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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal (cultes tous les dimanches 10H30) & La Maison Fraternelle (cultes tous les dimanches à 18H30 (hors vacances)

La postérité de David et l’étoile brillante du matin

Prédication, par Antoine Peillon



Prédication

« La postérité de David et l’étoile brillante du matin »  Par Antoine Peillon

Dimanche 2 juin 2019  Temple Arago et Maison fraternelle (PRQL)





Apocalypse 22

 12Voici : je viens bientôt, et j’apporte avec moi ma rétribution pour rendre à chacun selon son œuvre. 13Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. (…) 16Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Églises. Je suis le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin.17L’Esprit et l’épouse disent : Viens ! Que celui qui entend, dise : Viens ! Que celui qui a soif, vienne ; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie gratuitement ! (…)20Celui qui atteste ces choses dit : Oui, je viens bientôt. Amen ! Viens, Seigneur Jésus !21Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous !

 

***

L’Ascension vient d’avoir lieu.

L’Esprit saint de la Pentecôte n’est pas encore descendu sur nous.

Nous voici bien seuls. Bien abandonnés. Bien désorientés, perdus, désolés… Plus de Jésus, pas encore d’Esprit ! Et notre Père, où est-il ?

En Genèse, le premier livre de la Bible, Dieu en quête de l’homme, déjà, appelle Adam, dans le Jardin : « Où es-tu ? »

Dans cette finale de l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible, l’homme désespéré par l’Histoire interpelle Dieu : « Où es-tu ? »

Est-ce, ainsi figurée par toute l’Ecriture, notre dernière chute ?

Entre Ascension et Pentecôte, nous voici, de plus, aux derniers versets du dernier chapitre du dernier livre de la Bible. Nous voici à la fin de l’Apocalypse !

Sommes-nous à la fin tout court de toutes choses, de notre monde, de l’humanité ?

« Apocalypse » : apokálupsis : « dévoilement », « révélation » ! Comme c’est étrange que nous l’entendions, aujourd’hui, ce mot, comme « catastrophe », « effondrement », « fin du monde »…

Est-ce à dire que nous détestons à ce point la « révélation ». La « révélation de Jésus Christ » (Αποκάλυψις Ιησού Χριστού / apokálupsis Iēsou Christou) ? La question mérite, je crois, d’être posée.

Car elle est de feu, cette Apocalypse-Révélation que nous estimons être une catastrophe, la catastrophe !

Elle est de feu, comme l’Esprit saint qui s’annonce, parce qu’elle est porteuse du Jugement, du Jugement dernier, comme la nuée porte l’éclair. L’éclair du Jugement. Celui qui illumine ou qui foudroie, c’est selon.

Selon quoi ?

Mais c’est écrit !

Selon la « rétribution » de Jésus Christ, nous dit le verset 12, dans la traduction Segond dite « à la Colombe » : « Voici : je viens bientôt, et j’apporte avec moi ma rétribution pour rendre à chacun selon son œuvre. »

« Rétribution », dans le grec de notre texte : μισθός / misthos : récompense, salaire… Salaire : pour quel travail ?

Car « œuvre », dans le grec de notre texte (ἔργον / ergon) : certes, œuvre, mais aussi travail, tâche, ce que chacun s’emploie à faire (et non pas à être), action, acte. Il faut peser le sens de chacun de ces mots, pour comprendre qu’il s’agit bien de ce que l’homme fait, en toute liberté et responsabilité, depuis le repos de Dieu, au septième jour de la Création, depuis que le shabbat n’est qu’un seul jour dans toute la semaine…

Ergon / œuvre… C’est « ce que l’homme fait à l’homme », si je pense au titre du plus beau livre de la philosophe Myriam Revault d’Allonnes (Seuil, 1995), qui portait sur « le mal politique », le mal radical, la banalité du mal, la Shoah, l’anéantissement de l’humain…

***

Mais alors, la « rétribution » que Jésus Christ, Jésus Dieu, nous annonce, ce Jugement dernier, nous promet-il l’enfer ou le paradis de façon manichéenne, primaire, inadmissible aujourd’hui ?

Ce Jugement dernier, que nous lisons aussi dans Matthieu 25 (c’est la même apocalypse, la même révélation !), est-il inaudible ?

Est-il contraire au soli gratia, au « par la Grâce seule » des protestants ?

Moi, je pense qu’il vaut la peine, ou la joie, d’écouter à nouveaux frais, surtout par ces temps déraisonnables qui sont les nôtres, le Jugement, tel que nous le précise Matthieu :

« 31Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s’assiéra sur son trône de gloire.

32Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs,

33et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.

34Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde.

35Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli ;

36nu et vous m’avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi.

(« J’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi … » : cela résonne particulièrement en moi, depuis le début de l’année…)

37Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire ?

38Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli ; ou nu, et t’avons-nous vêtu ?

39Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ?

40Et le roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

41Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges.

42Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire.

43J’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.

44Alors ils répondront eux aussi : Seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim ou soif, étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t’avons-nous pas rendu service ?

45Alors il leur répondra : En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous n’avez pas fait cela à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.

46Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. »

C’est le texte que j’ai lu, ici, il y a cinq ans, pour un baptême d’eau et de feu.

***
Alors, reprenons.

Cette « rétribution » de Jésus Christ, ce Jugement dernier, sont-ils des jugements selon la justice des hommes, selon le temps des hommes, c’est-à-dire dans l’attente millénariste de la catastrophe punitive, d’un nouveau Déluge, d’une nouvelle Shoah ?

Une telle lecture, une telle écoute de Matthieu, ou de l’Apocalypse de Jean, et de toutes les apocalypses bibliques, est évidemment stupide, il faut le dire et le redire clairement. C’est une lecture fondamentaliste et profanatrice !

Le paradis ou l’enfer ne sont pas à venir ! Ni en l’an 6000, ni en 2040, ni en 2020, ni demain, même si c’est un lundi…

Le temps de Dieu n’est pas le nôtre ! Le Christ nous le dit de façon si fulgurante : « 13Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. » La fin hors du temps, la finalité, l’eschaton

Le temps de Dieu est infini, de même que le Christ est la « postérité de David » et « l’étoile brillante du matin », joignant le passé et l’avenir dans son présent perpétuel, dans sa présence éternelle !

***
Donc…

L’enfer ou le paradis, c’est maintenant ! C’est toujours ! C’est à chaque instant de nos vies d’humains trop humains, d’hommes qui font ce qu’ils font à l’homme, le bien ou le mal.

Le Jugement ?

C’est le paradis quotidien, « la vie éternelle » de celles et ceux qui donnent à manger à celles et ceux qui ont faim, qui donnent à boire à celles et ceux qui ont soif, qui accueillent l’étranger, qui couvrent celles et ceux qui sont nus, soignent ou consolent celles et ceux qui sont malades, qui vont vers celles et ceux qui sont en prison…

Ou c’est l’enfer quotidien, « le châtiment (ou le tourment) éternel » de celles et ceux qui n’ont rien fait en faveur des « plus petits », des autres, qui les ont ignorés, méprisés, injuriés, humiliés, persécutés, torturés, assassinés…

Oui, le Jugement, c’est le paradis ou l’enfer dans le quotidien des humains, qu’ils en aient conscience ou pas, qu’ils le ressentent ou pas, qu’ils le comprennent ou pas…

***

Mais, vous mes sœurs, mes frères, vous le ressentez, vous le comprenez et vous orientez vos vies, comme vous pouvez, tant bien que mal (nul n’est parfait), selon ce Jugement dernier, à chaque instant.

C’est, en théologie, ce que nous appelons « l’eschatologie au présent  ».

Alors, répondant « Présents ! », vous priez, comme « l’Esprit et l’épouse » : « Viens ! ». Mais aussi : « J’ai soif et je prends de l’eau de la vie gratuitement ! »

Et notre seul Seigneur vous promet : « Oui, je viens bientôt. Amen ! »

Belle promesse, espérance, invincible espoir de nos existences, sur la terre comme au ciel !

***

La voici, notre Apocalypse, à nous les humains jamais trop humains, à nous les enfants de Dieu que Jean, dans l’ultime verset de toute la Bible, bénit ainsi : « 21Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! »

Amen !

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