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Qui va gagner?

Prédication du 9 juin 2019, par Robert Philipoussi



PRÉDICATION

 

 Une fois n'est pas coutume, je vais faire une citation, et en plus, en début de cette prédication Il est plus beau d’éclairer que de briller seulement ; de même est-il plus beau de transmettre aux autres ce qu’on a contemplé que de contempler seulement.

Thomas d'aquin, à propos de la contemplation, dans sa somme théologique.

C'est l'idée qui m'est venue en abordant ce texte proposé pour aujourd'hui, dans l'évangile de Jean. Pourquoi ? Parce qu'enfin je me dis toujours, face à chaque passage évangélique qu'il y a eu un événement initial. Qui certes par la suite a été amplifié, ré-contextualisé, mis en lien, mais au départ il y a eu quelque chose. Je ne crois pas à la création ex nihilo. Déjà ce n'est pas biblique.

Pour les évangiles, il y a eu une parole, ou un geste de Jésus. Certaines paroles sont devenues des commandements, certains gestes sont devenus des miracles, certains déplacements ont été compris comme des symboles, des réalisations de prophéties, mais enfin au départ il y a eu quelque chose, qui a touché sa cible, qui a touché les esprits et les cœurs de disciples, officiels ou non, et qui sont allés ensuite raconter.

Et là pour ce passage de Jean, au milieu du plus long discours de Jésus dans les évangiles, un fleuve, 5 chapitres, je file mon hypothèse, je pense que les disciples, au milieu de ce fleuve, se sont retrouvées dans une espèce de sidération, ou de contemplation... comme nous à la lecture, nous qui avons l'habitude d'un évangile plus découpé, plus saccadé, qui avons plus plus l'habitude d'entendre des gens parler de Jésus que d'entendre Jésus parler de lui-même. Par exemple, dans l'évangile de Marc, on ne l'entend pas beaucoup, bien que nous y soyons appelés à mesurer l'effet que ses paroles produisent.

Cette hypothèse me fait dire que, vraisemblablement les disciples n'ont pas tout inventé de ce que Jésus dit, mais voilà à un moment donné, puisque, 13 siècles avant, il étaient déjà un peu disciple de Thomas d'Aquin sur ce point, à un moment donné, il a fallu transmettre, même s'ils n'avaient pas tout compris.

Le souci étant donc qu'après une sidération et une contemplation de leur maître qui leur fait ses adieux, les informations risquent d'être un peu confuses, difficilement transmissibles.

De là peut-être cette assez grande obscurité de ce passage qui a été choisi comme évangile du jour.

Il ressort tout de même de ce passage que Jésus va partir, mais qu'il va rester quand même avec eux . Et pour eux exclusivement, et pas pour le monde. Mais dans ce passage on apprend qu'il ne restera pas sous sa forme actuelle, mais sous la forme de quelqu'un d'autre, appelé le «  défenseur », appelé «  l'esprit de vérité » ou «  le souffle de vérité ».

Pour corser l'obscurité, Jésus à ce moment-là leur avoue que les paroles qu'il leur a dites, et même qu'il est en train de leur dire... ne sont pas les siennes. Mais qu'elles sont celles de son père, et que cet esprit qui va venir est aussi envoyé par le père comme lui même avait été envoyé.

Jésus- en tout cas c'est ce que le disciples ont compris et à leur suite, l'écrivain de ce passage de Jean leur fait là un plaidoyer de l'unité divine et aussi de l'unité divino-humaine (« je suis dans le père comme vous en moi et moi en vous) et contrairement aux interprétations assez rapides de l'évangile de Jean, il n'y a ici aucune divinisation de Jésus et je dirai aussi que selon Jean il n'y aucune trinité, puisque, tout provient du père, du créateur, de Dieu et se présente sous divers modes. Mais disant cela, j'ai conscience d'évoquer une hérésie très ancienne, qui s'appelait « le modalisme » et qui a été vaincue par la triomphante divinisation de Jésus. Au sens strict de ce passage Jésus, malgré toute la solennité de son propos, ne se représente que comme un porte parole de son Père. Et sa mission accomplie, cette fonction sera dévolue à cet autre, cet Esprit, ce souffle, ce «  défenseur ».

Mais enfin, comment dire, ce n'est pas très simple. Et je reviens à cette hypothèse de départ. Jésus leur a parlé pendant des heures, et ils ont du quand même transmettre quelque chose de ce qu'ils avaient entendus pendant des heures.

Ce texte un peu embrouillé peut causer un autre embarras. Celui de questionner notre théologie coutumière. Celle-consiste à embrasser le monde en permanence et à l'inclure dans la bénédiction divine. La grâce pour tous, le salut pour tous. Or ici c'est très clair : Cet esprit de vérité, tout le monde ne pourra pas le recevoir et ce pour une raison complètement agaçante : non pas parce que ce monde serait trop méchant ou trop bête ou pécheur ou pervers- c'est à dire que ce serait «  bien fait pour lui » mais tout simplement parce qu'il ne le voit pas, ne perçoit, ne le connait pas, cet esprit. Selon Jean, « le monde » ne reçoit pas cet esprit de vérité car il est incapable de le percevoir. Ce qui peut sembler choquant à première vue, mais à seconde vue, et ce depuis toujours, si ce que racontent les évangiles est vrai, c'est à dire, si cet Esprit existe, il est aussi vrai aussi que le monde ne voit pas cet esprit de vérité et que dans un retournement syllogistique, cet esprit, pour ce monde n'existe pas.

En gros, Dieu n'existerait que pour ceux qui le voient (ou le perçoivent). Cela pourrait être un fait !

Un exemple parmi tant d'autres : si ce monde percevait cet Esprit, ce souffle, il ferait le lien entre cet esprit, ce souffle qui planait au dessus des eaux dans les prémisses de la création évoquées dans le livre de la Genèse, et cet esprit de vérité qui pourrait suggérer à ce « monde » de ne pas systématiquement détruire cette création, à ne pas invalider méthodiquement, une à une les effets des10 paroles divines et créatrices citées dans la Genèse : la distinction entre la nuit et le jour, la clarté et la vitalité des eaux, et de la terre, l 'abondance végétale et ses myriades de semences, l’abondance animale et enfin l'humain. Non, cet esprit qui soufflait au dessus des eaux ne souffle pas pour le monde et selon l'angle de Jean, c'est malheureusement un fait.

Cet Esprit de vérité, ce défenseur, ce souffle créatif serait selon ce passage, réservé aux disciples .

Mais je dirais, toujours en regardant bien ce texte, cet Esprit serait réservé aux disciples dans la définition la plus large du terme disciple. Pas simplement le cénacle des apôtres, pas les tenants de l'institution, ou membres officiels de quelque chose, mais disciple dans le sens où le disciple est défini comme celui qui aime. Qui aime Jésus, certes, mais dans le sens où il va garder ses paroles dont beaucoup sont des paroles d'amour. Le disciple c'est celui qui aime. Et si je comprends bien, celui qui aime est le même que celui qui voit l'esprit de vérité dans ce monde, qui est capable de le connaître.

Pour bien comprendre cette prédication, il vous faudra relire ce texte un peu obscur, mais il devient clair à présent que « le monde » n'est pas une entité vraiment définie. Le monde, selon ce passage veut dire « le monde de ceux qui, incapables d'aimer, sont incapables de voir le souffle de vérité planer au dessus de la création, et sans doute incapables de voir que bientôt ce mouvement que j’appellerais de dé-création du monde va aboutir à son terme, le terme qui arrive quand le bourreau incapable d'amour s’exécute lui-même, parce qu'il ne peut plus rien faire d'autre, car autour de lui il n'y a plus rien, à voir, à vendre, à exploiter, à piller. Ou à aimer".

Si ce « monde » veut dire ceux qui n'aiment pas, ne voient pas, mais que d'autre part, ces premiers disciplines sortis de leur contemplation sont remplis de cet esprit de vérité – je rappelle que l'étymologie du mot grec signifie « non-oubli ».

Alors il y a de l'espoir.

Si ces disciples ont reçu ce souffle qui leur permet d'être défendus ils ont aussi la possibilité de défendre. De briser ce mouvement de dé création du monde, de cette création de Dieu par l'activisme de l'amour inconditionnel et égalitaire. De réduire – en tous les cas, c'est leur utopie – la cécité et l'ignorance de ce « monde ». Parce qu' ils ne se contentent pas de contempler en attendant la catastrophe générale,ils ont mission de l'empêcher. Ils sont défendus par un avocat qui compte bien gagner, non pas contre le mal, ou le diable où je ne sais quelle puissance imaginaire, mais contre l'ignorance qu'il y un souffle divin qui anime le monde, et que donc ce mouvement de dé-création est simplement le refus de se laisser inspirer par ce souffle.

Qui va gagner ? Je l'ignore.

On pourrait dire que dans les Écritures, rien n'est écrit !

« Tout est foutu, mais on peut quand même faire quelque chose » tel est le thème de l'Atelier protestant à la rentrée.

Tout ce que je sais, c'est qu'à Pentecôte nous sommes confrontés à un choix bien net.

Soit on croit que tout ça est symbolique et que certes c'est intéressant mais quand même vraiment très antique. Alors on est dans ce monde, mais nous l'ignorons.

Soit on demande le baptême de ce souffle et nous en sommes inspirés. Ce souffle donne la vie. Nous cessons d'êtres des contemplatifs d'une catastrophe possible.


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