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" MON REFUGE" Prédication sur le Psaume 16 -26 Nov. 2016. Robert Philipoussi



Psaume 16 Hymne pour David.

Garde-moi, ô Dieu : c’est en toi que je trouve un abri.2 Je dis au Seigneur : Tu es le Seigneur, tu es mon bien, il n’y a rien au-dessus de toi !

3 Les saints qui sont dans le pays, eux-mêmes

et les braves, tout mon plaisir est en eux.

4 Leurs idoles se multiplient ; un autre arrive, ils se hâtent auprès de lui ;

je ne répandrai pas leurs libations de sang,

je ne mettrai pas leurs noms sur mes lèvres.

5 Le Seigneur est mon partage et ma coupe ;

c’est toi qui assures mon lot ;

6 la part qui me revient est un lieu de délices ;

c’est un patrimoine magnifique pour moi.

7 Je bénis le Seigneur qui me conseille ;

même la nuit, les profondeurs de mon être m’instruisent.

8 Je contemple le Seigneur constamment devant moi,

quand il est à ma droite, je ne vacille pas.

9 Aussi mon cœur se réjouit, ma gloire est dans l’allégresse,

ma chair même repose en sécurité.

10 Car tu ne m’abandonneras pas au séjour des morts,

tu ne permettras pas que ton fidèle voie la fosse.

11 Tu me feras connaître le sentier de la vie ;

il y a abondance de joies devant toi,

des délices éternelles à ta droite.

SILENCE

PREDICATION par Robert Philipoussi

Le livre des Psaumes est le livre de prière des juifs et des chrétiens. Ce sont des paroles de chanson de croyants . Ce livre des chants du Temple a été formé après ce qu'on appelle la période de l’exil. Il est l’œuvre de lévites chantres, qui animaient la prière du peuple. Son attribution à David est légendaire. David selon les livres de Samuel était un musicien et le nom grec psalmos désigne un chant accompagné à la lyre ou la harpe. . Le nom hébreu des Psaumes est tehillim, qui signifie « louanges » ; c’est la même racine que l’impératif : hallelou-Yah : « louez le Seigneur ».

Ce livre, c'est 150 psaumes. Ainsi, chaque Psaume pris à part, est un moment de vie, que le lecteur non érudit qui le médite considérera dans un moment de sa vie, ou le choisira pour un moment de sa vie. Pour le dire autrement, ce livre de 150 chapitres, c'est l'histoire d'une vie spirituelle.

Ainsi, c'est un moment de vie qui me fait choisir pour ce matin ce Psaume 16, pour en partager avec vous quelques particularités. Une de ces particularités étant d'ailleurs que la première partie de ce Psaume est quasiment impossible à traduire. Les traductions proposées ne sont des conjectures, parfois contradictoires. Puisque le texte hébreu est obscur. Mais je dirai qu'il est obscur comme la question centrale de ce Psaume, qui est la question de l'homme face à la mort.

Psaume pour David.

Garde-moi, ô Dieu : c’est en toi que je trouve un abri.

Cet humain a besoin d'un abri et le seul qu'il trouve c'est Dieu. Cette affirmation est plus qu'une métaphore – comme Dieu /rocher ou Dieu/ Père. Elle est fréquente dans la Bible. Comme il est dans le 2e livre de Samuel :

Ma haute retraite et mon refuge. O mon Sauveur ! tu me garantis de la violence 2 samuel 22:3

C'est dire que cette spiritualité provient de loin. D'une humanité ou d'une animalité, très ancienne. La première des choses à trouver : c'est un abri, pour soi, pour son clan, pour ses enfants, pour les mettre au monde.

Mais l'expérience de la vie nous fait nous rendre compte que tous les abris sont des abris de fortune. Alors, la nécessité fondatrice de trouver refuge a rencontré la croyance qu'au delà de tous les refuges, il y en un qui est sûr, et c'est Dieu.

C'est donc pouvoir répondre à ceux qui critiqueraient la croyance comme refuge, et leur répondre : oui, en effet. C'est un abri, le plus sûr de tous les abris. Parce que je me reconnais comme faible, parce qu'aucun abri ne pourra me divertir de cette faiblesse, Dieu est mon refuge.

L'humain qui se reconnaît comme faible, désigne son Dieu comme un abri, contre la plus grande cause de sa faiblesse, la mort, qui rode à tout instant de sa vie, et qui finirait par l'emporter.

L'auteur de ces mots de lutte contre l'obscurité avait d'abord désigné son Dieu par le terme générique de Dieu « EL ».

Maintenant, en avançant dans son Psaume, il le désigne par son Nom propre. Même si, par respect, il ne prononcera jamais le nom que pourtant, il écrit. Il le recouvrera par le mot « adonaï » ou  en Français « Seigneur ».

C'est donc dire que ce refuge n'est pas n'importe quel Dieu. N'est pas un Dieu générique. C'est le Dieu que cet humain croyant a un jour entendu se présenter de cette façon : Je suis le Seigneur ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude. C'est ce Dieu-là, non pas un autre, non pas un autre qui aurait eu peur de dire Je, peur de se présenter, peur de parler, peur aussi d'entendre une parole en retour.

Je dis au SEIGNEUR

Ce nom que l'on ne doit pas prononcer vient d'une racine qui peut signifier "prendre place, arriver, devenir". Voici le nom que cet humain croyant donne à son Dieu : celui qui arrive, qui devient, qui prend place.

Ce mouvement là , c'est aussi le mouvement de la foi. Quand nous commençons à nous ouvrir à ce sentiment de la foi, nous ressentons l'arrivée, le devenir, la prise d'une place sans doute vacante.

Ensuite l'auteur du psaume continue à répondre à celui qui a pris place dans son existence et qui est devenu son refuge.

Tu es le Seigneur , tu es mon bien, tu es ce qui m'est bon.

C'est un échange, un dialogue . Cet humain croyant qui ne va pas craindre la mort , s'adresse à Dieu-son-refuge, comme il s'adresserait à une personne.

Comme si on pouvait simplement, en disant "tu", transgresser le plus épais des mystères. Comme si toute cette obscurité pouvait être percée, trouée, par le simple fait de s'adresser à ce Dieu qui a un NOM et que je tutoie.

Dans ce chemin pour réduire l'obscurité liée à la présence insistante de la mort, celle qui crie victoire mais qui n'a jamais eu à combattre tellement elle est sûre d'elle. Cette mort devant laquelle tout le monde déclare forfait. Après trouvé le refuge, et avoir dialogué avec celui qui est ce refuge, plus sûr que tous les abris de fortune, l'auteur du Psaume se lance dans l'ironie. Cette ironie a peu de chance de sauter aux yeux, tant le texte est obscur, comme si cette ironie avait été cachée.

Bien à l'abri dans son refuge, dans le dialogue avec son Dieu, ce Dieu qu'il a préféré à tous les autres dieux, cet humain croyant, va se distinguer de ses contemporains, c'est-à-dire tous ceux qui prétendent, les prétentieux

écoutez, ça commence bien.

3Les saints – des quasi divinités pourrait-on traduire - qui sont dans le pays, eux-mêmes et les braves . Les puissants, donc, les magnifiques, les conducteurs, les vaillants, les considérés, les considérables, les tout à fait pieux.

Tout ceux-là, dit-il

tout mon plaisir est en eux.

Tous ceux là, je les considère comme des délices de l'humanité.

Mais, la rupture s'opère, et laisse éclater l'ironie du propos :

Leurs idoles se multiplient ;

Il y a plein de mots pour dire idole en hébreu, des mots qui en général correspondent au registre de la vanité , comme ombre, image, simulacre. Ici, c'est plus grave. Le mot désigne une blessure ou un chagrin.

L'auteur exprime simplement sa déception, son chagrin, devant ceux qu'il a peut être aimés jadis – c'est une possibilité de traduction met cet amour au passé – mais ceux, dont tout à coup, il a la révélation de leur suffisance, de leur autosuffisance. Tous ceux-là qui se prennent pour des Dieux. Et quelle meilleure façon pour oublier la mort que de se laisser prendre pour Dieu. Plutôt que, je dirais, se laisser abriter par Lui.

Un autre arrive, ils se hâtent auprès de lui. Un autre [ étranger, des "démons", des dieux étrangers"] arrive, et ils courent après.

Si j'avais écrit ce Psaume, j'aurais inséré ici ici une didascalie. J'aurais noté "il soupire". Et dans ce soupir que je me figure en tant qu'interprète, j'entends les promesses que cet humain croyant réfugié en son Dieu, se fait, à lui même.

je ne répandrai pas leurs libations de sang

Il y a un rapport formel entre le sang et le silence en hébreu, verser le sang, c'est produire le silence, et le silence est lié à la mort, dont le dépassement est le thème de ce Psaume. Donc silence, il dit :

je ne mettrai pas leurs noms sur mes lèvres.

Ce qui veut dire, qu'ils sont comme déjà morts, pour lui.

Le seul vrai NOM c'est celui de mon Dieu, le seul considérable. Tellement vrai qu'il pourrait me bruler si je le prononçais, au point que je le recouvre de respect en disant Seigneur à la place. Qu'aurais je donc besoin d’appesantir mes lèvres avec d'autres noms ?

5Le SEIGNEUR est mon partage et ma coupe 

le mot coupe vient d'une racine qui signifie "tenir ensemble" , c'est la même idée quand nous communions .

Dans cet abri là, tout est cohérent et ajusté. Ceux qui s'y abritent avec moi, tiennent ensemble, comme en Eglise, dont la première fonction vitale est d'être un refuge, qu'on pourrait revendiquer comme tel.

8Je contemple le SEIGNEUR constamment devant moi,quand il est à ma droite, je ne vacille pas. Je n'erre pas, titubant, dans l'obscurité.

Et à la fin de ce Psaume nous revenons au thème initial de l'abri, un abri bien construit comme le Psaume l'est lui-même.

ma chair même repose en sécurité.

10Car tu ne m’abandonneras pas au séjour des morts .

En fait, tu n'abandonneras pas tout ce qui est moi, qui désire, aspire, espère, vibre...c'est ce que désigne le mot hébreu traduit par âme, mais qui signifie bien d'abord, je le redis : tout ce qui est moi qui désire, aspire, espère, et vibre .

Et le séjour des morts, c'est ce trou, le shéol, en hébreu, qui vient d'une racine qui signifie "demande" , tu ne m' abandonneras pas ....à cette aspiration de ce gouffre insatiable, tu n'abandonneras pas ce moi , mon âme, qui aspire, elle, à la vie .

Dans les phrases finales de ce psaume, il y a l'expression "sentier de la vie", sur lequel va marcher celui qui compose cette louange.

En fait, en hébreu, le mot vie évoque une couleur, qui est le vert. Peut être qu'il s'agit maintenant, après que cet humain croyant a choisi son véritable abri, après qu'il a dialogué avec ce Dieu là qui en vaut la peine et la confiance, après qu'il s'est libéré de ces mondains idolâtres dont le seul destin est la corruption dans tous les sens du terme, après qu'il s'est armé de promesses à lui même, promesses auxquelles il tiendra et qui vont aussi le soutenir, après ne pas avoir été aspiré à la demande du gouffre, après tout cela, il va voir son abri différemment. Il ne va plus en voir les limites. Il va découvrir et retrouver les couleurs de la vie, qui renait, et profiter des joies et des délices qui lui sont offertes. Cet abri, avec tous ses sentiers, est devenu à la fin de ce chant, le règne de Dieu.

Voilà. J'espère que ce petit parcours dans le psaume 16 en a rehaussé les couleurs, et qu'il a pu éclairer votre moment de vie.

AMEN

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