul, m’engager dans des développements théoriques et désincarnés. L’église, corps terrestre du Christ. La Cène, sacrement de la division entre les confessions chrétiennes, qui la comprennent et la vivent de façon différente. Je laisse tout cela prudemment de côté.

Je voudrais seulement réfléchir avec vous sur la façon dont cette nourriture commune, entendue comme une nourriture spirituelle, peut être, si nous le voulons bien, le ciment de l’unité à laquelle nous appelle Paul.

Parce qu’il ne nous suffit pas de dire que nous sommes unis en Christ, que nous sommes un en Christ, pour que cela devienne réalité. Ce n’est pas pour rien que je rappelais, en commençant, la Fête-Dieu célébrée dans l’église catholique aujourd’hui, parce que cela ne nous parle pas forcément de façon évidente. Sans évoquer le contre témoignage absolu du président des Etats-Unis brandissant récemment une bible devant une église de Washington.

Ne mélangeons pas tout : les deux exemples que je viens de prendre sont très différents. Le premier, c’est le simple constat que l’unité des chrétiens se vit dans la diversité des églises, chacune avec son histoire particulière et avec ses spécificités. Il reste bien sûr énormément à faire pour que cette diversité ne soit pas le contre-témoignage terrible qu’elle a pu constituer pendant des siècles, lorsqu’elle s’appelait encore guerre de religions. Mais cahin-caha, nous sommes sur le chemin du dialogue, de la coopération, qui permettra, en s’approfondissant, à cette diversité de se transformer en richesse. De sorte que, pour reprendre l’image de Paul, chaque membre du corps, dans sa spécificité, contribue à une œuvre commune.

Le second, et j’aurais pu en choisir mille autres, mais celui-ci m’a été soufflé de façon aveuglante par l’actualité, pose une question autrement plus difficile que celle du dialogue œcuménique ! C’est celle d’un corps dont les membres n’auraient plus rien en commun, dont les membres tireraient à hue et à dia, voudraient aller dans des directions strictement opposées. Tout en se réclamant du même pain, tout en se réclamant du Christ. Même si l’exemple de la bible brandie par Donald Trump est mauvais, parce qu’il ne fait guère de doute à mes yeux que la posture de l’intéressé est uniquement électoraliste, et qu’il se prétend membre d’un corps dont il n’a, en fait, pas grand-chose à faire, de telles divergences irréconciliables sont une réalité, et je n’aurais pas dû utiliser des conditionnels.

Dans ce corps Un que Paul nous invite à former, il y a des membres qui, sur les sujets fondamentaux de notre monde que sont l’égalité, la liberté ou la justice, ont des positions diamétralement opposées. Et, non seulement ces membres que tout oppose se réclament également du Christ, mais encore, ils fondent leurs positions antagonistes sur leur propre lecture de la bible, et chacun les estime théologiquement fondées, voire les vit comme l’évidente traduction d’un commandement divin.

La situation que je décris n’est pas exotique ou lointaine, cantonnée par exemple à la mystérieuse Amérique. Elle nous concerne de près. Plutôt que séparer les confessions les unes des autres, ces débats les traversent et les divisent. Les églises protestantes, c’est une évidence de le rappeler, sont bien souvent déchirées par eux. C’est pourquoi elles se multiplient. Et notre propre église protestante unie de France n’échappe pas non plus à ce constat.

Comment, dans ces conditions, vivre en un seul corps, comme nous y appelle Paul ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir des réponses toutes faites à cette question qui me paraît tellement difficile. Mais je peux seulement proposer quelques pistes de réflexion.

Une, en fait, celle de ne pas oublier que Paul parle à une église locale. L’église de Corinthe, qui n’a peut-être pas grand-chose à voir avec notre paroisse de Port-Royal Quartier latin, sinon l’essentiel : d’être composée de personnes qui ont fait le choix de partager leur foi en Christ dans une communauté donnée. Cette unité à laquelle nous appelle Paul, c’est d’abord ensemble qu’il nous faut la vivre. Nous savons, nous ressentons, à quel point nous sommes différents les uns des autres, et nous l’expérimentons parfois lorsque nous osons, et c’est bien de l’oser, exprimer le cœur de nos convictions et donc, inévitablement, de nos divergences. Mais, pourtant, lorsque nous prions ensemble, lorsque nous louons le Seigneur par nos chants, lorsque nous sommes ensemble tendus dans l’effort d’écoute et de compréhension des textes qui nous sont offerts, ne sentons-nous pas cette unité ? Et ne la sentons-nous pas tout particulièrement lorsqu’ensemble, pour nous recentrer sur notre texte, nous partageons le pain et le vin ?

Ne la ressentons-nous pas au plus profond de nous ? C’est pourquoi, répondant à cette question à la première personne, vous m’en pardonnerez, je vous dis combien vous m’avez manqué ces dernières semaines, et combien la rencontre communautaire que nous offre le culte dominical ne m’a jamais paru si importante qu’au moment où je la retrouve avec vous.

Bien sûr, on ne peut en rester là, et ce sentiment local et communautaire d’appartenance à un même corps ne résout pas tout, loin de là.

D’abord parce que notre communauté est une parmi d’autres, dont nous sommes solidaires, avec lesquelles, au sein de l’église protestante unie, au sein des fédérations nationales et internationales, au cœur des dialogues œcuméniques de toute sorte, nous devons œuvrer à nous rassembler autour de ce que Christ attend de nous. Pour offrir un vrai témoignage d’unité.

Cependant, ce témoignage d’unité doit se construire et s’enraciner dans les communautés de base. C’est en leur sein, à ce modeste niveau, en nous appuyant sur la communion fraternelle qui nous y est donnée, qu’il nous appartient d’aller plus loin, et de rechercher, ensemble et inlassablement, à comprendre ce que le Christ attend de nous.

Le rechercher par la prière communautaire, par la lecture partagée de la bible, par la confrontation de nos prières et de nos lectures de la bible avec les grands problèmes de l’égalité, de la liberté et de la justice qui se posent à notre monde. Là est le pain dont nous parle l’apôtre, c’est cette nourriture là que nous devons mâcher et remâcher ensemble. Ce n’est que dans cet approfondissement nécessaire, sans avoir peur des débats et des oppositions qu’il peut faire naître en notre sein, que nous pourrons grandir comme un seul corps peut grandir.

Ensuite parce que ce corps que Paul nous appelle à former n’a pas lui-même pour horizon. Si l’église, si notre église, est le corps du Christ, ce n’est pas un corps glorieux, tout puissant et dominateur. C’est un corps souffrant, c’est un corps crucifié. Je n’entends pas, comprenons-nous bien, un corps qui se complairait dans le dolorisme et l’autoflagellation. Mais un corps au service du monde, comme le Christ l’a été.

C’est aussi, peut-être d’abord, dans ce service des autres que nous pourrons véritablement être véritablement le corps du Christ sur cette terre, et non pas seulement entre nous.

Amen


MUSIQUE PAR FANNY COUSSEAU

Toccata (2ème suite Op. 53 des 24 pièces de fantaisie) de Louis Vierne (1870-1937) par Fanny Cousseau sur l'orgue Cavaillé-Coll de l'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts (Paris).
y2mate_com___vierne___toccata___fanny_cousseau_7w_ju41_g3c.mp3 - Vierne - Toccat...  (3.88 Mo)


CONFESSION DE FOI

Je Te crois
Eternel lié au déroulement du temps,

Esprit greffé à nos âmes d’humains

Je Te crois
si naturel à moi que souvent je t’oublie

d’une présence sans faille

jusqu’aux moindres replis, jusqu’aux moindres détails

Contorsionniste : infiniment grand, infiniment petit

Je Te crois

tout à la fois large d’épaule

et trop souvent meurtri

Je Te crois

sans preuve de Toi, sans preuve de ton contraire

séduit.e par ton insaisissable ingéniosité

je Te crois responsable

du re-surgissement permanent de la Vie

Je Te crois

pour l’irraisonnable raison d’espérer

pour le sens de l’alliance, le sang neuf à créer

le gage des naissances et les seuils à franchir.

Amen

 


INTERCESSION

 

(avec des mots de Dietrich Bonhoeffer)

Seigneur, les hommes vont à toi dans leur misère

Et demandent du secours, du bonheur et du pain.

Tous font ainsi, païens et chrétiens.

Seigneur, des hommes vont à toi, dans ta faiblesse,

Te trouvent pauvre et méprisé, méconnu et trahi ;

Et c’est ainsi que tu vas vers leur détresse.

Seigneur, prends-moi par la main,

Que je puisse moi aussi aller comme toi,

Avec toi, vers mes frères.

 

NOTRE PÈRE


CANTIQUE

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BÉNÉDICTION

Le SEIGNEUR, ton Dieu, te comblera de biens en faisant prospérer tout le travail de tes mains, le fruit de ton ventre, le fruit de ton bétail et le fruit de ta terre, car le SEIGNEUR sera de nouveau content de ton bonheur, comme il était content de celui de tes pères, 10lorsque tu écouteras le SEIGNEUR, ton Dieu, en observant ses commandements et ses prescriptions écrits dans ce livre de la loi, lorsque tu reviendras au SEIGNEUR, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme.


ARRANGEMENT EN DUO PAR FLORIAN WALLEZ

Mazas, 24° étude spéciale pour alto (en duo)

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