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"Tout est vrai"

Prédication de Noël 2017, par Robert Philipoussi



ESAIE 62.11 Voici ce que l'Éternel proclame aux extrémités de la terre: Dites à la fille de Sion: Voici, ton sauveur arrive; Voici, le salaire est avec lui, Et les rétributions le précèdent. On les appellera peuple saint, rachetés de l'Éternel; Et toi, on t'appellera recherchée, ville non abandonnée.

ESAÏE 9.1-5
1 Le peuple qui marche dans les ténèbres a vu une grande lumière ; sur ceux qui habitent le pays de l'ombre de mort une lumière a brillé. 2 Tu as rendu la nation nombreuse, tu l'as comblée de joie. Ils se réjouissent devant toi de la joie des moissons, de l'allégresse qui règne au partage du butin. 3 Car le joug qui pesait sur elle, la trique qui frappait son dos, le bâton de son oppresseur, tu les as brisés comme au jour de Madiân. 4 Toutes les bottes qui piétinaient dans la bataille et tous les manteaux roulés dans le sang seront livrés aux flammes, pour être dévorés par le feu. 5 Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Il a la souveraineté sur son épaule ; on l'appelle du nom de Conseiller étonnant, Dieu-Héros, Père éternel, Prince de paix.

 
LUC 1.26-38 
26 Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, 27 chez une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; le nom de la vierge était Marie. 28 Il entra chez elle et dit : Réjouis-toi, toi qui es comblée par la grâce ; le Seigneur est avec toi. 29 Très troublée par cette parole, elle se demandait ce que pouvait bien signifier une telle salutation. 30 L'ange lui dit : N'aie pas peur, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 31 Tu vas être enceinte ; tu mettras au monde un fils et tu l'appelleras du nom de Jésus. 32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. 33 Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob ; son règne n'aura pas de fin. 34 Marie dit à l'ange : Comment cela se produira-t-il, puisque je n'ai pas de relations avec un homme ? 35 L'ange lui répondit : L'Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'enfant qui naîtra sera saint ; il sera appelé Fils de Dieu. 36 Elisabeth, ta parente, a elle aussi conçu un fils, dans sa vieillesse : celle qu'on appelait femme stérile est dans son sixième mois. 37 Car rien n'est impossible de la part de Dieu. 38 Marie dit : Je suis l'esclave du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole. Et l'ange s'éloigna d'elle.
PREDICATION
Dans le livre de l'Exode, au chapitre 17, le peuple qui a soif dans le désert a récriminé contre Moïse en disant «  L'Eternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas? »
Noël. Noël est la fête célébrant la venue du Fils de Dieu dans l'histoire humaine.
Etonnant, cette fête mondiale. Pourtant, au cœur de la fête, beaucoup en ont oublié le motif. Et parmi ceux qui ne l'ont pas oublié, certains se demandent « finalement, Dieu est-il venu au milieu de nous, ou non ? » .
Car, ce qui est pourtant le l'épicentre de la foi chrétienne, est sujet à caution, y compris pour les chrétiens, qui pourtant fêtent Noël, qui devient pour eux la fête ou parfois, où se pose cette question. Et si le prédicateur de Noël abordait cette question ? Non pas de plein fouet, mais tranquillement.
Alors commençons. Par une affirmation, sous condition.
Tout absolument tout de ce qu'on dit de Noël est vrai même si c'est loin d'en épuiser le sens. Et toute parole humaine sur « Noël » est vraie si et uniquement si le Fils de Dieu est devenu humain. Car si le Fils de Dieu est devenu humain, l'événement est si grand, que toutes les façons de le dire, toutes les façons de le célébrer, y compris les plus « laïques », y compris celles que nous trouverions les plus kitch, les plus éloignées de ce qui pour nous serait l'esprit de Noël font partie de cet événement, en sont les répercussions. Si le Fils de Dieu est vraiment devenu humain, l'événement est si grand, que tous nos sentiments provoqués par la fête de cet événement, y compris les plus mitigés, y compris les plus naïfs, y compris les plus émerveillés, font partie de cet événement, en sont les répercussions.
Je crois sincèrement que nous pouvons nous tromper en cherchant à appréhender comme il faudrait la fête célébrant cet événement. Souvent par exemple, nous sommes tentés de nous éloigner de tout cet environnement lumineux, commercial, que l'on qualifie parfois de païen - mais païens c'est que nous sommes en partie car c'est ce que de toutes façons nous étions. Nous voudrions méditer sur ce que nous croyons être la quintessence de cette fête – une jeune femme, une solitude, une mangeoire, car pour nous cette simplicité radicale correspondrait mieux à cet événement. Mais frères et sœurs, si nous croyons réellement que le Fils de Dieu est devenu humain, comment imaginer que nous pourrions en comprendre la dimension et comment affirmer que nous serions plus proches de la vérité avec notre angle de vue, qui pourrait bien n'être qu'une façon parmi une infinité de façons pour considérer la venue parmi nous du Fils de Dieu.
Il ne sert à rien de protester contre l'excès de Noël, car y compris cet excès - mondial, est une onde de cet événement, qui évidemment ne dit rien de l'essentiel. Mais rien, si le Fils de Dieu est devenu humain, ne peut dire l'essentiel de cet événement car, cet événement est grand.
Les récits qui figurent dans deux de nos évangiles qui racontent non pas Noël mais l'avènement du Fils de Dieu, eux aussi, sont vrais, mais sont loin, eux aussi d'en épuiser toute la vérité. Cette littérature là, qui est bien plus sophistiquée qu'on ne le croit (au point d'ailleurs qu'on ait éprouvé le besoin d'y ajouter un bœuf, un âne et trois Rois). Mais ces récits et y compris leurs compléments dans nos imaginaires sont eux aussi des répercussions, parmi d'autres, de cet événement si grand, du Fils de Dieu devenant humain.
Alors bien sûr, cet événement « historique » bien qu'aucune histoire ne peut l'épuiser, on peut ne pas y croire et on pourrait donc, si toutefois on a quand même envie d'en retirer quelque chose, passer au mode symbolique qui consiste à dire « bien sûr que puisque c'est impossible que ce genre de chose puisse arriver, le message provoqué par ce non événement, bien que touffu, est tout de même porteur de beauté et d'espérance, c'est l'imaginaire humain qui s'envoie un message qui dit, justement, que quelque chose est possible à partir de rien ». Mais, en l'occurence, ce mode dit symbolique consiste à avoir le beurre et l'argent du beurre. Certes, il ne s'est rien passé – parce que c'est impossible - mais ce que cette croyance a généré est utile , l'esprit de pacification, de réconciliation, d'universalité. Une fake news mais une good news.
L'autre approche est plus cohérente : même si je considère que tout ce qui est raconté et produit autour de cet événement n'est que partiel, et que je ne vais pas me mettre à adorer des représentations, je crois – et c'est l'épicentre de la foi chrétienne, que cet événement du fils de Dieu devenant humain, est vrai.
Devenant humain. La critique spontanée est pourquoi « humain ». N'y avait il pas d'autres façons de s'incarner ? La réponse spontanée est la suivante. L'humain serait le seul être connu de lui incapable de saisir la présence, la consistance du divin dans ce qui l'entoure et le produit. Il ne la voit pas, ne la ressent pas. Il peut parfois l'imaginer, ou croire en recevoir des éclats, mais il n'est pas constitué avec ce sens là. Contrairement aux autres créatures, il ne se sent pas relié, il ne vit pas dans l'entière confiance, il a peur de la mort, de souffrir, il a peur de l'abandon, il ne sait pas se diriger, c'est, selon la Bible, un être pathétique. Il fallait donc qu'on lui parle, pour qu'à défaut de voir, ou de sentir avec ses sens du quotidien, il puisse au moins croire en cette présence du divin, et pour vraiment parler, il fallait un acte et il fallait donc que le Fils de Dieu devienne humain pour qu'au moins la possibilité de la réelle présence de Dieu émerge au sein de son imaginaire particulier. Je dirais qu'il fallait que cet événement se fasse, et que cet événement ne soit pas symbolique, mais réel. Qu'il soit historique. Bien qu'inracontable dans sa plénitude.
Il fallait donc aussi ensuite, pour dire quelque chose quand même de cet événement , pour en partager la force, que des écrivains le prennent en charge.
En l'anticipant, comme ESAIE, qui annonce la sortie des ténèbres. Qui annonce cet événement comme une déclaration de fin de guerre, comme une cessation des combats. Et des lecteurs ont commencé à habiller cet événement.
Comme ESAIE, mais aussi comme Luc par exemple qui nous raconte, en ce quatrième dimanche de l'avent, une des potentialités de cet événement du Fils de Dieu devenant parmi les hommes. Une jeune fille comblée de grâce, une jeune fille perdue dans l'univers mais il s'agit de cette créature là, nommée Marie, qui est invitée à ne plus avoir peur. La disparition de la peur. Un événement qui est raconté aussi au travers d'une autre grossesse improbable, celle d'Elisabeth. Une autre femme mais à l'autre bout de la courbe de la vie des femmes. Mais une femme qui ne s'achèvera pas dans cette courbe, puisque vieille, elle enfante. Ce qui à nous, qui ne sommes pas écrivains, mais qui sommes des lecteurs, offre la possibilité de saisir un des aspects de cet événement : la centralité de la femme, jeune ou vieille, et aussi la sortie de toutes les formes de stérilités, surtout dans notre époque, où ces humains pratiquement massivement la stérilisation de la planète et comme les hébreux dans leur désert se demandent sans vergogne « L'Eternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas? »
Luc, et d'autres écrivains, raconteront les paroles de cet humain devenu grand. Toutes sont des paroles pour en finir avec la stérilité – parfois physique, mais le plus souvent encore plus catastrophique : la stérilité religieuse, qui au lieu de rendre heureux va dessécher les âmes et les cœurs en les comprimant, la stérilité comportementale qui fait oublier que le prochain est un autre soi même, la stérilité de nos gestes, si prudents, et si loin de la témérité de Jésus-Christ.
Pour la foi, il se sert à rien d'interpréter « Noël » et toutes ces façons de le dire. La seule question à se poser est la suivante, « que faire de cet événement là, du Fils de Dieu devenant humain ».

Voudrions-nous réellement intégrer cet événement dans notre foi ? Ou en rester au stade dit symbolique ?
Qu'attendons nous pour abandonner le doute sur ce sujet ? Quand allons nous enfin admettre que le Fils de Dieu est devenu homme et que ses paroles n'en peuvent plus d'attendre que nous les transformions en actes propres à faire correspondre cet événement au salut qui est annoncé ? AMEN.
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