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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal (cultes tous les dimanches 10H30) & La Maison Fraternelle (cultes tous les dimanches à 18H30 (hors vacances)

Une éthique de l'émergence.

Prédication de Robert Philipoussi, du 30 septembre 2018



LECTURE 1 THESSALONICIENS  5

1 Pour ce qui est des temps et des moments, vous n'avez pas besoin, frères, qu'on vous en écrive. 2 Car vous savez bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. 3 Quand les hommes diront : Paix et sécurité ! Alors une ruine soudaine les surprendra, comme les douleurs de l'enfantement surprennent la femme enceinte, et ils n'échapperont pas.

4 Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur; 5 vous êtes tous des enfants de la lumière et des enfants du jour. Nous ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres. 6 Ne dormons donc pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres. 7 Car ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s'enivrent s'enivrent la nuit. 8 Mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, ayant revêtu la cuirasse de la foi et de la charité, et ayant pour casque l'espérance du salut. 9 Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l'acquisition du salut par notre Seigneur Jésus-Christ, 10 qui est mort pour nous, afin que, soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec lui. 11 C'est pourquoi encouragez-vous réciproquement, et édifiez-vous les uns les autres, comme en réalité vous le faites déjà.

12 Nous vous prions, frères, d'avoir de la considération pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le Seigneur, et qui vous avertissent. 13 Ayez pour eux beaucoup d'affection, à cause de leur oeuvre. Soyez en paix entre vous.

14 Nous vous en prions aussi, frères, avertissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, soutenez les faibles, usez de patience envers tous. 15 Prenez garde que personne ne rende à autrui le mal pour le mal; mais poursuivez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tous. 16 Soyez toujours joyeux. 17 Priez sans cesse. 18 Rendez grâces en toutes choses, car c'est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. 19 N'éteignez pas l'Esprit. 20 Ne méprisez pas les prophéties. 21 Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon; 22 abstenez-vous de toute espèce de mal.

PRÉDICATION

le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit 
Nous entendons souvent, dans des contextes divers , «  que le plus dur est de ne pas savoir quand certaines choses doivent arriver ». Très souvent, un prophète de malheur vient doctement nous angoisser en nous racontant que si on ne sait pas quand ça arriver on sait que ça arrivera. 

Ce qu'on appelle à tort les « premiers chrétiens » qui étaient simplement des juifs croyant que Jésus étaient un Messie, ne savaient quand le jour du Seigneur viendrait tout en proclamant son imminence mais pour eux visiblement ce n'était pas un problème. Ils transformaient ce non savoir en dynamique et en ferveur. Ils ont ainsi inventé les prémisses de ce qui s'est déposé plus tard comme « la morale chrétienne » alors que pour eux ce n'était qu'une éthique en situation d'urgence d'une part – le Jour du Seigneur est imminent – et de non savoir d'autre part – car un voleur dans la nuit, on ne sait pas quand il arrive, à moins d'être un fraudeur en assurances  ! 

Ils ont donc inventé une éthique provisoire pour rester joyeux dans cette tension.
Et je les comprends. Je pense brusquement à ma situation face au phénomène du culte du soir dans cette paroisse et elle est beaucoup plus angoissante. Je sais moi quand le culte est censé avoir lieu -18H30 - en revanche je ne sais pas s'il va avoir lieu. Je suis un peu dans la situation de ce témoin de jehovah qui a affiché sur son réfrigérateur la date de l'apocalypse et qui s’aperçoit le jour J que non en fait. Le paroissien du soir est mon messie aléatoire. Un peu comme certains livreurs, ou plombiers. 

Ça c'est de l'introduction. Non ? Continuons plus sérieusement.
La première lettre de Paul aux Thessaloniciens est le plus ancien écrit complet du nouveau testament. Elle a été probablement écrite à peine 20 ans après les événements de Pâques. Avant la destruction du Temple de Jérusalem, avant l'évacuation des croyants au Christ des synagogues, avant toute forme de régulation institutionnelle. Bien avant bien sûr ce qu'on appellera plus tard le christianisme. Avant même que Paul l'apôtre – comment dire – s'auto-considère pleinement et devienne le personnage important de ses propres écrits. Ici, on découvre sa pensée en plein surgissement. Pour découvrir l'esprit des commencements cette lettre est intéressante à lire- 5 chapitres. Pour y sentir une grande étrangeté sans doute – quoi de commun entre moi et ces illuminés. Mais peut-être aussi pour y percevoir quelques lueurs pour les temps particuliers – certains diraient apocalyptiques - que nous vivons.

Mettons nous dans l'ambiance. 
Il n'y a pas de doute. Les temps sont proches. Le règne de Dieu palpite d'imminence, enflamme les consciences. Plus personne n'a plus peur de la vie ni de la mort. Paul, qui vient de décrire l'enlèvement imminent de ce qui n'est pas encore l'Église, mais déjà cette fraternité en Christ, encourage ceux à qui il s'adresse à s'organiser dans cette espérance. 
Une organisation qui ne sera pas faite pour durer frères et soeurs. Le Seigneur vient. Il ne s'agit pas d'inventer une fabrique d'avenir Il s'agit simplement de ne pas rater le présent. Le temps change de nature. Il se tord. Paul exhorte ses frères et sœurs à ce qui pour lui devient maintenant essentiel. Je voudrais ce matin vous faire percevoir cette éthique du temps qui reste, cette éthique simple et radicale. 

Encouragez-vous réciproquement verset 11.
C'est une éthique d'urgence qui est décrite ici, pas un code de fondement de société. Et c'est l'éthique chrétienne originelle. Elle n'a aucune vocation à être gravée sur de nouvelles tables de la loi. Aucune vocation à se déposer en norme. Aucune vocation à construire une société. Aucune vocation à réguler les consciences d'un empire. C'est juste important par exemple de s'encourager les uns les autres plutôt que simplement ne jamais penser à le faire ! Il n'y a plus le temps de se demander si c'est pertinent ou pas, c'est juste bon et utile, de le faire. C'est mieux de le faire, parce que cela fait du bien. Nous sommes là les uns pour les autres. Ce n'est plus la peine de nous pourrir la vie réciproquement car de toutes façons on ne peut plus procrastiner sur la vague intention de changer de comportement en la matière.

Soyons sobres verset 6
Cette éthique est en train d'être produite par une fraternité nouvelle comme du miel par des abeilles encore en vie, par des gens qui croient être les fils et filles de la lumières, des frères et des sœurs qui croient que le jour du Seigneur va arriver comme un voleur. C'est une éthique qui n'a d'autre objectif que d' «  prêt ». 
Cette éthique se produit dans ce moment particulier, situé entre la première manifestation de la grâce, Pâques, il y a une petite vingtaine d'années, et la totale révélation de celle-ci, révélation mot qui se dit en grec « apocalupsis ». Un moment particulier, le temps qui reste, avant l'apocalypse. Il ne s'agit donc pas de sombrer dans l'ivresse. Car il ne s'agit pas d'être assez stupide au point de rater ce qui est en train d'arriver ! Éminemment ! 
consolez ceux qui sont abattus, soutenez les faibles verset 14
Cette première fraternité des croyants au Christ, encore juifs, mais déjà fils et filles d'un monde nouveau, ces gens qui ont cru que le Règne de Dieu allait se dévoiler, avaient raison de ne pas avoir voulu sécréter une morale universelle. Ils n'avaient besoin que d'un code d'éveil, pour ne pas se laisser abuser par l'hypnose permanente de leur monde. Ils avaient juste besoin d'être solidaires plutôt que de mener une vie qui n'a aucun sens. Il n'y a plus aucun sens à ne pas soutenir le faible. Avant il y avait peut être du sens à vouloir être fort en laissant les faibles s'affaiblir encore pour augmenter notre profit ou l'illusion de notre grandeur. Pour Paul, cela n'a plus aucun sens. Il n'y a plus assez de temps pour le cynisme. 
poursuivez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tous verset 15
Aujourd'hui et peut-être particulièrement aujourd'hui où il est impossible d'éviter les annonces de la fin du monde, ou de la fin d'un monde et simultanément aujourd'hui particulièrement aujourd'hui où les offres de distraction et d'hypnose n'ont jamais été aussi nombreuses et sans du tout faire un parallèle entre l'apocalypse souhaitée de cette fraternité des croyants au Christ et les apocalypses qu'on nous promet, aujourd'hui...nous pourrions trouver dans cette espèce d'archéologie de la morale chrétienne avant qu'elle ne se sédimente et oublie le contexte qui l'a générée, aujourd'hui dans ces quelques paroles tellement simples que j'égrène pour ma prédication, nous pourrions trouver une vraie force. Particulièrement aujourd'hui, nous pourrions trouver une nouvelle fraicheur éthique et quelque chose à faire de pertinent et de simple. Une éthique qui ne s’embarrasse pas de questionnements. Cela me rend heureux de faire le bien aujourd'hui . Et c'est heureux, pendant ce temps qui reste, que j'ai envie d'être heureux.
Les fils du jour, les enfants de la lumière ne doivent pas se laisser abuser. Ils ne doivent pas aller dans ces vallées obscures où des prophètes auto proclamés hypnotisent des foules au nom de la paix et de la sécurité. 

Quand les hommes diront : Paix et sécurité ! Verset 3
Ne doivent pas, ces enfants de cette lumière qui peut s'éteindre à tout moment, abonder dans les discours sécuritaires. Tous ces discours qui jouent sur le malheur actuel et font miroiter la disparition de cette tension – le jour où nous serions « enfin en sécurité ».
Les fils du jour, les enfants de la lumière n'ont pas besoin de promesses. Ils se sentent eux même comme de la matière première d'une promesse qui se réalise. 
Cette paix et cette sécurité sempiternellement promise par des démagogues, leur Seigneur la leur donne d'office. 
Aujourd'hui, particulièrement aujourd'hui où les hirondelles n'annoncent plus rien de bon puisqu'elles ont presque toutes disparu, il faudrait tenter de réveiller cette éthique de la veille. Du veilleur. 
Prenez garde que personne ne rende à autrui le mal pour le mal verset 15
Ne serait ce parce que pour ce temps qui reste, c'est en plus totalement inutile. Il n'y a plus de temps à perdre. 
Et puisque nous ne serions pas des êtres destinés à la colère.Verset 9.
mais être faits pour la joie :

16 Soyez toujours joyeux. 17 Priez sans cesse. 18 Rendez grâces en toutes choses,
On dirait qu'il n'y pas plus pour eux assez de temps pour se plaindre. On dirait que même les plus belles plaintes des Psaumes sont obsolètes. Rendez grâces en toutes choses, ce sera mieux que de vous morfondre pour tout. De plus, cela ne servirait à rien car aucun lendemain consistant ne viendra vous consoler.
Et puis, dans ce dernier chapitre de cette lettre il y a ces versets à savourer comme une nouvelle constitution provisoire d'un monde incertain.

19 N'éteignez pas l'Esprit. 

20 Ne méprisez pas les prophéties. 

21 Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon

19 N'éteignez pas l'Esprit.
L'éthique de la veille se renouvelle en permanence par la sensibilité à l'esprit de Dieu. Sans cette sensibilité, l'éthique de la veille devient une morale identitaire.Cet esprit est un esprit de lucidité sur les discours attachants d'un monde qui croit toujours qu'il a le temps. Eteindre l'esprit – c'est possible – c'est éteindre tout ce qui rend l'Église vivante. C'est l'erreur par excellence. Pour une Eglise surement. Mais aussi sans doute pour tout un chacun qui avait fait ses premiers pas sur une terre qu'il jugeait stable et éternelle. 

20 Ne méprisez pas les prophéties. 
L'éthique de la veille se rappelle la prophétie biblique, parole qui dépasse jusqu'à son contexte et qui sans cesse dévoile l'envers du décor et qui loin de nous effrayer – on a vite fait de qualifier n'importe quelle prophète de prophète de malheur – tout simplement nous laisse en éveil, alors que pour l'ordre du monde, il serait important que nous continuions à dormir.

21 Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon
L'éthique de la veille se nourrit d'une pratique de l'intelligence. Ce qui est bon n'est pas forcément connu d'avance ou prescrit par une morale qui n'envisagerait pas les situations et les temps particuliers. Il faut examiner avant de juger. Et ensuite se déterminer. Tout n'est pas mauvais. Il faut juste retenir ce qui est bon. 

J'ai spontanément envie de dire à Paul, oui mais qu'est ce qui est bon, quel est le critère. Je me suis posé cette question, en tant qu'issu d'une génération éduquée dans le relativisme intégral. Je n'ai pas reçu de réponse. Mais j'ai reçu une proposition. Il m'a été demandé d'examiner ma journée d'hier. Et j'ai senti que si je faisais cela, je saurai déterminer ce qui a été vraiment bon, nul, ou mauvais. 

Etre fils et filles de la lumière, pour les Thessaloniciens que nous ne sommes évidemment pas, mais pour qui nous sommes ici et maintenant , ce serait peut être aussi pratiquer cette éthique de l'urgence. Ce serait pour maintenant de soutenir le faible, de cesser de se venger, de poursuivre le bien entre nous mais aussi avec les autres, n'importe qui, ce serait maintenant de ne surtout pas éteindre l'esprit, c'est à dire l'inspiration et donc la ferveur créatrice, ce serait maintenant et pas dans un hypothétique demain d'être prophétiques, ce serait maintenant d'oser être particulièrement intelligents. Et, sommet de l'impertinence, ce serait maintenant d'être toujours joyeux. Pas en simulant. Pas en affectant. Mais en trouvant maintenant la source de cette joie, qui ne sera pas exprimée par cette fameuse grimace chrétienne qui prétend exprimer la joie –personne n'est dupe – mais qui devient une permanente provocation y compris pour nous-mêmes.
Nous serions ainsi de lueurs d'espoir dans un monde qui a de la peine à savoir où il va ou même s'il va quelque part. 
Mais ce qu'il faut bien comprendre quand nous nous plongeons dans cette mentalité apocalyptique qui génère une joyeuse éthique de lurgence...une éthique pour le temps qui reste, et quand nous éprouvons sa pertinence et son évidence «  pourquoi ne pas faire le bien et être heureux ! »...c'est que en réalité , le jour du seigneur vient toujours un voleur dans notre nuit, 

Nous ne savons pas le temps qui reste, et ce comme tout un chacun et depuis la nuit des temps.

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