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"revenons à nos moutons"

Prédication du 12 mai, par Robert Philipoussi



PRÉDICATION

 

Il est dit que Facebook a plus de deux milliards d'utilisateurs- ce qui représente déjà un énorme troupeau – en effet, ma prédication, ce matin, tournera autour du thème du troupeau.

Plus de deux milliards d'utilisateurs – alors, un nombre important d'entre eux a vu l'une ou l'autre de ces images circulantes et partagées à l'infini ou presque , l'une ou l'autre de ces images où l'on peut voir un personnage répliqué à l'infini.

Un genre d'image toujours accompagnée d'une phrase qui invite ou qui enjoint l'utilisateur de Facebook à inscrire en commentaire un chiffre. Par exemple le chiffre «  4 » . Et, aussi, il y a une promesse : qu'après avoir inscrit ce chiffre « 4 » l'utilisateur de Facebook aura une surprise  quand il regardera de nouveau l'image de ce personnage répliqué à l'infini,

 

Et c'est impressionnant de voir le nombre fantastique de commentaires en réponse, incluant ce chiffre 4, des centaines de « chiffre 4 » défilent sous cette image. Tant et tant de personnes qui voulaient voir l'accomplissement d'une promesse et qui toutes ont obéi, ont inscrit « le chiffre 4 » en commentaire de l'image, en obéissance à l'injonction.

Et chacun a pu je l'espère constater qu'après s'être exécuté en inscrivant ce chiffre 4, rien n'avait changé de la nature physique de cette image fixe de ce personnage répliqué à l'infini. Sauf pour les plus heureux d'entre eux qui, s'étant mordu les lèvres d'avoir obéi à cet ordre, ont compris ce que cette image désormais signifiait : « vous, qui avez obéi à ce commandement stupide dans l'espérance de quelque magie qui allait s'opérer sur cette image, vous vous rendez maintenant compte que vous faites partie de cette nuée de personnages identiques, occupés à faire la même chose au même moment que des milliers d'autres personnes. Vous vous rendez compte désormais que vous faites partie d'un troupeau absurde, et non seulement cela, mais mêmes vous qui vous rendez compte maintenant que vous faites partie d'un troupeau vous continuez à faire partie de ce troupeau absurde formés de répliqués, car même la conscience de faire partie d'un troupeau ne dispense pas, en l'occurrence d'être un mouton ! »

L'image n'a pas changé, mais elle est devenue pour beaucoup un miroir qui se tend désormais devant celui qui se croyait un individu et qui se retrouve intégré dans l'image de ce personnage répliqué à l'infini...

Oh évidemment, il y a quelques autres milliards de gens qui n'ont pas Facebook, mais sont-ils si différents ?

Ne sont-ils pas, eux aussi, en train, depuis la nuit de temps, de faire, quasiment simultanément, ce qui est indiqué par des instances apparemment invisibles mais qui néanmoins les conduisent là, plutôt qu'ici  et pas forcément près des eaux paisibles.

Est-il possible d'échapper à cette condition d'être un mouton ?

O certes, il est tout de même possible de s'extraire un peu de la masse. Par exemple en essayant de diriger soi même un troupeau – en devenant publicitaire, fabriquant d'opinion, ou dictateur – mais c'est une illusion, car la majeure partie de notre vie, celle qui boit, qui mange, qui respire, qui se reproduit, et qui meurt , sera moutonnière, elle aussi, même si pendant qu'on se brosser les dents comme des milliards de personnes à peu près en même temps, on se rêve maître du monde.

Pour s'extraire de la masse, il est aussi possible d'être un artiste, et même si, la majorité du temps de l'artiste reste moutonnier, reste « comme tout le monde » au moins, cet artiste aura la chance de se reconnaître lui-même comme singulier, de s'en apporter quotidiennement la preuve par son originale créativité.

Même si, encore une fois, l' art de cet artiste suscitera des réflexes moutonniers de la part de ceux qui l'aimeront, le suivront, l'admireront, le revendront, le chroniqueront . Mais au moins le face à face avec soi-même sera heureux. L'artiste, est sans doute celui qui pourrait dire «  je suis mon berger, je ne manque de rien » (puisque c'est tout que je perdrais si par malheur, je cessais un jour de créer).

Il est aussi possible, et ce n'est pas incompatible, sauf à se vouloir dictateur de s'en retourner à notre Bible, où les histoires de berger et de moutons sont foison. Depuis la nuit des temps mésopotamiens le Roi est compris comme un berger, le Dieu/ Roi de même, et notre Dieu biblique de même « YHWH est mon berger », le peuple qui construit sa Bible sélectionne ses textes où il se décrit lui-même comme un troupeau, et Jésus aussi selon l'évangile de Jean, se désigne lui-même comme le berger des ses brebis ( avez vous noté ? dans les nouvelles traductions les brebis ont changé de genre, elles sont devenues des moutons, ce qui est dommage parce que justement, avec nos anciennes brebis, on n'avait pas, ce réflexe de dénoncer un problème moutonnier de suivisme. Cette revanche du masculin mouton sur l'éternel féminin de la brebis biblique a son revers. On se fait rarement traiter de brebis, et plus souvent de mouton. Cette retraduction, valable en soi, a son ironie.

 

C'est là que je dois placer, « revenons à nos moutons »

 

Aujourd'hui, dans nos contrées et dans ce monde de plus en métropolitain, le mode pastoral a vécu. Et ce même s'il existe encore beaucoup de nomadisme, qu'on devrait désormais plutôt appeler de l'errance. Les bergers, ces humains réputés libres, sont eux-mêmes devenus des moutons qui bougent en masse comme du sable qu'on fait couler à partir d'un entonnoir dans une bouteille, ou comme une foule de gens ou de véhicules qui impressionne quand on on se met à les regarder de haut, quand on contemple la chorégraphie de la fin de l'illusion de notre autonomie, de nous les moutons.

Mais, même si le nomadisme pastoral a vécu, notre imaginaire est toujours sensible aux notions de berger, de pâturage, de transhumance... Et chacun ou presque a des acouphènes culturels, comme le bruit des « cloches » d'un troupeau qui bloque la petite route de campagne, et des bêlements.

C'est pourquoi nous aimons retourner à la Bible.

Et nous avons raison, car, finalement, qu'y apprenons nous ?

Que certes, nous sommes des moutons ou pour parler en termes plus respectueux de nous mêmes, nous sommes une espèce collective, dont les individus interagissent en permanence au point de créer des formes, des modes, des opinions, des mouvements collectifs. Nous vivons en troupeau, ou en meute, que nous le voulions ou nom, et si jamais nous nous mettons à nous rêver comme des individus autonomes :

une déclaration d'impôt, un feu rouge, un péage bondé, une émotion palpable dans une salle de concert, ou de simples statistiques sur notre capacité à avoir telle ou telle maladie vont rapidement nous rappeler à l'ordre collectif.

Et la Bible n'en disconvient pas, tant elle insiste sur la loi d'un peuple, sur sa descendance comme une nuée, innombrables comme des étoiles dans le ciel.

Mais, tout simplement, cette bible nous invite, pour ne pas rester en errance ou en déshérence, pour ne pas rester condamné à vivre comme un membre aveugle d'une foule automate, elle nous invite non seulement à avoir un berger, mais à le choisir. Choisir Dieu comme ce berger, c'est choisir ce Dieu à la fois pluriel quand il s'appelle Elohim qui signifie «  Les dieux » et éternellement singulier quand il s'appelle YHWH, choisir ce Dieu dans lequel nous allons nous reconnaître à la fois dans notre appartenance à ce pluriel infini et aussi dans notre singularité.

Choisir ce berger, à l'image de ce Jésus dont il est rapporté qu'il a dit «  on vous a dit – on, l'indéfini, le collectif, la tradition, l'habitude, la répétition, le mimétisme, on vous a dit, mais « moi » l'éternel singulier, « je » vous dis.

Choisir ce berger qui assume de dire « je » et nous apprend à le faire nous même, et m'apprend à le faire moi-même, non pas pour m' extraire de ce troupeau qui est ma condition humaine, mais pour, dans ce troupeau , exister et pouvoir dire «  L'éternel, YHWH, l' éternellement singulier  est « mon » berger qui me connait par mon nom singulier. Voilà ce qui nous est proposé, pour ne pas être de simples moutons.

"revenons à nos moutons"

TEXTES BIBLIQUES
 

Psaume 23 "L'Eternel est mon berger, je ne manque de rien"

L'Eternel est mon berger: je ne manque de rien.

Il me fait reposer dans de verts pâturages,

Il me dirige près des eaux paisibles.

Il restaure mon âme,

Il me conduit dans les sentiers de la vie juste,

A cause de son nom.

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort,

Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi :

Ta houlette et ton bâton me rassurent.

Tu dresses devant moi une table,

En face de mes adversaires;

Tu oins d'huile ma tête,

Et ma coupe déborde.

Oui, le bonheur et la grâce m'accompagnent

Tous les jours de ma vie,

Et je reviendrai, j'habiterai dans la maison de l'Eternel

Jusqu'à la fin de mes jours.

 

Psaumes 100.1-5
1 Psaume de reconnaissance. Acclame le SEIGNEUR, terre entière ! 2 Servez le SEIGNEUR avec joie, entrez en sa présence avec des cris de joie ! 3 Sachez que le SEIGNEUR (YHWH) est Dieu : c'est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons ; nous sommes son peuple, le troupeau qu'il fait paître. 4 Entrez par ses portes avec reconnaissance, entrez dans les cours de son temple avec des louanges ! Célébrez-le, bénissez son nom ! 5 Car le SEIGNEUR est bon : sa fidélité est pour toujours, sa constance de génération en génération.

 

 Jean 10.27-30 

27 Mes moutons entendent ma voix. Moi, je les connais, et ils me suivent. 28 Et moi, je leur donne la vie éternelle ; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. 29 Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout — et personne ne peut l'arracher de la main du Père. 30 Moi et le Père, nous sommes un.


 

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