Menu
Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal (cultes tous les dimanches 10H30) & La Maison Fraternelle (cultes tous les dimanches à 18H30 (hors vacances)

"Thomas, notre jumeau" Prédication du 4 février 2018



"Thomas, notre jumeau" Prédication du 4 février 2018

LECTURES

1 Pierre 1.3-9

3Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui, selon sa grande compassion, nous a fait naître de nouveau, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante, 4pour un héritage impérissable, sans souillure, inaltérable, qui vous est réservé dans les cieux, à vous 5qui êtes gardés par la puissance de Dieu, au moyen de la foi, pour un salut prêt à être révélé dans les derniers temps.6Ainsi vous êtes transportés d’allégresse, quoique vous soyez maintenant, pour un peu de temps, puisqu’il le faut, attristés par diverses épreuves, 7afin que la qualité éprouvée de votre foi – bien plus précieuse que l’or périssable, quoique éprouvé par le feu – se trouve être un sujet de louange, de gloire et d’honneur à la révélation de Jésus-Christ.8Vous ne l’avez pas vu, mais vous l’aimez. Maintenant même vous ne le voyez pas, mais vous mettez votre foi en lui et vous êtes transportés d’une joie indicible et glorieuse, 9tandis que vous obtenez le salut comme aboutissement de votre foi.

Jean 20.19-31

19Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Judéens, Jésus vint ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. 21Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint. 23A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.24Thomas, celui qu’on appelle le Jumeau, l’un des Douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais !26Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! 28Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 29Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu !30Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d’autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom.

PREDICATION

 

D'abord que la paix soit avec vous.Jésus de cette façon salue ces disciples trois fois.Ce sera ma première partie.

Munie de cette paix, qui m'a rendu libre, j'irai dans une deuxième partie interroger Thomas, celui qu'on appelle le jumeau dit le texte, celui qui n'était pas là lors de la première bénédiction, notre jumeau peut-être, puisque nous non plus nous n'étions pas là lors de la première bénédiction, et nous irons voir s'il a raison ou s'il a tort, et si on peut continuer à dire : oh moi, je suis comme Saint Thomas !

Enfin, en envoi, je nous laisserai avec cette question de tous les autres signes qui selon l'auteur de ce livre, n'y sont pas consignés dans son livre. Vers quoi, l'idée d'une réserve de signes, pourrait elle nous diriger ?

A.

Il leur donne la paix, c'est comme cela que l'on faisait. Nous nous disons bon-jour sans forcément penser que l'on souhaite "un bon jour" à la personne à laquelle on s'adresse. Dans ce proche orient, on se transmet la paix, et à mon sens, ici comme là-bas, il y a une certaine nonchalance dans l'utilisation des termes.  Sinon, nos jours seraient tous bons, et la paix règnerait à Jérusalem !Cette paix qui rend libre. Cette paix dont nous, aussi bien que les disciples avons besoin, tellement l'existence est agressive. Un combat quotidien dont chacun est le héros - pour  réussir à vivre, chacun de nous est un héros, le héros de sa vie, mais nous faisons comme si ce n'était pas le cas. Un héros n'est pas forcément victorieux, il peut être blessé, il peut être vaincu. Mais pour un héros, la vie n'est pas que donnée, elle doit être voulue. Et pour que cette vie voulue nous entraine vers quelque chose de clair, il faut avoir la paix. Un vrai héros est en paix. Il la demander, la diffuse, la transmet.Jésus leur transmet trois fois la paix. D'abord deux fois à tous sans Thomas, puis huis jours plus tard, à tous les disciples, après qu'ils ont été rejoints par Thomas, à qui ils avaient entre temps parlé.

Moi, lecteur de ce texte, je suis invité par la narration à considérer que Thomas, c'est mon jumeau et qu'avec lui, j'ai une connexion particulière. C'est comme si je l'entendais penser, comme si je ressentais ce qu'il ressent. Comme si je l'entendais penser...

B-

Au début je ne suis pas là. Il se passe des choses sans que j'en ai conscience. Ce dont je n'ai pas conscience moi Thomas, c'est que les autres sont en train de recevoir la paix, de recevoir l'esprit. Je n'ai pas conscience des nouvelles choses en train de se passer.Ensuite, je les revois et ils me disent qu'il est venu. Je leur réponds que je ne suis pas prêt d'y croire. Mais je vois qu'ils ont changé depuis la dernière fois que je les ai vus. Ils étaient tremblants et déçus, les voilà je dirais comme avant, sûr d'eux-mêmes, à tel point que cela me gène, ils semblent être devenus illuminés.Moi Thomas, j'en suis à me demander si ce n'est pas la dernière fois que je vais les voir tout à l'heure. Et bien que ce soit mes frères, mes compagnons, je les quitterai définitivement, je préfèrerai ma réalité à leur fiction. 

Thomas n'avait pas encore conscience que cette préparation était nécessaire pour qu'il puisse,trouver et retrouver une assemblée en paix, inspirée et inspirante.  C'est pour cela que cette double bénédiction était crucialepour qu'il puisse Thomas trouver de la joie et de l’espérance, de la force après la catastrophe. Et surtout la paix.

Ecoutons le penser une dernière fois:   Moi Thomas (ou moi son jumeau, celui qui le suit à la trace écrite) , je n'irai pas prendre pas part  à une  Eglise dont je n'aurais pas préalablement senti la cohérence et l'harmonie.

Quittons la vue subjective, repassons à une formulation plus courante mais poursuivons le chemin de Thomas. il veut voir pour croire. Et il a raison. Mais ce qu'il veut vraiment, c'est éprouver. Il ne veut pas d'une religion des idées. Il veut voir la grâce de Dieu.

Jésus réapparaît. Il lui donne la paix ainsi qu'à toute cette assemblée désormais rassemblée.

Thomas le voit, mais ce qu'on comprend maintenant c'est que ce qu'il voulait vraiment,était toucher. Jésus offre ses mains. Et Thomas touche ses mains et s'exclame : "Mon Seigneur et mon Dieu".Jésus ensuite dit une béatitude sur ceux qui plus tard croiront sans avoir vu.

Mais je m'interroge. Existeront ils ceux là ? S'agit-il de nous ? Certes nous n'aurons pas vu le Christ, mais si nous avons cru, n'est pas ce pas parce que nous aurions senti, éprouvé, touché,  la grâce de Dieu ?

 Nous avons cru parce que nous en avons été convaincus par notre sentiment, que je réhabilite dans sa vieille version : celle qui parle de sentir. Nous avons éprouvé du sentiment religieux, qui a fait que nous sommes devenus croyants. C'est une belle expression, le sentiment religieux. Ce doit être un sentiment qui en appelle à tout notre être, physique, mental, intellectuel, tactile, social, comme si tout notre être, tout de nous devait devenir sensible pour éprouver ce sentiment religieux. J'aimerais le Seigneur de toute mon âme, de toute ma force, de toute ma pensée et on pourrait ajouter de toutes mes mains, de tous mes yeux, de toute ma peau et de toute ma sensibilité. Thomas, notre double n'est vraiment pas différent de nous, face à Dieu, il lui faut du sentiment dans l'acception classique et ancienne de ce terme, incluant la sensation, y compris la sensation dite spirituelle.L'épreuve du sentiment, qui est la seule à même de mettre Dieu dans notre dimension.
Personne ne croit sans avoir d'une certaine manière, « senti » la réalité de Dieu. En réalité personne n'a jamais cru sans avoir vu.

C-
Abordons maintenant notre dernier point. Ces textes sont riches de sens passé et futur. On dirait, pour ceux qui les pratiquent qu'ils sont inépuisables, qu'il y a toujours de la réserve.Et dans cet esprit que l'épilogue de Jean est le meilleur épilogue des évangiles.On dira que Jean adresse à ses lecteurs ce message subliminal :

Vous êtes émerveillés de ce récit, vous l'avez vu, ce Christ, s'approcher de vous à travers n'importe laquelle des personnes qu'il a rencontrée, et toi, lecteur particulier, tu as compris que tu n'étais pas différent de tous ces gens, car à chaque fois tu éprouvais ce qu'ils pouvaient éprouver, tu en as brassé de l'humanité, et la tienne aussi, tu l'as traversée avec ces figures de mendiants, de disciples, de scribes, de femmes, de prophètes et d'enfants.Ces récits sont venus raconter ta vie et ta vie vie peut en écrire la suite, juste avec ton souffle et ta conviction, mais comme dans les évangiles, avec la  présence de la parole de Dieu et de son Christ.Tu as entendu et vécu et compris tout cela à travers le parcours méditatif de mon évangile.

Mais il y a plein de choses que je ne t'ai pas racontées, et que j'ai éprouvées, une multitude de signes que tu ne pourras pas apprendre en lisant tous les évangiles de monde. Les autres signes seront sur ta route, à condition simplement de les voir, de les toucher, de les comprendre, de les prendre avec toi. Tu n'as pas à les chercher. Tu n'as qu'à les voir. Ils sont en réserve. Ce que Jean dit dans son épilogue, chargé de la sensation préalable de toute cette paix qui a été distribuée, et après la découverte que nous sommes Thomas et devons le rester, parce que nous éprouverons toujours avec cette attitude la réalité de Dieu, ce que Jean dit vraiment à ses auditeurs et lecteurs c'est "ouvrez les yeux" "tendez votre main" . Ne refoulez pas votre sentiment.  AMEN.

.