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Les protestants des 13e et 5e arrondissements de Paris. Temple de Port-Royal (cultes tous les dimanches 10H30) & La Maison Fraternelle (cultes tous les dimanches à 18H30 (hors vacances)


"La nuit est bien plus vaste que le jour". Prédication du 22 janvier (Matthieu 4/16)



MATTHIEU 4 12-23 : 
12 Lorsqu'il apprit que Jean avait été arrêté, Jésus se retira en Galilée.
13 Il quitta Nazareth et vint habiter à Capernaüm, ville située près du lac, dans le territoire de Zabulon et de Nephthali, 14 afin que s'accomplisse ce qu'avait annoncé le prophète Esaïe:
  15 Territoire de Zabulon et de Nephthali, route de la mer, région située de l'autre côté du Jourdain, Galilée à la population étrangère! 16 Le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière, et sur ceux qui se trouvaient dans le pays de l'ombre de la mort une lumière s'est levée. 17 Dès ce moment, Jésus commença à prêcher et à dire: «Changez d'attitude, car le royaume des cieux est proche.» 18 Comme il marchait le long du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient un filet dans le lac; c'étaient en effet des pêcheurs.
  19 Il leur dit: «Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes.»
  20 Aussitôt, ils laissèrent les filets et le suivirent. 21 Il alla plus loin et vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans une barque avec leur père Zébédée et qui réparaient leurs filets. Il les appela, 22 et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père et le suivirent.   23 Jésus parcourait toute la Galilée; il enseignait dans les synagogues, proclamait la bonne nouvelle du royaume et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.
1 CORINTHIENS 1 10
10 Je vous supplie, frères et soeurs, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de tenir tous le même langage. Qu'il n'y ait pas de divisions parmi vous, mais soyez parfaitement unis dans le même état d'esprit et dans la même pensée.
  ESAÏE 8 23 9-3 (extraits)
 23 Toutefois, les ténèbres ne régneront pas toujours sur la terre où il y a maintenant des angoisses: (…)  9 Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort une lumière a brillé.
  2 Tu rends la nation nombreuse, tu augmentes sa joie; elle se réjouit devant toi comme on le fait lors de la moisson, comme on jubile au partage du butin. 3 En effet, le fardeau qui pesait sur elle, le gourdin qui frappait son dos, le bâton de celui qui l'opprimait, tu les brises comme tu l'as fait lors de la victoire sur Madian.
 
PRÉDICATION  Robert Philipoussi
 
Le livre de la Genèse raconte que la création de la lumière précède celle  «  du grand luminaire qui préside au jour » . L'origine première de la lumière projetée de ce «luminaire » était la parole de Dieu qui  avait ordonné  « que la lumière soit ».
On va donc se poser la question – une question spirituelle : Dieu, avant de créer la lumière,  vivait-il dans l'obscurité ? Et en poussant ce raisonnement un peu talmudique, ne pourrait-on pas dire qu'il préfère l'obscurité ? Dans laquelle il vivrait peut-être encore ?  Ce qui ferait , comme le dit la Bible, en l'occurence l'évangile de Jean que  «  personne n'ait jamais vu Dieu » . 
Il ne serait donc pas absent, ou retiré, mais juste, - caché dans un coin sombre hors des limites de notre vision.
Les humains et toutes les créatures, font l'expérience de la lumière du jour, et font l'expérience la nuit,  de l'absence de lumière.  Avec malgré tout, la nuit,  de la lumière artificielle. Ou celle qui est reflétée par la lune. Ou celle des étoiles anciennes qui arrive la nuit, jusqu''à nous.
 Aujourd'hui, nous, urbains, citadins, nous n'avons plus trop l'expérience de la véritable obscurité. Malgré tout, nous avons tous- je le suppose -  un souvenir d'obscurité véritable.  Par exemple, dehors,  lors d'une nuit sans lune et sans étoile, dans une campagne sans luminaires. Nous nous souvenons  aussi  peut-être aussi du temps qu'il nous aura fallu pour commencer à percevoir un peu quelque chose, et pour nous apercevoir que même dans ces conditions rarissimes, l'obscurité n'est jamais totale.
C'est un fait aussi  qu'en général les humains préfèrent le jour à la nuit noire, qu'ils préfèrent la lumière à l'obscurité. Et ce à mon avis pour une raison pas si simple. 
Je veux dire pour une raison qui va au-delà de la simple explication par nos origines d'humains pelotonnés dans une caverne et qui se sentaient plus en danger la nuit puisqu'il y était plus difficile d'apercevoir des prédateurs. 
Au fond d'eux-mêmes, dans les tréfonds de leur conscience naturelle, ces humains qui craignent plus la nuit que le jour savent peut-être  que cette lumière du jour n'est finalement qu'une simple diffusion  d'un astre particulier. Un grand luminaire.  Savent,  au fond d'eux-mêmes que cette lumière du « jour » n'a pas de  différence essentielle, avec un simple lampadaire. Une simple question de taille.
Au fond de sa mémoire archaïque, l'humain sait bien que la réalité profonde de l'univers c'est l'obscurité. 
Et , lorsque  l'endroit où il vit, se retrouve  caché de ce luminaire anecdotique – donc pendant la nuit -  il éprouve, nous  éprouvons la réalité profonde de l'univers. Nous la sentons. La ressentons. Et cette absence de limitations, habituellement créées par la lumière, nous fait peur. 
 La nuit est bien plus vaste que le jour. 
Et l'humain est cet  animal qui a prétendu sortir de son animalité en fabriquant, à l'aide de la lumière, d'innombrables limites qui le rassurent. Lui donnent la sensation qu'il maitrise son petit monde. Cet humain est un génie poussé en graine, mais il n'est jamais qu'un artificier. Qui aime bien les feux de ses artifices pour éclairer cette nuit qu'il réprouve, cette nuit, qui lui rappelle où il est, en réalité. C'est-à-dire au milieu d'une obscurité sans limite et grandiose.
 
Les écrivains bibliques ne s'y sont pas trompés, en décrivant  de façon obsédante un monde plongé  dans l'obscurité. En racontant des histoires de prophètes qui prophétisent l'arrivée d'une lumière qui se distinguera  de toutes  ces lumières artificielles. Y compris de celles qui proviennent  «  de ce grand luminaire qui préside au jour » dont certains puissants se prétendent  régulièrement l'incarnation ou le vecteur. Pharaons.
Après en avoir lu un passage un passage de la Bible, il faudrait sans doute se fermer les yeux. 
Et c'est sans doute  pour bien comprendre  - mais pas uniquement la Bible, que nous fermons les yeux :  pour prier. Nous ne fermons pas les yeux  pour nous plonger dans nous-mêmes !  Car franchement qui a jamais su se plonger dans lui-même ? Qu'est ce que ça peut bien vouloir dire «  se plonger dans soi-même ? » Quel soi-même ? Le soi-même de notre pensée permanente, ce bavardage permanent qui ne nous quitte jamais, notre soi même subconscient ? Ce mélange mythologique de recomposition permanente de nos souvenirs, de nos affects, de nos tristesses ? Notre soi-même comme corps sensitif, ses lourdeurs, ses douleurs, ses limites, ses désirs ?
 Non, mon hypothèse purement religieuse est que nous fermons les yeux pour justement ne plus rien voir des lumières qui nous entraineraient à commettre un mauvais diagnostic de la réalité dans laquelle nous sommes. Peut-être, fermons-nous les yeux pour, dans ces contrées obscures, discerner, progressivement, car l'adaptation ne se fait pas de façon immédiate, la présence de Dieu qui comme je l'évoquais au début de cette prédication est peut-être présent mais dans l' obscurité. 
 
Présent, en dehors de ces continuels bombardements photoniques qui nous conditionnent pour que nous percevions une réalité falsifiée, une actualité trompeuse du monde.Présent, dans le monde où nous sommes vraiment, et dans lequel Dieu est présent, de toute éternité.
Présent, tout simplement présent à l'encontre de l'histoire artificielle du monde dans lequel nous croyons vivre et qui ne serait selon les écrivains bibliques radicaux, qu'une excroissance proprement humaine et illusoire de la réalité. Une propension à l'illusion que  la Bible nomme simplement  « le péché ». Ce péché qui se vit dans une pleine fausse lumière et qui est donc constitué du matériel le plus opaque qui soit : l'illusion, individuelle, collective.
Les prophètes annoncent la véritable lumière qui viendra dissiper, non pas la bienheureuse obscurité dans laquelle Dieu se loge, mais plutôt tous ces feux d'artifices qui ont constitué un monde d'illusions.
Et ce Jésus, qui vient en guérisseur, a été compris comme quelqu'un qui était issu de cette parole de Dieu qui avait dit «  que la lumière soit ». Et la véritable lumière fut. Cette lumière s'est  occupée des corps, elle s'est occupée de ceux qu'on ne voyait pas, les obscurs, les impurs, les abaissés. Elle a ouvert les yeux des aveugles qui étaient sans doute plus près de la réalité de Dieu. Elle a attiré des disciples  pour engager cette bataille du dévoilement.  Ils ont tout quitté, pour aller à la source. Comme Paul, qui pour effectuer son passage de conversion, a dû passer par une phase de cécité. 
 
Mais la lutte – cette lutte pour ce que la Bible appelle le salut : c'est à dire la sortie de l'illusion vers le réel-  est longue, et elle n'est pas terminée. Les règnes illusoires sont encore nombreux. Les feux d'artifices nous rassurent encore. Mais peu à peu, la réalité gagne du terrain, et cette réalité n'est pas dangereuse. La retrouvaille avec l'intention primordiale de Dieu n'est pas dangereuse. 
Mais pour bien la concevoir, pour bien établir – à tâtons peut-être - le chemin qui nous mènera à elle et qui nous délivrera des illusions, sur nous-mêmes, nous délivrera des fausses promesses, nous débarrassera de ce qui n'est pas fait pour nous rendre heureux, il nous faut d'abord fermer les yeux. 
Et prier, si toutefois ce mot désigne le fait de nous rapprocher d'un Dieu qui est absent de toutes les manifestations artificielles, mais qui se trouve là, dans notre coin obscur. Il  nous faudra sans doute quelque temps pour que notre vision  - on va dire spirituelle, s'y adapte. Et en rouvrant les yeux, nous ne serons plus jamais dupes de tous ces projecteurs braqués sur des idoles. Nous en apprécierons parfois encore la comédie, si elle est intéressante, mais nous ne pourrons plus croire, dans ce bain de lumière, que nous y trouverons la vérité. La lumière, la véritable lumière est beaucoup plus douce, beaucoup plus vivante, et beaucoup plus éternelle .
 

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