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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port Royal & Maison Fraternelle


"Oui !"

Prédication du 11 octobre 2020, par Nicolas Bonnal



P.S. Krøyer Hip Hip Hourra! Fête d'artistes à Skagen
P.S. Krøyer Hip Hip Hourra! Fête d'artistes à Skagen

Matthieu 22, 1-14, temple de Port-Royal, 11 octobre 2020

 

Esaie 25, 6-9

 

6 Le SEIGNEUR (YHWH) des Armées fera pour tous les peuples, dans cette montagne, un banquet de mets succulents, un banquet de vins vieux, de mets succulents, pleins de moelle, de vins vieux, clarifiés.

7 Dans cette montagne, il anéantira le voile qui voile tous les peuples, la couverture qui couvre toutes les nations ; 

8 il anéantira la mort pour toujours ; le Seigneur DIEU essuiera les larmes de tous les visages ; il fera disparaître de toute la terre le déshonneur de son peuple — c'est le SEIGNEUR qui parle.

9 En ce jour-là on dira :  C'est lui, notre Dieu !  Nous avons mis notre espérance en lui et il nous a sauvés. C'est le SEIGNEUR, en qui nous avons espéré :  soyons dans l'allégresse, réjouissons-nous de son salut ! 


Matthieu 22, 1-14


1 Jésus leur parla encore en paraboles ; il dit : 

2 Il en va du règne des cieux comme d'un roi qui faisait les noces de son fils.
3 Il envoya ses esclaves appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir.

4 Il envoya encore d'autres esclaves en leur disant : Allez dire aux invités : « J'ai préparé mon déjeuner, mes bœufs et mes bêtes grasses ont été abattus, tout est prêt ; venez aux noces ! »
5 Ils ne s'en soucièrent pas et s'en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son commerce ; 
6 les autres se saisirent des esclaves, les outragèrent et les tuèrent.
7 Le roi se mit en colère ; il envoya son armée pour faire disparaître ces meurtriers et brûler leur ville.

8 Alors il dit à ses esclaves : Les noces sont prêtes, mais les invités n'en étaient pas dignes.
9 Allez donc aux carrefours, et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez.
10 Ces esclaves s'en allèrent par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut remplie de convives.
11 Le roi entra pour voir les convives, et il aperçut là un homme qui n'avait pas revêtu d'habit de noces.

12 Il lui dit : Mon ami, comment as-tu pu entrer ici sans avoir un habit de noces ? L'homme resta muet.

13 Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.
14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis.

 

Quel carnage ! Tout ça pour une fête de mariage !

 

Dans la ligne de celle de la semaine dernière, de ces vignerons qui assassinent tous ceux qui se présentent successivement au nom du maître de la vigne pour en recueillir les fruits, Jésus nous raconte encore une histoire impossible, incompréhensible, violente, injuste.

 

Et pourtant, il nous l’annonce clairement, il nous parle du « règne des cieux », du Royaume de Dieu.

 

Ce texte impossible, bien sûr, nous pouvons y lire une histoire du salut, proposé aux Juifs, les premiers invités, qui ne l’ont pas reconnu, puis proposé aux Païens, invités à entrer dans la nouvelle alliance.

 

Mais cette lecture, pour pertinente qu’elle soit, serait bien réductrice, si on s’y arrêtait.

 

Ce texte impossible et ancré dans l’histoire, il a, je crois, beaucoup à nous dire quand même, pour nous, aujourd’hui.

 

Cette parabole nous parle d’abord de Dieu.

 

Elle nous le montre avant tout comme celui qui nous invite au festin : être invité à un festin, ce n’est pas rien. Peut-être cette période de pandémie peut nous mettre encore mieux en condition de comprendre ce que cela a d’exceptionnel. On ne faisait pas la fête tous les jours, en effet, en Palestine au temps de Jésus. La vie était dure, on était pauvre. En plus, la parabole nous parle d’un festin organisé par le Roi, occasion encore plus rare, à proprement parler inouïe ! Depuis cette époque, dans notre société d’abondance, faire la fête, cela s’est considérablement banalisé, cela n’a plus rien d’exceptionnel. Et pourtant, en ce moment de distanciation sociale imposée, cela le redevient, et la perspective d’une réunion nombreuse et festive nous paraît aussi improbable qu’elle pouvait l’être pour les contemporains de Jésus.

 

Elle nous parle de la générosité de Dieu. On ne sait pas sur quels critères il a lancé ses premières invitations. Mais elles l’ont été depuis longtemps, sans que la date de la fête soit encore précisée. Et le début de l’histoire nous montre le roi qui envoie ses serviteurs dire aux invités que, ça y est, le moment est venu ! que la promesse ancienne se concrétise, que c’est le moment.

 

Elle nous montre un Dieu qui nous cherche, qui nous appelle presque désespérément : les invités ne veulent pas venir ? Qu’à cela ne tienne, on le leur demande une nouvelle fois ! Les invités ne veulent toujours pas venir ? Qu’à cela ne tienne, qu’on en invite d’autres ! Et, vous le remarquez, plus aucune sélection, à ce moment-là. Il s’agit d’inviter tous ceux qui se trouveront sur le passage des serviteurs du roi, qui doivent aller aux carrefours les plus fréquentés, pour toucher le plus de monde possible.

 

Elle nous montre un Dieu qui ne s’attarde pas à nos critères moraux : que les invités soient mauvais ou bons, peu importe, pourvu qu’ils répondent à l’invitation !

 

Mais cette parabole nous parle aussi de nous, au travers de ces premiers invités, ceux qui ne sont pas venus, et au travers de cet homme étrange qui est venu, lui, mais qui, seul de la seconde vague des invités, a omis de revêtir ses habits de fête.

 

Je crois que, ce qu’elle dit ne nous, c’est notre incroyable réticence à accepter la gratuité totale de l’invitation qui nous est faite par Dieu, notre incompréhension face à ce Dieu qui nous cherche, bien plus que nous ne le cherchons, notre capacité à nous défiler, en de si nombreuses occasions, notre incapacité à répondre « oui, j’arrive, me voici ! ».

 

Comme si nous ne voulions pas comprendre que Dieu, lui aussi, a besoin de nous, de nous autour de lui, à participer au festin qu’il a décidé. N’est-ce pas que ce Royaume gratuit, où tout est prêt, où tout nous attend, nous paraît insensé, incroyable ?

 

Oui, c’est de notre manque de confiance en Dieu que nous parle ce texte.

 

Et cet homme seul en habit de tous les jours, au milieu des invités venus en costume de fête, que nous dit-il de nous ?

 

Cet homme, certes, il est venu. Mais dans quelles dispositions d’esprit ? Visiblement pas pour vivre la joie et l’espérance de ce festin ! Il passe à côté. Il a peut-être peur de ce cadeau qui lui est offert. Il pense peut-être à toute la misère du monde, qu’il a laissée dehors pour entrer dans la salle du festin.

 

En un certain sens, il a raison : accepter l’invitation de Dieu ne résout pas tous les problèmes par enchantement. Ceux qui croient le contraire fondent leur espérance sur un immense malentendu, et se préparent tôt ou tard à une tragique déconvenue.

 

Mais, je l’ai déjà dit, au temps de Jésus, la vie était encore bien plus difficile qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les défis de la misère, des inégalités, de l’injustice, de la violence et du malheur n’avaient rien à envier à ceux auxquels nous faisons face.

 

Ce que, peut-être, cet homme en habit de tous les jours n’a pas compris, c’est que répondre à l’invitation de Dieu, festoyer, faire la fête avec lui, ce n’est pas se détourner des autres, ce n’est pas se désintéresser des malheurs du monde.

 

Parce qu’on ne peut pas être convaincu, en l’expérimentant soi-même, que Dieu invite tous les hommes à son festin, et rester indifférent devant ces malheurs. Revêtir les habits de la fête, c’est se donner la force de retrousser ses manches, et de se mettre au travail.

 

Alors, si cette parabole est si violente, et si tous ceux qui ne répondent pas à l’invitation de Dieu sont rejetés, quand ils ne sont pas sévèrement punis, n’est-ce pas qu’elle nous raconte l’immense frustration d’un Dieu qui nous offre tout, et qui trouve en face de lui les humains de toutes les époques, qui ne savent pas recevoir ce don gratuit.

 

Une immense frustration qu’il doit d’autant plus ressentir quand il voit ces mêmes humains qui, en plus, travestissent ce don gratuit, le transforment en un don conditionnel, qu’il faut mériter. Un don qui s’achète durement, qui se mérite, par la vertu, les œuvres, le respect d’une étroite morale, une pratique religieuse qui ne ressemble plus, mais plus du tout, à la joie d’un festin partagé.

 

C’est le moment pour moi de vous avouer que je ne comprends pas la conclusion de la parabole, que je ne la comprends pas du tout.

 

Ce que nous raconte cette parabole, c’est que nous sommes tous invités, que Dieu nous attend, sans rien nous demander d’autre que de vouloir festoyer avec lui, dans la joie et en habit de fête.

 

Alors pourquoi cette conclusion qui me semble en totale contradiction avec cette invitation gratuite ?

 

« Car beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis ». Autrement traduite, « il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus », elle évoque une élite, choisie selon des critères mystérieux, un petit groupe choisi, qui tranche sur une multitude laissée dans les ténèbres du dehors. Une élite choisie par qui ? Une multitude condamnée aux pleurs et au grincements de dents par qui ?

 

Des millénaires d’histoire de l’Eglise nous ont montré quelles terribles interprétations pouvaient être faites de cette phrase. Les purs, les parfaits, les prédestinés, les puritains, les saints, de quelque nom qu’on les appelle, et les autres, ceux qui ne sont pas dignes, ceux qui ne méritent pas, les impurs, les imparfaits, les prédestinés (mais à la perdition), ceux de l’autre secte, de l’autre église, les pêcheurs, les exclus.

 

Mais n’oublions pas quel texte cette phrase vient conclure.

 

Ce n’est pas à un Dieu transformé en juge injuste, ce n’est pas aux autres, ce n’est pas aux docteurs de la loi, ce n’est pas à l’église de choisir. Ce texte nous dit tout le contraire : nous sommes invités, tous invités. Et nous seulement pouvons choisir de répondre oui à cette invitation.

 

Alors ce texte est une promesse aussi apaisante que celle que nous livre le merveilleux psaume 23 que nous avons lu puis chanté tout à l’heure. Dieu me conduit et me garde, il me dirige vers des eaux paisibles, il restaure ma vie.

 

Vivons cette paisible confiance : nous sommes invités au festin ! Allons-y, disons « Oui ».

 

Amen

 

 

 

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