"LAISSONS LA PLACE AU DOUTE"

CULTE DU 7 AVRIL 2024, PRÉDICATION DE JOEY COMMES



Le Caravage " l'incrédulité de St Thomas" (1603)

Musique

 

SALUTATION ET ANNONCE DE LA GRACE [Joey]

 

Notre secours est dans le nom de l'Eternel, Qui a fait les cieux et la terre. (Psaume 124, 8)

Frères et sœurs le Dieu qui nous rassemble dans son amour nous a conduits en ce lieu 

Pour lui rendre gloire et pour écouter sa Parole 

Afin que nous éclairions nous-mêmes le monde grâce à la lumière de son Evangile.

Sentez-vous tous chez vous, regardez-vous comme des frères et des sœurs, dans la confiance en la protection de notre Dieu.

 

LOUANGE [Joey]

 

Père, tu nous accordes ton Saint-Esprit.

Par lui, tu illumines nos cœurs.

En lui nous recevons le signe et le témoignage de ton amour

Et du salut que tu nous donnes.

Tu tiens le monde dans tes mains,

Mais tu nous connais par notre nom.

Tu es béni, créateur de tout ce qui existe.

Tu es béni, toi qui nous a mis au large

Et nous donne à vivre dans ce temps.

Nous te rendons grâces pour les œuvres de tes mains,

Pour tout ce que tu as fait parmi nous,

Par Jésus-Christ, notre Seigneur,

Le Ressuscité, que tu as envoyé

Pour nous promettre la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Sans cesse, nous chanterons ta fidélité.

 

Psaume 118 [debout] [extraits]

 

Célébrez le SEIGNEUR, car il est bon, car sa fidélité est pour toujours !

Qu'Israël dise : Car sa fidélité est pour toujours ! 

Que la maison d'Aaron dise : Car sa fidélité est pour toujours !

Que ceux qui craignent le SEIGNEUR disent : Car sa fidélité est pour toujours ! 

Du sein de la détresse j'ai invoqué le SEIGNEUR : le SEIGNEUR m'a répondu, il m'a mis au large.

Le SEIGNEUR est pour moi, je n'ai pas peur : que peuvent me faire des humains ? 

Le SEIGNEUR est mon secours : mes ennemis me seront offerts en spectacle.

Je ne mourrai pas, je vivrai et je raconterai les œuvres du SEIGNEUR.

Le SEIGNEUR m'a corrigé, mais il ne m'a pas livré à la mort.

Ouvrez-moi les portes de la justice : par elles j'entrerai, je célébrerai le SEIGNEUR.

Voici la porte du SEIGNEUR : c'est par elle qu'entrent les justes.

Je te célébrerai, parce que tu m'as répondu, parce que tu as été pour moi le salut.

La pierre que les bâtisseurs ont rejetée est devenue la principale, celle de l'angle.

C'est du SEIGNEUR que cela est venu : c'est une chose étonnante à nos yeux.

Voici le jour que le SEIGNEUR a fait : qu'il soit notre allégresse et notre joie ! 

S'il te plaît, SEIGNEUR, accorde le salut ! S'il te plaît, SEIGNEUR, accorde la victoire ! 

Béni soit celui qui vient au nom du SEIGNEUR ! Depuis la maison du SEIGNEUR, nous vous bénissons.

Le SEIGNEUR est Dieu, il nous éclaire. Attachez des branchages au cortège de fête, jusqu'aux cornes de l'autel ! 

Tu es mon Dieu, et je te célébrerai ; mon Dieu, je t'exalterai.

Célébrez le SEIGNEUR, car il est bon, car sa fidélité est pour toujours !

 

34-02 p.437

 

PRIERE DE CONVERSION [Assis] [lecteur]

 

Béni soit tu, Seigneur Jésus,

Toi qui nous appelles à témoigner de l’amour du Père,

Jusqu’aux extrémités de la terre.

Dans ton amour, prends pitié de notre faiblesse.

Tu veux que nous proclamions que tu es vivant,

Et nous-mêmes, avons peur de la mort.

Seigneur, pardonne.

Tu veux que nous annoncions ta lumière,

Et nous tâtonnons dans l’obscurité.

Seigneur, pardonne.

Tu nous promets la venue de l’Esprit Saint,

Et nous avons tant de mal à l’accueillir.

Seigneur, pardonne.

 

Psaume 22, 1 et 2 p.46-47

 

ANNONCE DU PARDON [Lecteur]

 

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique

Afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3,16)

 

Que tous les enfants de Dieu reçoivent l’assurance de son amour.

Je vous donnerai un cœur nouveau, dit le Seigneur, et je mettrai en vous un esprit nouveau. 

J’ôterai votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.

Je vous accueillerai, je serai votre Père et vous serez mes fils et mes filles.

Nous avons reçu un Esprit d’adoption par lequel nous crions à Dieu : Père.

L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

Chantons à Dieu notre reconnaissance

 

Psaume 22, 3 et 5 [debout]

 

VOLONTE DE DIEU [Lecteur] (1 Jean 5, 3-6)

Car l'amour de Dieu, c'est que nous gardions ses commandements. Et ses commandements ne sont pas un fardeau, 

Parce que tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde ; et la victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi. 

Qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? 

C'est lui, Jésus-Christ, qui est venu par l'eau et le sang ; non pas avec l'eau seulement, mais avec l'eau et avec le sang ; et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la vérité.

 

Psaume 22, 6 et 7

 

ILLUMINATION [Lecteur] [ensemble] [assis]

 

Seigneur, garde-nous de nous croire arrivés,

De nous croire possesseurs de ta vérité.

Rends-nous disponibles pour une recherche

Toujours plus profonde de ton évangile.

Que jamais le passé ne nous enferme,

Mais que ton Esprit nous mette en marche

Et fasse de nous de vrais enfants de la promesse.

 

LECTURE [Lecteur]

 

Jean 20, 19-31

 

Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l'endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit saint. A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus. 

Thomas, celui qu'on appelle le Jumeau, l'un des Douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais ! Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 

Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! 

Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom. 

 

Musique

 

PREDICATION

 

Musique

 

CONFESSION DE FOI [Lecteur] [debout]

 

Nous ne sommes pas seuls,

Nous vivons dans le monde qui appartient à Dieu.

Nous croyons en Dieu qui a créé et qui continue à créer.

Il est venu en Jésus, vrai homme,

Pour apporter la réconciliation et le renouveau,

Qui œuvre en nous par son Esprit.

Nous avons confiance en lui.

Il nous appelle à être son Eglise :

Pour célébrer sa présence,

Pour rechercher la justice et résister au mal.

Nous proclamons son Royaume.

Dans la vie, dans la mort,

Dans la vie, après la mort.

Il est avec nous.

Nous ne sommes pas seuls,

Nous croyons en Dieu.

 

49-13, strophes 1 à 5, p.785

 

ANNONCES

 

OFFRANDE

 

INTERCESSION [Lecteur] [Ensemble]

 

P.1130 n°2

 

Seigneur que se lève sur la dureté de notre cœur 

La douceur de ton visage.

Que se lève sur la folie de notre orgueil

L’humilité de ton cœur

Que se lève sur la tristesse de nos fautes

La joie de ton pardon.

Que se lève sur le sommeil de notre mort

La clarté de ton éternité.

Que se lève sur notre esclavage

La liberté des enfants de Dieu.

Que se lève sur notre angoisse

La paix de notre amour.

Seigneur, nous te le demandons :

Que s’accomplisse partout dans le monde ta promesse.

Nous avons confiance en toi :

Tu nous exauces bien au-delà de ce que nous attendons.

Dans le nom de Jésus-Christ, le Sauveur qui vient. Amen

 

NOTRE PERE

 

EXHORTATION [Joey]

 

L’Eternel anéantit la mort pour toujours,

Il essuie toute larme.

Il fait disparaître de la terre l’opprobre de son peuple.

L’Eternel a parlé.

Voici notre Dieu en qui nous avons confiance. C’est lui qui nous sauve.

Recevez la bénédiction du Seigneur

 

BENEDICTION [Joey]

 

Réjouissez-vous toujours, 

Priez continuellement, 

Rendez grâce en toute circonstance : telle est, à votre égard, la volonté de Dieu en Jésus-Christ. 

N'éteignez pas l'Esprit, 

Ne méprisez pas les messages de prophètes, 

Examinez tout, retenez ce qui est bien ; 

Abstenez-vous du mal sous toutes ses formes. 

Que le Dieu de la paix vous consacre lui-même tout entiers ; que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé irréprochable pour l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ !

Celui qui vous appelle est digne de confiance : c'est lui qui le fera.

Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous ! 

(1 Thessaloniciens 5, 16-24, 28)

 

Musique


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« LAISSONS LA PLACE AU DOUTE »

Prédication sur JEAN 20, 19-31

Par Joey Commes

 

Si quelqu’un lit l’Evangile de Jean sans jamais avoir été en contact avec le christianisme auparavant, il se dirait certainement que Thomas est la seule personne censée dans cette histoire de fous. Comment croire des individus, qui ont suivi avec ferveur un homme dont le parcours s’est achevé quelques jours plus tôt par un supplice réservé aux criminels, quand ils vous raconte avec la même ferveur que le guide perdu est revenu à la vie pour se présenter à eux ? 

Jean a sans doute rajouté cette histoire par rapport aux autres Evangiles pour prendre du recul sur la Résurrection. C’est le seul des quatre évangélistes à s’intéresser vraiment à ce disciple appelé Thomas, dans les trois autres il est réduit à un nom dans la liste des douze apôtres, il ne tient jamais un rôle de premier plan que ce soit dans les discussions avec Jésus ou dans les actions que ce dernier accomplit avec ses disciples. Il fait donc partie du décor plus qu’autre chose, un peu comme les enfants qui jouent le chêne dans les spectacles de fin d’année il figure dans la foule anonyme de ceux qui suivent le maître bien qu’il figure au nombre des apôtres.

Mais c’est peut-être pour ça que Jean le met en exergue. Thomas c’est l’anonyme, ce n’est pas Pierre dont on parle à tout bout de champ comme le fidèle entre les fidèles. Le disciple anonyme reçoit ainsi un nom, et avec lui la foule des disciples qui suivait Jésus et qui ne font pas partie des douze, aucun d’entre eux n’est donc condamné à l’obscurité et à l’oubli. L’évangéliste montre ainsi avec habileté que la venue du Christ ne concernait pas qu’une poignée de personnages principaux. Jésus était le compagnon de nombres d’hommes et de femmes dont l’histoire n’a pas retenu le nom, mais que lui n’a pas oublié. 

Et c’est d’autant plus intéressant que Jean, contrairement aux autres, ne donne pas de liste des douze apôtres. Peut-être qu’au moment l’Evangile est rédigé, bien après les trois autres d’après la plupart des exégètes, dans la communauté d’où il provient une liste des apôtres était déjà fixée depuis un moment et que l’auteur n’aurait pas senti le besoin de s’exécuter à cet exercice. Pour ma part je préfère considérer que ne pas nommer les douze permet d’instaurer une égalité parfaite entre tous ceux qui écoutent le message du Christ. Même si certains disciples sont plus proches que d’autre de Jésus, au fond ils sont tous l’objet de la même attention de la part de Dieu, ceux de la première heure comme ceux qui ont tourné leur cœur vers lui depuis peu de temps. 

Par la bouche de Thomas c’est donc l’incrédulité de tout un chacun, y compris des disciples, qui est exprimée. Le doute est ainsi reconnu comme une attitude légitime. Si ce n’était pas le cas Jean se serait contenté de raconter l’apparition de Jésus la première partie de notre texte du jour, et aurait fait l’impasse sur la seconde. Thomas est le premier personnage à refuser la Résurrection, à la nier. Les autres personnes à avoir été confrontées au tombeau vide ou à l’apparition de Jésus ont exprimé de l’étonnement, de la peur, de la stupéfaction, de l’allégresse, de l’émerveillement, mais aucune n’était allée jusqu’à nier ce qui s’était passé.

Mais tous les autres acteurs de l’épisode de la Résurrection sont directement confrontés à ce prodige, ce n’est pas le cas de Thomas. Il ne l’apprend que par la bouche des autres, et l’impact qu’a eu ce récit dans nos mentalités montre bien que l’être humain est porté à croire avant tout ce qu’il perçoit par les sens plus que ce qu’on lui rapporte.

Ce que je viens de vous dire pose évidemment des questions abyssales pour nous ce matin qui sommes rassemblés par la foi en un Dieu révélé par des textes écrits en trois langues et deux alphabets différents, dont la composition a près d’un millénaire d’histoire, le tout rassemblé dans un ouvrage assez épais selon les éditions dont tout nous semble séparés. Et pourtant ce livre, dont le titre même signifie le livre en grec, est toujours le livre le plus lu au monde aussi absurde que cela puisse paraître pour les esprits les plus cartésiens.

Je ne vais pas m’appliquer à trouver une réponse à ce questionnement, des gens bien plus savants que moi qui ont passé leur vie le nez dans des grimoires et autres manuscrits y ont consacrés des centaines de pages. C’est pourquoi je reviens à Thomas.

Comme je le disais au début, son scepticisme peut sembler justifiable. Comment croire une histoire invraisemblable que l’arrivée d’une personne qu’on a vue mourir de ses yeux ou dont on avait appris la triste fin ? L’incrédulité serait assurément le premier réflexe pour bien des gens face à un pareil récit, que l’on soit croyant ou non. On chercherait alors des preuves du prodige, pour effacer le scepticisme, pour confirmer les réticences, ou même pour ne pas être pris pour un fou si on se mettait à y croire.

Mais dans le cas de Thomas, en tant que personnage du récit de l’Evangile, il ne peut pas considérer que le relèvement d’un mort soit chose impossible. Il a lui-même vu Jésus opérer un tel miracle. En effet, il apparaît à deux autres reprises dans l’Evangile de Jean. La première fois durant l’épisode de la résurrection de Lazare. Avant que Jésus ne se rende auprès de la famille du défunt nous lisons (Jn 14-16) : « Alors Jésus leur dit ouvertement : Lazare est mort. Et pour vous je me réjouis de ne pas avoir été là, afin que vous croyiez. Mais allons vers lui. Thomas, celui qu’on appelle le jumeau, dit alors aux autres : Allons-y nous aussi, pour que nous mourions avec lui. » Il est singulier que ce soit à ce moment que Thomas apparaisse pour la première fois chez Jean, lors de la seule résurrection opérée par Jésus dans cet Evangile.

Sa deuxième apparition se trouve au chapitre 14, au milieu du long discours de Jésus durant la Cène, où d’ailleurs ils oublient de manger, Jean ne racontant pas l’institution contrairement aux autres. Jésus annonce qu’il va bientôt partir en disant : « Et là où moi je vais, vous en savez le chemin. » ce à quoi Thomas répond : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas ; comment en saurions-nous le chemin ? Jésus lui dit : C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14, 5-6). Si le chemin désigne le chemin qui mène au Père, c’est aussi le chemin qui nous attend dans la vie après la mort. Thomas le questionne donc sur ce qui nous attend, il révèle sans le savoir le rôle de Jésus le Fils en tant qu’intercesseur qui fait le lien entre le Royaume des Cieux et ce monde. 

Thomas se retrouve ainsi dans le rôle du disciple associé au thème de la mort et de la résurrection. Il est d’abord celui qui attend la mort mais qui va être surpris par les circonstances. Le cours naturel de la vie va s’inverser sous ses yeux alors même qu’il s’en fait le défenseur le plus affirmé. Dans le premier passage que je vous ai lu il semble accepter la mort avec une légèreté disproportionnée par rapport à ce dont il parle. Il inviterait presque à aller mourir comme s’il allait jouer à un jeu.

Le rapport de Thomas à la mort prend donc des apparences de sagesse pragmatique, qui se plie aux réalités de la vie, mais il dénature ce dont il parle. Jean présente à mon avis ce personnage avec une pointe d’humour pour s’en prendre à ceux qui font de l’acceptation de la mort le seul horizon d’attente de l’humanité, comme si nous n’étions sur Terre que pour se préparer à la mort et ainsi oublier de vivre. Et au premier siècle de notre ère on sait tous que philosopher c’est apprendre à mourir comme dit le père de la philosophie.

Mais Jean ne rentre pas en conflit ouvert avec la philosophie grecque selon moi. Son Evangile reste celui qui s’ouvre sur la primauté de la Parole, du logos. Il vise plutôt une certaine caricature de cette philosophie, caricature qui empêche de juger les réalités de la vie humaine à leur juste valeur au point de réduire la mort à un slogan, ici « allons-y, nous aussi pour que nous mourions avec lui ! »

Le vrai danger de ce mode de pensée c’est la résignation qu’elle peut engendrer. La mort acceptée ainsi de manière apathique peut revenir à se résigner dans une situation aberrante, à privilégier la bonne impression au bien-vivre. Il vaut mieux supporter sa souffrance avec passivité plutôt que de se révolter contre elle. L’injustice devient préférable à la révolte, la douleur au bien-être, l’absence de droits à la lutte contre la servitude.

C’est pourquoi le Christ répond à Thomas en allant à l’encontre de ses paroles de manière spectaculaire. Sa seconde apparition dans notre passage devant ses disciples -parmi lesquels Thomas est cette fois présent- est l’occasion de le prendre à parti pour réfuter ses doutes. Il va même jusqu’à le pousser à toucher ses blessures en écho à sa réaction première. Et celui qui brillait auparavant par son scepticisme est frappé d’étonnement, au sens fort de coup de tonnerre. Il ne peut plus que s’exclamer : « mon Seigneur et mon Dieu », afin de se repentir de ses doutes.

Le scénario de Jean 11 et de la résurrection de Lazare semble ainsi se répéter. Alors que le disciple semblait accepter la mort comme une fatalité le Christ prouve à tous ceux qui le voient, et à Thomas en particulier, que même la mort ne saurait l’arrêter. Comme il a permis à Lazare de se relever, Jésus lui-même se lève d’entre les morts. Par sa mort il a vaincu la mort dit la prière de Pâques par excellence dans les Eglises d’Orient.

Mais si Jésus-Christ, en tant que Fils de Dieu, révèle sa supériorité sur la mort par sa Résurrection, ce miracle n’est possible que grâce à Dieu. Il s’accomplit de manière extraordinaire et échappe à la raison. C’est pourquoi Thomas oppose à un miracle divin un point de vue humain pour lequel la mort est la limite suprême. On peut croire en Dieu, se démener toute sa vie dans n’importe quelle activité, on ne pourra échapper à la mort.

C’est bien la pensée qui pèse sur les épaules de Thomas dans notre passage. Alors qu’au chapitre 11 il ne prenait pas la mort au sérieux, il n’avait pas compris la gravité qui lui est associé, ici, après la disparition de l’homme dont la parole avait changé sa vie à jamais, il se laisse écraser par la tristesse qui accompagne cette perte.

De son point de vue ce que lui raconte les autres disciples ressemble fortement à du déni. Ils inventeraient cette histoire d’apparition miraculeuse parce qu’ils refuseraient de faire le deuil de Jésus. Quand un être auquel on tenait est parti son fantôme, le souvenir de sa présence, peut hanter notre quotidien, on ne fait que constater l’absence partout où cet être n’est plus. L’apparition de Jésus paraît, dans cette logique, manifester cette présence invisible de l’absent.

La limite entre toute assimilation entre le récit de la Résurrection et les situations de deuil que nous pouvons connaître tient au fait que Jésus selon la foi chrétienne revient réellement d’entre les morts. Nos proches partis ne ressuscitent pas trois jours après sous nos yeux comme ce que dit le récit biblique pour Jésus. Sa Résurrection est la promesse que les hommes et les femmes de tous temps protégés par l’amour de Dieu ressusciterons un jour aussi, que la mort n’aura pas le dernier mot. Le cri de Paul en 1 Corinthiens 15,55 « O mort où est ta victoire ? O mort où est ton aiguillon ? » est la confirmation que le Christ a vaincu pour nous la mort, qu’il nous donne la force de ne pas trembler devant elle.

Vous allez me dire que c’est facile d’exhorter à ne pas craindre la mort, surtout quand le prédicateur a moins de vingt-cinq ans, qu’il peut se sentir moins concerné. Et vous avez raison, il est facile de dire que la mort ne nous fait pas peur quand elle n’est pas vécue comme une menace imminente. Dès lors qu’elle devient une présence qui me concerne directement, que je sais qu’elle est sur le point d’advenir pour moi, bien souvent tous les beaux discours qu’on a pu tenir durant sa vie entière s’envolent et la peur de l’inconnu reprend le dessus. On pourrait citer nombre de sages qui se sont préparés toute leur vie à mourir pour que leur sagesse ne leur serve de rien et qu’ils plient sous la crainte. Personne malgré la sagesse ou malgré la foi n’est indifférent face à la mort, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle de ceux qu’on aime.

Face à la mort l’être humain a donc souvent des réactions qui ne sont peut-être pas glorieuses ou mémorables, mais qui n’en sont pas moins naturelles. Jésus lui-même a tremblé avant de subir sa passion, quand il priait la nuit à Gethsémané. Son cri sur le chemin de croix : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est aussi le cri de celui qui est victime de la mort douloureuse. Dieu incarné dans le Christ connaît nos souffrances physiques ou morales face au trépas. Et parce qu’il les a vécues lui aussi il les comprend.

Thomas dans ce texte représente somme toute une réaction normale et humaine. Son refus de donner du crédit à ce que ses amis lui raconte peut être compris comme une manifestation de sa tristesse. Depuis que le Christ a été mis en croix il refuse toute évolution. Il ne parvient pas à faire le deuil du Jésus qu’il a connu. Seul reste pour lui l’affliction sans qu’il puisse trouver un chemin nouveau après l’épreuve de la perte.

C’est pour cela que Jésus ressuscité devait se montrer une deuxième fois à ses disciples. Il ne pouvait pas laisser un d’entre eux dans le doute et le chagrin. La joie de la Résurrection lui est aussi destinée. Si nous comparons Jean aux autres évangiles, nous voyons qu’il est le seul à raconter une deuxième rencontre avec les disciples une fois ressuscité. Que ce soit chez Matthieu, Marc ou Luc Jésus n’apparaît qu’une fois à ses anciens apôtres réunis, même si les disciples d’Emmaüs chez Luc rajoutent un épisode, ce n’est qu’un avant-goût de la véritable apparition.

Jean brise ce scénario, comme Dieu aime si souvent aller à l’encontre de ce qui est attendu. Il n’y aura pas une unique apparition grandiloquente du Christ ressuscité devant ses apôtres avant la venue de l’Esprit Saint. D’autant que c’est le Ressuscité lui-même qui le leur donne. Le Jésus de Jean revient spécialement pour Thomas qui était absent la première fois. Ainsi dans un groupe de onze, si un seul d’entre eux manque à l’appel, le Christ reviendra spécialement. C’est là le signe que chacun d’entre eux compte pour Dieu. Aucun ne saurait être exclu parce qu’il n’a pas eu droit à la même rencontre que les autres.

Le Dieu de l’Evangile de Jean qui se révèle dans la figure du Ressuscité est donc réellement un Dieu qui se penche sur chaque individu, qui adresse une réponse spécifique à leur détresse. Jésus pousse Thomas à reconnaître la véracité de la Résurrection comme il demandera plus tard à Pierre trois fois s’il l’aime et s’il est son ami, les trois oui de Pierre effaceront ainsi les trois non de son reniement.

C’est alors que le Dieu de la joie et de la réconciliation peut se révéler au monde. Le Dieu qui oublie les reniements et les offenses qui lui étaient adressées. Le Dieu qui ne châtie pas le doute et la colère mais qui lui apporte une réponse pour retrouver la paix. Car c’est bien ce qu’il dit à ses apôtres : « que la paix soit avec vous ». Et ici ce n’est pas une simple formule de salutation comme cela peut l’être aujourd’hui encore dans de nombreuses langues orientales. Jésus est réellement le messager de la paix, paix entre les hommes, mais aussi paix entre Dieu et l’humanité.

Le parcours de Thomas nous montre un chemin de foi singulier. En marge de ses condisciples sa rencontre avec Dieu aura lieu individuellement, non pas au moment attendu qu’était cette première apparition, mais plus tard quand Dieu lui donnera une nouvelle occasion de le rencontrer. Jean nous montre qu’il n’y a pas de chemin tout tracé vers la foi. Chacun aura le sien, certains seront semblables, très semblables, comme les dix apôtres présents à la première apparition, d’autres en auront un qui ne sera similaire à aucun autre. Il n’y a pas un moment dans la vie préposé à la foi, mais Dieu peut se révéler à toute personne à n’importe quel moment. C’est lui qui choisit le moment opportun.

Cette rencontre avec Dieu prend ainsi la forme d’un chamboulement où tous les a priorisont renversés, où l’on ne peut que s’exclamer : « mon Seigneur et mon Dieu. » La dernière parole de Jésus dans notre texte : « parce que tu m’as vu tu es convaincu -ou tu as cru- ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu » n’est pas tant un reproche adressé à Thomas qu’une apostrophe au lecteur qui ne se trouve pas dans la situation des apôtres, mais pour qui il est possible de croire en ce Dieu qui s’est révélé aux hommes et dont il ne peut avoir connaissance que dans les pages de l’Ecriture qui témoignent de cette révélation.

Ainsi Jean montre ce qu’est la Résurrection : une absurdité qui va à l’encontre de toute logique, mais une absurdité qui fait sens pour le croyant, qui se donne à saisir dans une immédiateté et qui prend sens dans la foi. Elle vient sceller la révélation du Dieu d’amour incarné en Jésus-Christ mort sur la croix. Elle vient affirmer à l’humanité que Dieu est bien mort pour elle et qu’Il la sauve de la mort. La confiance -autre mot pour la foi- de l’être humain en Dieu est l’assurance que Dieu ne nous abandonne jamais, même quand le doute nous éloigne de Lui.

Car le scepticisme de Thomas est peut-être raillé par Jésus, mais il n’est pas condamné. Thomas est libre de ses pensées et Dieu ne le condamnera pas pour ne pas avoir été parfait, sinon Jésus ne se serait pas révélé à lui. Dieu reconnaît ainsi la légitimité de ses doutes qui sont dissipés par le sentiment de joie qui éclate à la vue de Jésus. Les appréhensions sont ainsi dépassées pour laisser place à une confiance sans bornes en Dieu. Même si nous avons des doutes à un moment dans la vie, même si la tristesse face à la perte d’un être cher nous prend même si la peur nous saisit avant le dernier voyage. Il reste avec nous et nous accompagne pour nous préparer à nous exclamer nous aussi : « mon Seigneur et mon Dieu. »


LA FEUILLE DE CULTE DE CE DIMANCHE

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