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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal (cultes tous les dimanches 10H30) & La Maison Fraternelle (cultes tous les dimanches à 18H30 (hors vacances)

"Ceci est mon corps...vous"

Prédication du 17 mars (culte du soir) Robert Philipoussi



PRÉDICATION

Il y a des textes. Des textes du jour. Des textes qui parlent du corps. Du corps de Jésus. Du corps de Jésus qui marche. Des textes qui parlent des corps qu'il guérit. Des textes qui parlent du Verbe de Dieu qui se fait chair, chair ? c'est à dire la désignation de la réalité intime du corps, comme ce qu'évoquerait l'expression de «  la chair de ma chair ». Qui se fait corps humain comme nous-mêmes. Qui se fait corps comme nous-mêmes. Pour que nous fassions corps nous-mêmes. Il y a des textes qui comme aujourd'hui parlent du corps de Jésus qui resplendit.

Il y a des textes et il y a des gens. Des gens qui écoutent des textes comme nous ce soir par exemple. Qui sommes des corps, dans toute la polyphonie du mot corps. Des corps assis ou des corps debout. Des gens qui sont un corps social, peut-être, des gens qui parfois aiment entendre à la cène cette phrase de Jésus : ceci est mon corps, ceci est mon sang, mais qui aiment bien comprendre qu'il ne parle pas d'un pain ou d'une coupe spécialement, mais qu'il désigne les convives «  vous êtes mon corps ».

Il y a des gens qui ont inventé cette Église particulière, celle qui a inventé le corps, qui l'a anobli, un corps qui jusqu'à cette invention, n'était que le tombeau de l'âme selon Platon. Qui ont inventé le Dieu se faisant corps, et ce faisant, ont popularisé la pratique de l'amour du prochain comme soi-même, lui-même membre du même corps.

Certains parmi eux ont cependant refusé de croire que Jésus avait un véritable corps , ils préféraient croire encore que le corps était le tombeau d'une âme improbable Ils ont été en Église les théoriciens de l'acharnement contre les corps, les corps des femmes en particulier. Pour appuyer leurs théories funestes et singulièrement opposées à cette affirmation du prologue de l'évangile de Jean qui affirme que le Verbe s'est fait chair, ils ont beaucoup insisté sur la mort de ce corps du Christ, qu'ils ont affiché partout, comme preuve, comme évidence que l'incarnation n'aura été qu'une mise à mort

Alors que non, elle n'était qu'une permission de voir Dieu, et de le toucher. Une permission de penser que cette chair de laquelle il s'était fait était de la même chair que la nôtre rendant la nôtre capable de découvrir qu'elle a un lien avec Dieu. Car Dieu ne passe par par l'âme, ou par une dimension hautement indéfinie de notre être, ce Dieu, autrefois inconnaissable, parle désormais par notre corps. Ce Dieu qui était inconnaissable, c'est à dire existant de l'autre côté, impassible envers les humains comme un Dieu grec , ce n'est pas qu'il devient moins inconnaissable, c'est juste désormais qu'il devient aussi aussi mystérieux qu'un corps, un mystère qui peut en propager la beauté, mieux que l'absence. Un mystère qui n'est pas impassible. Comme un corps aimé.

Il y a des textes qui parlent du corps, il y a des gens qui inventent le corps du Christ et déclarent la fin de la séparation et la fin du mépris des corps, du sien, et de ceux des prochains, particulièrement celui des plus faibles.

Mais il y a l'actualité. D'une même Église, qui viole et brise et méprise et abîme des corps, d'enfants, de femmes. Qui se brise elle-même parce qu'elle n'a pas compris ce qu'elle disait elle-même, n'avait pas compris que chaque corps est le corps du Christ. Que chaque corps est un souffle, un silence, une virgule, un mot, un regard, une peine de Dieu qui s'était fait chair.

Il y a l'actualité de celui qui massacre cinquante corps dans deux mosquées parce qu'il pense qu'ils ne sont pas du même corps que lui, parce qu'il pense que massacrer des corps c'est bien.

Il y a ce tragique abîme entre ce qui est écrit, ce qui est pensé, et même ce qui est cru, ou voulu et même parfois proclamé, et ce qui est pratiqué, pratiqué au nom de l'absence de nom, pratiqué au nom du vide remplissant des phrases, pratiqué en l'absence des personnes qui le pratiquent qui n'ont pas compris que leur corps eux mêmes était devenu non pas un tombeau, mais un berceau de Dieu qui s'obstine à naître.

Et il y a Jésus sur cette montagne de la métamorphose, de la transfiguration, qui loin de se transformer en esprit en lumière, en rien, qui loin de quitter son corps montre à des disciples qui veulent dormir, leur montre son corps dans sa splendeur, les convoquant à cette espérance, l'espérance que ce devenir chair de Dieu ne se terminera pas, ce dont témoignera la résurrection, qui est la proclamation d'une obstination du corps, qui se relèvera de tout, y compris de l'humiliation.

Frappé par cette pensée encore beaucoup trop nouvelle pour lui, Paul, le premier théoricien de cet inouï de Dieu qui vient prendre chair , Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, essaie de dire, de dire la résurrection, de dire cette histoire du corps qui ne meurt pas, ni celui du Christ, ni celui de Dieu, ni celui des gens. J'ai retraduit en respectant les temps et certains termes dans leur littéralité, c'est brillant, c'est bizarre, mais je préfère terminer par Paul que par une phrase personnelle, face à cette invention centrale de la foi chrétienne, devant laquelle un prédicateur du soir doit rester modeste.

 

35 Mais quelqu'un dira : Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps viennent-ils ? 36 Stupide ! ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s'il ne meurt. 37 Et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui naîtra; c'est un simple grain, de blé peut-être, ou de quelque autre semence; 38 puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît, et à chaque semence il donne un corps qui lui est propre.

39 Toute chair n'est pas la même chair; mais autre est la chair des hommes, autre celle des quadrupèdes, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons. 40 Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres; mais autre est l'éclat des corps célestes, autre celui des corps terrestres. 41 Autre est l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, et autre l'éclat des étoiles; même une étoile diffère en éclat d'une autre étoile.

42 Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible; 43 il est semé dans la misère, il ressuscite dans la gloire; il est semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force; 44 il est semé corps régi par lui-même, il ressuscite corps régi par le souffle. S'il y a un corps régi par lui-même, il y a aussi un corps régi par le souffle. 45 C'est pourquoi il a été écrit : Le premier humain, Adam, devint un être vivant. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. 46 Mais ce qui est régi par le souffle n'est pas le premier, c'est ce qui est régi par lui même; ce qui est régi par le souffle vient ensuite. 47 Le premier humain, tiré de la terre, argileux; le second humain est tiré du ciel. 48 Tel est l'argileux, tels sont aussi les argileux; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. 49 Et de même que nous avons porté l'image de l'argileux , nous porterons aussi l'image du céleste.

50 Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite pas l'incorruptibilité. 51 Voici, je vous dis un mystère : nous ne nous endormirons pas tous, mais tous nous serons transformés, 52 en un instant, en un clin d'oeil, à la dernière trompette, elle trompettera et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés. 53 Car il faut que ce corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce mortel revête l'immortalité.

54 Lorsque ce corruptible revêtira l'incorruptibilité, et que ce mortel revêtira l'immortalité, alors adviendra la parole qui a été écrite : La mort fut engloutie dans la victoire. 55 O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? 56 L'aiguillon de la mort, c'est le péché; et la puissance du péché, c'est la loi. 57 Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ !

58 Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, surabondant dans l'oeuvre du Seigneur, sachant que votre peine n'est pas veine dans le Seigneur.

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