Prédication à l'occasion de l'office d'actions de grâces pour M. Alain R. S . Port Royal, 25 mai 2016



LECTURES DE LA BIBLE
Seigneur, merci d'inspirer l'interprétation des textes bibliques qui m'ont été proposés.
Matthieu chapitre 11, versets 28 à 30 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé, et mon fardeau léger.
Romains 8, verset 35 Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le péril, ou l'épée ?
Jean chapitre 14, verset 2 Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Sinon, vous aurais-je dit que je vais vous préparer une place ?
 
Prédication
 
Oui, il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père dit Jésus de Nazareth.

Cette maison désigne évidemment la création tout entière.
Beaucoup de demeures, différentes donc mais, des endroits, comme le dit le grec biblique et le français où l'on peut
" demeurer" , "rester".

Rester, comme rester tranquille par exemple, ou en paix.
Dans les catégories bibliques, cela désigne des lieux où l'exil a pris fin.
Cet exil,  figuré par l'acte inaugural d'un certain Caïn, ce sédentaire devenu meurtrier,  obligé de partir sur les routes.
Ces demeures ne sont pas que des oasis, à savoir des lieux repérés d'avance, ou heureusement trouvés sur nos routes de  nomades ou semi nomades, mais ce sont des endroits où l'on ressent que c'est bon, l'exil est terminé.
Ces demeures évoquent bien sûr et pour beaucoup des endroits dans l'au-delà.
Mais cette séparation entre ici bas et au delà n'est pas spécialement biblique, car dans la vision biblique, il n'y a qu'un tout, et le reste -si je puis dire- ce ne sont que des perceptions,  à partir d'angles de vue, des possibilités de nos consciences.
Tout aussi valables, vraies, que les autres. Des portions d'une réalité que nous ne pouvons pas comprendre dans la mesure où elle nous comprend, qu'elle nous prend avec.
En revanche, la désignation de ces lieux bénis,  où l'exil est terminé est une constante proposition du Dieu biblique. D'y tendre. D'y aller.
La terre promise, par exemple-  pas acquise, mais promise- est une de ses figurations, de ces appels,
Et  le commandement du sabbat aussi - toutes affaires cessantes, se retrouver familialement, fraternellement, paisiblement.
Et aussi, la promesse du "tu aimeras" au futur, ton prochain comme toi-même est une autre  une provocation pour rejoindre une de ces demeures.
Ces demeures n'ont pas de confessions car ce n'est la diction de formules qui donnent la paix, mais c'est la connaissance, la révélation de l'existence de ces endroits, de ces moments aussi, et le désir d'y tendre.  Ce n'est pas une question de croyance ou d'explicitation religieuse qui compte, mais c'est le désir de trouver ce type de demeure, pour en connaître la saveur d'éternité, qui elle, comme son nom l'indique ne disparaitra jamais, puisque révélée, elle devient une marque dans nos coeurs, aussi forte que celle produite par un sacrement, une marque qui donnera à notre être toute sa singularité, et qui s'exprimera, se pratiquera d'une façon ou d'une autre, en confessant, ou en ne confessant pas.
Il y a plusieurs demeures. Cela parle d'un Dieu plus grand que les limites que nous prétendons lui imposer. Ainsi, toute formulation religieuse est une manière, souvent subtile,  de mette en cage, Dieu, en l'adorant certes, mais en le manipulant, afin qu'il fasse ce qu'on lui demande, et qu'il ne peut pas évidemment refuser puisqu'il est Dieu et qu'il aime. Mais dans certains textes de la sagesse biblique, on s'aperçoit que ces considérations là, ces cages, sont jugées candides, qu'elles n'ont qu'un temps, et qu'ensuite, surgit une espèce de silence, qui devient lui, un silence pleinement religieux. Dans lequel peut se produire le véritable désir.
Les exilés que nous sommes - qui circulent avec leurs questions, en particulier, pourquoi, pourquoi ? Sommes nous en train de parcourir cette route complexe et inouie de cette existence - ont besoin de trouver la paix. Et ce qu'on appelle l'âme, en hébreu la gorge, ou l'organe du passage de ce qui nous est vital, le souffle, la nourriture, est orientée vers une demeure où l'on sera enfin tranquille.
Cela n'a pas de rapport particulier avec la mort, même si "reposer en paix", sur les tombes,  est un marqueur des esprits, qui témoigne partout de la réalité de ce désir.
Cette orientation là prend la forme d'une symphonie de commandements bibliques, mais c'est simplement le désir de tout notre être. Et quand cette conscience là surgit, elle est mise en pratique, et celui qui en est conscient offre à ceux qu'il connait cette possibilité, de trouver du repos, à ceux qui sont fatigués , qui sont chargés, parfois perdus, ou mêmes sonnés par leurs cheminements circulaires.
Jesus appelé le Christ est un adepte de la fin de l'exil et tout son ministère a été de tenter de le révéler au fond du coeur de ses contemporains. C'est pour ça qu'il a été aimé à ce point, c'est pour ça que Paul, l'écrivain apôtre emploie cette question rhétorique : qui pourra nous séparer de l'amour du Christ " ? Impossible, car il a révélé en nous ce qui , parvenu à la conscience, devient , inséparable, ce que la Bible appelle le règne de Dieu, une façon encore une fois de parler, mais qui dit la réalité présente et éternelle d'une de ces demeures, où l'on peut désormais "rester" "rester" "tranquille" "en paix", y compris dans notre ici bas, mouvementé.
Je ne connaissais pas Alain, je sais qu'il ne voulait pas spécialement une cérémonie religieuse, mais en vous écoutant, j'ai eu la certitude que nous, nous avions besoin de ce moment, de nous retrouver en paix, en pensant à lui. 
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