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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal (cultes tous les dimanches 10H30) & La Maison Fraternelle (cultes tous les dimanches à 18H30 (hors vacances)

"j'aime bien les surprises, aussi"

Prédication du 23 juin, à l'occasion du baptême de Suzanne D.
Par Robert Philipoussi



LECTURES

Luc 9.11-17

11 Les foules s'en aperçurent et le suivirent. Il les accueillit ; il leur parlait du règne de Dieu ; il guérit aussi ceux qui avaient besoin de guérison. 12 Le jour commençait à baisser. Les Douze vinrent donc lui dire : Renvoie la foule, pour qu'elle aille se loger et trouver du ravitaillement dans les villages et les hameaux des environs ; car nous sommes ici dans un lieu désert. 13 Mais il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils dirent : Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons, à moins que nous n'allions nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce peuple. 14 En effet, il y avait environ cinq mille hommes. Il dit à ses disciples : Installez-les par rangées d'une cinquantaine. 15 Ils firent ainsi ; ils les installèrent tous. 16 Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction sur eux. Puis il les rompit et se mit à les donner aux disciples pour qu'ils les distribuent à la foule. 17 Tous mangèrent et furent rassasiés, et on emporta douze paniers de morceaux qui étaient restés.

 

Matthieu 7

7Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. 8Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe.…

 

PRÉDICATION Il y a tant de choses dans ce culte, et la bonne nouvelle se propage entre les divers témoignages déjà donnés où à venir et donc il ne faudrait pas que la prédication soit longue.

Et puis il y a Suzanne qui profite maintenant de son entracte – ce qui est un privilège d'enfant- et qui reviendra tout à l'heure pour la Cène et pour entendre les paroles et la musique de ses parrain et marraine. Nous n'allons donc pas trop la faire attendre.

Alors, pour cette prédication légère et éphémère, j'ai eu envie de juxtaposer deux textes, celui du jour extrait de l'évangile selon Luc, qui raconte que Jésus fait nourrir des gens qui a priori ne demandent rien. Ou ne demandaient rien d'autre que de l'entendre. Et à côté de ce récit, votre verset, Thomas et Marie, choisi spécialement pour Suzanne, et retiré de l'évangile selon Matthieu, où il est dit «  demandez et l'on vous donnera..quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve... ».

Cette idée exprimée par Matthieu, qu'on pourrait qualifier d'optimiste, ou de performative- une idée dans l'air du temps d'ailleurs- comprenne qui pourra, je ne fais pas de politique en chaire;) on la retrouve souvent dans la Bible : par exemple le Psaume 34:4 J'ai cherché l'Eternel, et il m'a répondu; Il m'a délivré de toutes mes frayeurs.

O dans: Ésaïe 30:19 Oui, peuple de Sion, habitant de Jérusalem, Tu ne pleureras plus! Il te fera grâce, quand tu crieras; Dès qu'il aura entendu, il t'exaucera.

Ou alors, celle-ci, un peu plus conditionnelle, on dira ici qu'il faut traverser la rue certes, mais dans les clous : 1 Jean 5:14 Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute.

Et encore plein d'exemple de cet acabit, un peu partout, une belle assurance qui bien entendu peut être ruinée par les paroles de l'Ecclésiaste ou Qohelet, qui dans son chapitre 3 dit : Il y a un temps pour chercher et... il y a un temps pour perdre. Qui cherche ne trouve donc pas.

La bible serait-elle contradictoire ? Et l'étant, engendrerait-elle forcément une religion schizophrène ?Et bien, la Bible n'est pas contradictoire parce que «  La Bible » n'existe pas, ce qu'on appelle « La Bible » est un recueil de livres d'auteurs, de points de vue, de situations historiques et de façon de penser Dieu très différentes.. ». Ces points de vue font la richesse de notre littérature religieuse particulière et c'est pourquoi nous en somme fiers et nous l'aimons. La considérer comme un bloc permettrait de dépeindre un Dieu fou, à tout le moins inconsistant, et son adepte comme le roi du clivage. On comprend donc pourquoi la religion peut-être si dangereuse parfois – c'est juste à cause d'un point de vue erroné d'un mauvais bibliothécaire, considérant que toute sa bibliothèque est le livre d'un seul auteur.

Alors, moins radicalement que l'Ecclésiaste, mais le récit qui raconte le geste de Jésus dans ce qui ressemble à une sainte Cène sauf qu'il y a du poisson ne dit pas certes que celui qui demande n'a rien, mais dirait : ce n'est pas parce qu'on ne demande pas, qu'on ne reçoit pas.

Mais Suzanne peut être un jour quand on lui racontera son baptême d'enfant se posera cette question, aidée par ses parents ou ses catéchètes, ou retrouvant le texte de cette prédication dans un vieux site en archive  : j'ai été baptisée enfant et si je ne m'y suis pas vivement opposée, je ne l'ai quand même pas demandé, ce baptême. Alors on me dit que ce baptême reçu enfant exalte la grâce en tant que celle-ci arrive sur vous sans aucun exercice de volonté ou d'effort préalable, bref comme la foudre qui tombe à un moment et à un endroit précis pour des raisons nécessaires..mais, je ne sais pas si c'est vraiment correct . Car au fond j'aime bien l'idée performative de demander et de recevoir car vraiment c'est normal de ne rien recevoir quand on ne demande rien. Mais c'est là où la catéchèse commence, à partir d'une réflexion sur le baptême. Car, j'aime bien les surprises aussi.

C'est vrai qu'un bouquet de fleurs, offert à son mari ou à sa femme est encore plus beau quand il n'est pas demandé, même si du coup il incomberait au receveur de faire vivre ce bouquet, certes éphémère - mais qu'est ce qui ou qui?- ne l'est pas- et de le mettre dans un beau vase adapté où il resplendit, comme une grâce reçue qu'on entretient tant qu'on peut et dont on fait profiter les autres tant que nous sommes là.

Mais oui Suzanne un jour pourrait quand même dire, «  j'aurais préféré demander, ou choisir » , c'est alors que le catéchète madré pourrait lui répondre : c'est pourquoi il existe une cérémonie qui s'appelle la demande de confirmation, où là tu pourras demander et donc recevoir. Et puis je te signale Suzanne que tu n'as pas été baptisée sans demande. C'était la demande de tes parents, et un pasteur n'est pas censé s'opposer à une demande de baptême, - certains le font, et selon moi ils ont tord - ne s'y opposera pas, si toutefois il s'imagine, ce ou cette pasteur.e, dans sa façon de comprendre théologiquement les choses, qu'en fait, cette demande pourrait venir de Dieu lui-même qui veut baptiser cette personne singulière, pour d'insondables raisons qui lui sont propres.

Mais là Suzanne pourrait répondre en démordant pas de la question précédente : vous vous imaginez encore que les enfants sont incapables de choisir ? Ils choisissent constamment. La seule différence avec vous, adultes est qu'ils sont encore incapables de mesurer toutes les conséquences ou tous les bénéfices et les dangers des choix qu'ils font. Ceci pour ne pas abonder dans la facilité du slogan qui raconte que les petits enfants sont incapables de choisir.Leur vie est faite de milliers de choix nouveaux par jour. Ils choisissent de faire confiance à leurs parents, par exemple, ce que beaucoup de parents ne voient même pas, croyants qu'ils n'ont pas d'autres possibilités. Un enfant qu'on trahira perdra progressivement cette confiance, même s'il ne montrera rien. Cette confiance est un don. Et pas seulement un fait biologique automatique. C'est pourquoi tout le monde aujourd'hui s'est engagé pour Suzanne

Alors, pour conclure, parce que beaucoup de choses nous attendent encore, je pense à tous ces gens dans l'évangile de Luc qui ne demandaient rien et qui ont été nourris parce qu'en fait ils avaient faim, et je pense à tous ceux et celles qui arrivent par exemple dans cette Église de Port Royal Latin, apparemment par hasard et qui tout à coup, reçoivent ce qu'ils ou elles n'avaient pas demandé, ou ce qu'ils ou elles n'avaient jamais osé demandé – ne serait ce que la foi – ou mieux : ce qu'ils ou elles n'avaient jamais osé nommer comme une demande, ou une attente.

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