Méditation du 8 mars 2016 (conseil presbytéral)



Psaume 3

 

2SEIGNEUR, j’ai beaucoup d’ennemis,beaucoup se lèvent contre moi.3Beaucoup disent de moi :« Dieu ne le sauvera pas ! »4Mais toi, SEIGNEUR, tu me protèges comme un bouclier,tu sauves mon honneur, tu relèves ma tête.5À pleine voix, je crie vers le SEIGNEUR,il me répond de sa montagne sainte.6Et moi, je me couche et je dors.À mon réveil, le SEIGNEUR vient m’aider.7Je n’ai pas peur de cette foule de gens qui m’entourent de tous côtés.8SEIGNEUR, lève-toi,mon Dieu, sauve-moi !Oui, tu as frappé tous mes ennemis à la mâchoire,tu as cassé les dents des gens mauvais.9SEIGNEUR, c’est toi qui sauves !Envoie ta bénédiction sur ton peuple !

 

C'est le Psaume du jour et je vous le livre ce soir, par cette tradition utile qui est de quotidiennement se confronter au texte du jour, plutôt que d'avoir choisi un texte à la convenance d'une petite idée préalable.

 

Pour dire simple : les textes des Ecritures prennent de la valeur quand ils sont « autre » que notre envie. Autre que notre routine de pensée. Avant que de l'assimiler et de le faire nôtre, le texte du jour, il faut d'abord le recevoir dans toute sa résistance à notre convenance, il faut le recevoir dans son altérité. C'est aussi en cela que la Bible est le vecteur de la Parole de Dieu. Autrement elle ne serait qu'une excroissance de nous-même et un simple recueil de citations (qui seraient donc, en l’occurrence, des auto-citations cachées).

 

Evidemment, moi, lecteur individuel, je ne peux pas m'identifier immédiatement au « je » de ce Psaume, qui dit J'ai beaucoup d'ennemis, qui parlent de foules de gens qui l'entourent et le menacent .

« moi, lecteur » je ne me sens peut-être pas particulièrement oppressé par tous ces gens qui m'entourent. Et je n'ai pas envie de participer pas de cette paranoïa qui ferait de « moi » l'unique objet du ressentiment et de la haine environnante et qui trouverait un exutoire en imaginant que Dieu cassent les dents à tout ces méchants. Ce serait fou.

 

Donc puisque je ne peux pas m'identifier d'emblée au « je » du Psaume, j'écoute celui qui parle, le psalmiste. Je lui offre mes yeux et mes oreilles bienveillantes. Et ainsi, bien qu'il ne puisse pas me répondre, je lui montre, à cet accablé par les autres, qu'il y a quelqu'un en face de lui, qui, malgré toute cette distance qui sépare ce quelqu'un moi lecteur et lui, personnage accablé dans sa si profonde détresse et antiquité, je lui montre qu'il y a quelqu'un de bienveillant et qui ne le juge pas, d'exprimer ainsi, presque d'une façon indélicate, qui sonne mal à mes oreilles, son sentiment d'accablement.

Lire un texte biblique, c'est une rencontre et un dialogue possibles et pas des retrouvailles fictives avec son image de soi.

 

Ensuite, l'ayant écouté, exprimer son écrasement, après l'avoir entendu exalter la délivrance qu'il trouve en Dieu, je me demande ce qu'il a , à parler ainsi. Je me demande si, peut-être, dans ce que j'ai eu envie de considérer d'emblée comme un délire , il n'y aurait pas, peut-être, quelque chose de vrai.

 

Car, bien que répulsif, son discours a sonné dans mes oreilles. Je ne me l'avouerai jamais, certes, mais oui, qu'il est difficile d'avancer dans sa vie, dans la vie de soi, dans ma vie à moi. Tant d'obstacles jonchent mon chemin. Certes, je n'ai pas comme le psalmiste des hordes d'ennemis à mes trousses. Je ne me considère pas comme si important. Mais voilà nous sommes tellement nombreux. Il y a tellement d'autres autour de moi qui par définition ne me comprennent pas, ou pas vraiment, ou pas comme je voudrais, puisque comme « moi » ils sont dans leur « monde à eux ». Parfois, il semblerait que nous sommes chacun de nous des boule de billards qui sont percutées et puis qui roulent et puis qui s'entrechoquent vant de tomber dans le trou, ou avant de rester en rade, immobile.

On se demande qui compte les points. On se demande qui se joue de nous.

Mais au-delà de la métaphore du billard, il s'agit d'avancer. D'avancer encore. De traverser tous les obstacles. De s'adapter constamment . On va rencontrer des adversaires. On va Faire des alliances. On va conclure des marchés de dupes. On va s'entendre des promesses qui ne seront pas tenues. On va faire des promesses. Avancer encore.

Et cette forme de vie individuelle, où chacun suit sa propre route dans un méli mélo vaguement auto-organisé, a de quoi exaspérer quelqu'un qui a, planté dans son cœur, une espérance du meilleur.

 

Mais peut-être que le souci est cette emphase là, de ce soi-même, de cet individu, qui croit toujours naviguer avec son destin personnel et qui se prend tellement de gamelles qu'il finit soit par ricaner, agir en cynique jusqu'à mourir dans l'indifférence générale et de la sienne, soit par ne plus croire à rien , ni en personne. Peut-être que cet individu là, ce « je » devrait penser , non pas à l'autre, ce que la morale nous dit de faire, mais à « nous », ce que la morale biblique ne nous dit pas de faire mais qui est la a base profonde, la base ultime de cette morale.

 

Oui nous. Penser à nous, penser « nous ».

 

Peut-être que le projet de Dieu est d'abord pour nous avant que d'être pour moi. Nous d'abord avec moi dedans. Et ce nous là n'est plus moi entouré de cet affreux essaim d'abeilles bourdonnantes maintes fois évoqués par les psaumes, mais « nous » tout simplement, au delà de la juxtaposition, au delà des mouvements de boules de billard.

 

C'est pourquoi moi, lecteur bienveillant et auditeur bienveillant de la plainte du psalmiste, je l'écoute bien jusqu'au bout, et je remarque que, après qu'il a exalté son « moi » et ensuite « son » dieu, et dit, finalement à ce Dieu  « envoie la bénédiction sur ton peuple »

 

Ces quelques lignes du Psaume nous ont fait passer du moi exténué au nous béni.

 

Faire Peuple. Etre nous. Pour la bénédiction.

 

Tel était le miel quotidien que j'ai prélevé de ce psaume du jour et pour nous du soir, qui m'aide et qui m'aidera peut-être pour la suite de ce conseil et qui pourra éventuellement nous aider à avancer dans cette nuit comme le prélude du jour.

 

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