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Conte de Noël 2017

par Robert Philipoussi



Cette année, il n'y aura pas de conte de Noël. Clic.
C'est par ce message sec, déposé sur son répondeur que le vieux conteur de l'Eglise – qu'on appelait Djig - a appris la nouvelle.
Chaque année - oh ça devait faire au moins quarante cinq ans- il racontait aux enfants et aux plus grands des contes plus ou moins merveilleux autour de la naissance de Jésus. Mais cette année a priori pas de conte. Et pourquoi ? C'est ce qu'il allait essayer de savoir.
Il enfila sa doudoune car il faisait un temps de chien et il sortit de sa maison – la seule maison avec un jardin, au milieu d'immeubles résidentiels avec des grilles et des digicodes et des gardiens – et il se dirigea – un peu énervé- vers la maison du Président de l'Eglise qui lui avait laissé ce message.
Sur le chemin, il rencontra son ami Curufin – c'était un Elfe avec qui il avait sympathisé il y a bien longtemps dans un concours de contes qui s'était déroulé dans la vallée de Valinor.
Djig n'avait plus de très bon yeux et Curufin était comme tous les elfes assez minuscule. Mais il remarqua néanmoins un vraie tristesse dans les yeux de Curufin.

  • Qu'est ce qui se passe Curufin ? Pourquoi tu as l'air si triste ?

  • Oh je ne suis pas triste, c'est juste que je n'ai plus trop grand chose à faire. Je m'ennuie, les gens ne sont plus sensibles aux histoires merveilleuses. Je suis donc de moins en moins appelé pour venir les émerveiller.

  • Quelle coïncidence dit Djig, il semblerait qu'il soit en train de m'arriver la même chose. Le président de mon Eglise vient de m'annoncer que cette année il n'y aurait pas de conte de Noël. Et j'allais donc justement chez lui pour avoir une explication. Viens avec moi, ça te fera une distraction. Au fait, tu n'as pas froid habillé ainsi ?

Curufin lui répondit que si un jour un Elfe en arrivait à mettre le genre de doudoune que Djig semblait affectionner, ce serait vraiment la fin. Ils rièrent, et ils continuèrent la route ensemble. La neige commençait à fortement tomber. Les voitures qui roulaient encore se demandaient si ça en valait la peine et commençaient à exprimer un peu de détresse avec leurs gros yeux blancs. Les piétons disparaissaient sous leurs capuches. Un grand silence était en train de s'installer sur la ville. Le soir tombait en même temps que la neige.

  • Nous ne sommes plus très loin, dit Djig. Enfin je crois.

  • Moi, je crois que tu es perdu dit Curufin.

Curufin fit alors apparaître dans ses mains une minuscule boite qu'il ouvrit délicatement et en sortit une jolie lumière bleue.

  • Oh, fit Djig.

  • Non mais c'est rien c'est juste une boussole, une boussole spéciale, mais cela reste une boussole. Hum. Dis moi à quoi ressemble ton président.

    Djig réfléchit un peu.

  • Heu. Il a l'air gentil. Heu. Il a une moustache.

  • Une moustache ?

  • Bah oui, une moustache, une moustache rousse. Il est roux. Il a une apple watch au poignet. Il fait du sport. Du badminton. Il mange des fraises été comme hiver. Il aime bien les séries sentimentales sur Netflix. Il a un télescope et va souvent regarder les étoiles. Il joue de la Mandoline et..

  • C'est bon, c'est bon, ça va, c'est suffisant, je l'ai.

  • Comment ça tu l'as ?

Curufin tourne la boite vers Djig.

  • Regarde. C'est lui ?

  • Ah oui, c'est lui, en effet. Mais, que.. 

  • Très bien dit Curufin. J'ai désormais ses coordonnées. Mais dis moi, je vois donc que nous sommes partis dans une direction complètement opposée. Tu t'es donc complètement trompé. Je vais devoir donc faire appel à un Archimage qui nous téléportera chez ton président.

  • Un Archimage ?

  • Oui c'est comme un mage. Mais archi mieux.

Suite à la demande de Curufin, un Archimage apparut. Il ressemblait à un elfe, mais un elfe géant car il mesurait 2 m50. Djig se demandait si les gens autour d'eux allaient s'interroger sur cette assemblée un peu bizarre. Mais visiblement, les gens qui restaient encore dans les rues n'avaient plus qu'une hâte, rentrer chez eux au chaud. Et puis la neige tombait dru comme jamais. Curufin dit à l'Archimage.

  • Téléporte nous là. Chez celui ci. C'est un humain.

L'archimage regarda l'image animée dans la lumière bleue et dit

  • Un humain je vois. Il n'y a qu'un humain pour oser manger des fraises en hiver.

  • La question n'est pas là dit Curufin, d'après ce que j'ai compris cet humain là est responsable de la disparition du merveilleux dans nos existences.

    Djig tenta de calmerson ami :

  • heu, n'exagérons rien c'est juste que...

    Mais Curufin malgré sa petite taille semblait vraiment énervé et semblait même impressionner l'Archimage de deux mètres cinquante.

  • Et ça , et ça la disparition du merveilleux, c'est bien plus grave que manger des fraises en hiver !Enfin !

  • Très bien, oh ça va hein, dit l'Archimage , alors allons y.

    Et au même instant, ils se retrouvèrent dans le bureau du Président dans lequel celui-ci mangeait ses fraises.

L'Archimage prit le premier la parole.

  • C'est très mal de manger des fraises en hiver.

Le président était sidéré de cette apparition soudaine et aussi de cette phrase émise par un type de 2m50 dans son bureau. Néanmoins, il reconnut Djig. Ce qui le rassura ..un peu.

  • Djig ? Mais que. Mais c'est quoi ça . Qui sont ces gens ? Comment êtes vous entrés ?

  • En fait, Monsieur le président, dit Djig, je n'avais pas vraiment prévu tout ça. Je voulais juste vous demander pourquoi vous refusiez que cette année je raconte mon conte de Noël. Qu'est ce qui se passe ? Je suis trop vieux ? Vous me virez ?

  • Ah oui d'accord. Dit le président.

    Bon, voyez vous. Bon en fait je vous ai téléphoné de la part du pasteur. Il m'a dit que toutes ces histoires que vous racontez, d'ailleurs fort bien, je n'en disconviens pas, autour de la naissance de Jésus, n'avaient rien à voir avec ce que les gens devraient entendre ce jour là. Que c'était votre imagination et que ce n'était pas chrétien. Et il m'a ordonné de vous dire que cette année nous allons nous passer de vos services. Que l'évangile n'a rien à voir avec un conte pour les enfants. Rien à voir avec l’émerveillement, la joie, la surprise, l'émotion, le rire, et même le sourire.
    Curcufin prit alors la parole. Il était minuscule mais sa voix pouvait transpercer les murs.

  • Et vous, Monsieur Moustache rouge qui regardait les étoiles, jouait du badminton et mangeait des fraises, vous en pensez quoi ?

  • Moi ? J'en pense quoi ?

  • Oui, vous, dit Djig, qui s'approcha de la table, lui piqua une fraise, et le regarda droit dans les yeux, vous en pensez quoi.

Le président soupira et dit:

  • J'en pense que, vu que, en ce moment précis, je suis donc en train de discuter avec un minuscule elfe avec une voix terrifiante, accompagné d' un énorme archimage de plus de deux mètres qui se préoccupe de mes fraises, ce qui est inattendu quand même, et aussi avec vous Djig, qui traversait la ville, par ce temps, et à votre âge pour venir me gronder, et bien, quoi, hé bien, vu tout ça, je vais aller dire à mon pasteur que s'il ne vous prend pas à Noël cette année, non seulement je démissionne mais en plus j'irai convoquer tous les paroissiens chez moi – c'est très grand chez moi, mais on devra quand même se serrer ! – pour qu'on fête Noël ensemble et aussi avec vos amis, même les plus étranges, comme celui-ci, là !

L'Archimage à ce moment là dit :

- D'accord, mais vraiment arrêtez de manger des fraises en hiver.


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