Prédication du 15 octobre 2011 " RENDEZ À CESAR"

En complément de la prédication du 22 octobre 2017



 
Matthieu 22 
15Alors les pharisiens allèrent tenir conseil sur les moyens de le prendre au piège en parole. 16Ils envoient leurs disciples, avec les hérodiens, pour lui dire : Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité, sans te soucier de personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des gens. 17Dis-nous donc ce que tu en penses : est-il permis ou non de payer la capitation à César ? 18Mais Jésus, qui connaissait leurs mauvaises intentions, répondit : Pourquoi me mettez-vous à l’épreuve, hypocrites ? 19Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie la capitation. Ils lui présentèrent un denier. 20Il leur demande : De qui sont cette image et cette inscription ? 21– De César, lui répondent-ils. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

PREDICATION
 En pensant à cette prédication, je me suis dit qu'il fallait que j'aille jusqu'au bout, c'est-à-dire qu'en quelque sorte je boive le calice jusqu'à la lie (psaume 75, verset 9), mais en même temps, dans la perspective de rappeler combien le langage courant était truffé d'expressions bibliques, je n'étais ni chaud ni froid (apocalypse 3,16), mais il fallait chercher, et comme qui cherche trouve (Luc 11, 10), j'en ai trouvé quelques unes, qui forment d'ailleurs une histoire sympathique, certes pas vraiment à la crier sur les toits (Matthieu 10, 27), mais comme tout travail mérite salaire (Luc10, 7)), le mien cet après midi sera de vous arracher un sourire.
En même temps, je ne voulais pas être pris à mon propre piège (proverbes 11,6), celui d'éviter le contenu même de la prédication, et il faudra donc que je ne change pas un iota du texte biblique du jour (Matthieu 5,18). Je me suis donc dit, comme tout prédicateur : comment faire pour séparer le bon grain de l'ivraie (Mtt 13, 24) ? Comment aussi ne se pas donner l'impression qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil (Ecclesiaste 1, 9), comment ne pas semer la zizanie (Mt 13,25) avec des interprétations paradoxales ?
Comment aussi ne pas construire sur le sable (Psaume 18, entre autres) ?
Comment ne pas faire de cette prédication un véritable capharnaüm, ce qui vous inviterait, à la sortie de ce culte, à pleurer comme des Madeleine, ou à grincer des dents, je ne voudrais pas non plus avoir semé le vent (Osée 8,7) pour récolter une tempête de protestations,
donc
comment prendre ma responsabilité,  c'est à dire ne pas m'en laver les mains, en ressortant par exemple des interprétations antédiluviennes, comment trouver la porte étroite, et comment enfin, rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ?
Après cette introduction, nous allons d'abord remettre ce qui est devenu un proverbe courant dans son écrin biblique, et dans un second temps, examiner le texte lui même pour percevoir ce qu'il nous dit de Jésus lui-même.
Le problème de cette expression venue d'une parole de Jésus, c'est que son passage en terme de quasi proverbe commun, en a tronqué la moitié. C'est un peu comme Michel Rocard qui un jour, devant une assemblée de la Cimade a dit « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », ce qui a fourni la légitimité de gauche et de droite  à toutes les politiques restrictives d'accueil et d'asile, mais le problème est qu'il avait continué sa phrase en disant : "mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part". Deuxième partie qui a été largement oubliée. C'est le même phénomène qui s'est produit avec cette phrase de Jésus, on a certes gardé "Rendez donc à César ce qui est à César", mais on a oublié : "et à Dieu ce qui est à Dieu".
Ce qui, vous en conviendrez, change tout. Dire qu'il faut Rendre à César ce qui est à César c'est finalement, se soumettre à ce qui se prétend l'origine, et à lui rendre ce qui malencontreusement nous aurions pu faire nôtre.
Ensuite, il s'agit de César, c'est à dire que cette origine est la figure du pouvoir.
Enfin, cela pourrait inviter à confondre la figure du César, du souverain, avec celle de Dieu.
En revanche, quand on sépare les deux, quand Jésus dit Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, il dit que justement César, n'est pas Dieu. Et que si on doit rendre à César des comptes parce qu'on est bien obligé, on ne lui rend pas l'essentiel. Jésus dit, ici, une phrase éminemment politique sous occupation romaine : il dit César n'est pas Dieu. Certes, les gens, mêmes les Romains, le savaient, mais le dire, c'est autre chose.
Après avoir vu la phrase clé, et savouré son retour dans son véritable contexte, regardons maintenant le récit lui-même, ce qui nous fournira d'autres éléments pour comprendre non seulement la portée de cette réponse de Jésus, mais viendra nous interpeler sur la qualité de celui que les chrétiens considèrent comme leur sauveur et libérateur.
Les pharisiens, dans ce récit, tentent de lui tendre un piège. Et on verra que s'il s'en sort provisoirement, il ne s'en sort pas complètement, car il est impossible de s'en sortir.
En grec, ce piège vient d'un mot qui évoque un piège à oiseaux. En extrapolant, il s'agit de mettre Jésus en cage, lui qui se prétend libre réinterpréter la loi.
Les pharisiens joue sur du velours, et sur l'opinion populaire, car ils n'évoquent pas n'importe quel impôt, ils n'évoquent pas l’impôt juif destiné au culte, mais la capitation, mot qui signifie impôt par tête, à savoir, l’impôt injuste par excellence. Prenons un exemple de l'histoire encore contemporaine . En anglais, capitation, c'est  :
La poll tax officiellement appelée Community Charge, est un impôt forfaitaire par tête instauré au Royaume Uni par le gouvernement de Margaret Tatcher en 1989 . Entré en vigueur en1990, il fut jugé très inégalitaire par les couches les plus modestes de la population car, frappant les foyers et non les personnes et ce sans distinction de revenu ou de capital, il était d'autant plus lourd pour les foyers les plus pauvres. Ce nouvel impôt provoqua des émeutes – « poll tax riots ».  La poll tax fut l'une des causes de la chute de Margaret Thatcher. Les membres de son gouvernement lui demandèrent de renoncer à cette mesure, mais elle se montra inflexible. La poll tax fut supprimée par la suite.
Sous la Rome antique, la capitation était un impôt calculé à partir du nombre de personnes travaillant dans une exploitation agricole. Son abolition, du moins pour les citoyens romains, c'est-à-dire à l'exclusion des francs et des esclaves émancipés, aurait été prononcée par la reine Bathilde vers 660 nettement moins bornée que sa lointaine succésseuse.
Si Jésus avait prétendu qu'il ne faut pas payer la capitation, nul doute que les pharisiens et leurs complices les hérodiens, secte mystérieuse liée peut être à la croyance que le Roi Hérode était le Messie, l'auraient dénoncé aux autorités,
et s'il avait prétendu qu'il faut la payer cette taxe, ils auraient dit au peuple : cet homme là est complice des Romains, ne le suivez pas.
Qu'auriez vous fait à sa place ?
Vous ou moi, je ne sais pas. Jésus a dit Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
Devant ceux qui posent ce piège redoutable et probablement devant des gens du peuple, Jésus fait la réponse la plus intelligente possible.
Certes, dit-il, vous allez payer cet impôt, mais la monnaie que vous allez rendre à César est en fait une fausse monnaie, et j'en profite pour vous le dire, elle n'a aucune valeur, d'autant plus qu'elle est basée sur l'injustice, sur l'usurpation, sur le blasphème, ce avec quoi, tous les juifs étaient bien d'accord, elle n'a aucune valeur parce que son destinataire, est du vent, car à qui vous vous devriez vraiment rendre quelque chose, c'est à Dieu. Et là, il ne s'agit plus d'un impôt injuste et sous la contrainte, mais il s'agit de reconnaissance, de louange, des grâces que vous pourriez rendre à Dieu. Vous les pharisiens, les hérodiens, ce que probablement vous ne faites pas, puisque vous n'avez qu'un seul but, enfermer, réduire à néant, la parole libre de Dieu, enfermer ce Sauveur qu'un jour vous finirez par abattre, mais qui, comme un oiseau décidemment libre, sortira du dernier piège dans lequel vous l'aurez enfermé, ce tombeau, ce piège, restera vide, et ce jour là, vous cesserez peut être de tendre des pièges, et ce jour là, vous vous rendrez vous aussi, vous vous rendrez compte, vous rendrez grâce, vous exprimerez votre reconnaissance devant la Parole de Dieu que rien ne peut enfermer.
Que retenir ce de ce passage ?
Se méfier quand la Bible passe dans l'imaginaire courant, elle perd souvent au passage de sa subtilité.
Se rendre compte que Jésus trouve la troisième voie quand on tente de l'enfermer dans un piège binaire.
Constater le courage de celui dont les évangiles raconte l'histoire quand il ose dire que César n'est pas Dieu, en sous entendant fortement qu'en fait, ce pouvoir là n'a aucune valeur.
Et enfin = Méditer encore et encore sur ce que voudra dire pour nous : rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
Et peut-être s'apercevoir qu'il ne s'agirait pas de passer à côté de l'essentiel en payant encore et encore des taxes , certes pas sous forme d'argent, mais sous forme de temps, de consécration, d'addictions ou d'habitudes, de suivisme, à des César qui n'en valent pas le prix à payer.
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